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15. La fabrique des martyrs

Article
Publié : 25 juin 2015

Venger Pierre Overney ? Controverse autour d'un mot d'ordre

l'article est une version légèrement augmentée d'un article publié dans la revue Dissidences, vol. 13, 2013, p. 97-111.


Fanny Bugnon, Docteure en histoire, Chercheuse associée au Centre Emile Durkheim – Sciences Po Bordeaux

Résumé

Quel rapport entretient la gauche révolutionnaire française à la violence politique au cours des longues « années 68 » ? Du meurtre de Pierre Overney, militant de la Gauche prolétarienne (GP) en 1972 à celui de Georges Besse, PDG de Renault, revendiqué par le commando « Pierre Overney » d'Action directe en 1986 en passant par celui, en 1977, de Jean-Antoine Tramoni, meurtrier de Pierre Overney et revendiqué par les Noyaux armés pour l'autonomie populaire (NAPAP) se dessine controverse politique et mémorielle. Ces trois événements dessinent une pièce de théâtre en trois actes autour de la fabrique de Pierre Overney comme martyr de la gauche révolutionnaire, maoïste puis anti-impérialiste, dans la France des années 1970 et 1980.

Cet article met en lumière les tensions et enjeux à l'oeuvre autour de cette figure dans la presse quotidienne française, entendue à la fois comme source et objet d'histoire. Dans un contexte de reconfiguration des formes de conflictualité politique et de la contestation, la figure de Pierre Overney cristallise ainsi les tensions liées aux identités politiques et à leurs déclinaisons pratiques sous le signe de la rhétorique de la trahison et du renoncement.

Abstract

What kind of relationship have the french radical left with political violence during the long "68 years"? From the murder of Pierre Overney, activist of the Gauche prolétarienne (GP) in 1972, to  the murder of Georges Besse, director of Renault, claimed by the commando "Pierre Overney" from Action directe in 1986, and the assassination en 1977 of Jean-Antoine Tramoni, the murderer of Pierre Overney, claimed by the Noyaux armés pour l'autonomie populaire (NAPAP) is emerging political and memorial controversy. Those 3 events are like a theater piece in 3 acts about the construction of Pierre Overney like a martyr of revolutionary left, maoist and anti-impérialist, in the France of 70's and 80's.

This article analyses the tensions and conflicts about this figure in the french daily press, source and object of history. In a context of reconfiguration of the forms of political conflict and protest, the figure of Pierre Overney centers around the tensions about political identities and practices under the sign of the rhetoric of betrayal and denial.


Table des matières

Texte intégral

« Aucun événement ne peut être amputé de ce dont il fait se ressouvenir et de ce sur quoi il risque d’anticiper1. »

« Venger Pierre Overney ». Ce mot d'ordre invite à explorer les rapports de la gauche radicale hexagonale à la violence révolutionnaire de la décennie 1970, et même au-delà si l'on veut inscrire cette question dans les cadres traditionnellement retenus par l'historiographie. La violence révolutionnaire interroge en effet la « charnière grinçante » (Zancarini-Fournel 2008 : 12) de la décennie 1970 posée en 1973 et les « vies ultérieures » (Ross 2005) de 68. Cette période nourrit une controverse autour d'un nom devenu symbole pour la gauche radicale post 68 dont il s'agit ici de restituer et d'analyser les temps forts. Placée sous le signe de la rhétorique de la vengeance, la mort – et ses suites – de ce militant maoïste nourrit en effet une controverse questionnant les pratiques militantes et invite à analyser les tensions traversant la période à propos de la violence comme option politique. Cette controverse prend racine dans les tensions à l'œuvre dans la lecture des années 68, en particulier la montée en puissance de l'interprétation culturaliste qui tend à lisser les expériences contestataires, à en gommer les aspérités et une partie de la conflictualité politique ultérieure (Sommier 1994, Artières et Zancarini-Fournel 2008a). À ce titre et parce qu'il illustre cette « charnière grinçante », le recours à la violence mérite d'autant plus d'être interrogé, aussi minoritaires soient ses partisans. La question de la violence militante est en effet au cœur de la fabrique de Pierre Overney comme martyr de la cause révolutionnaire. Figure en tension, le militant maoïste est en effet revendiqué de manière à la fois diachronique et synchronique par différents groupes et organisations militants, de sa mort en 1972 devant les grilles d'une usine Renault à la revendication de l'assassinat du PDG de la firme automobile en 1986 par un commando « Pierre Overney ». En ce sens, ces tensions interrogent l'appropriation et la définition symbolique d'un militant devenu martyr parce que tué dans le cadre de ses activités politiques.

Pour cela, la presse constitue un matériau précieux pour saisir les débats politiques de la société française. À la fois source et objet d'histoire, les cinq quotidiens nationaux retenus (France Soir, Le Figaro, L'Humanité, Le Monde et Libération) offrent des points de vue dont la confrontation permet de lire doublement la controverse née autour du mot d'ordre de vengeance de la mort de Pierre Overney et travailler les identités politiques et éditoriales de ces journaux (Bugnon 2012), de la mort du militant maoïste (1972) au dernier usage de son nom par une- organisation violente (1986). À partir d'une métaphore théâtrale, la controverse autour de la mort de Pierre Overney peut être lue en trois actes, déterminés par une unité de temps et de lieu autour d'une personne – ou plutôt de son cadavre – et d'une organisation.

Personnage principal : Pierre Overney

Organisation : Gauche prolétarienne

Le 25 février 1972, Pierre Overney, ouvrier et militant de la Gauche prolétarienne (GP), s'effondre aux portes de l'usine Renault de Boulogne-Billancourt, tué par un vigile de l'usine. Cet anonyme devient un symbole pour les organisations de la gauche radicale, en premier lieu desquelles la GP.

Née en septembre 1968 de la rencontre de plusieurs courants de la gauche radicale impliqués dans le mouvement du printemps, la GP se pose en avant-garde révolutionnaire, sur fond d'ouvriérisme guerrier comme en témoigne le contenu du journal La Cause du peuple ou l'ouvrage collectif Vers la guerre civile2 (1969). Exaltant la confrontation violente avec le pouvoir de l'État et du capital, la posture fait de la violence un « gage de sincérité révolutionnaire » (Sommier 1998 : 33) nécessairement légitime. À l'image de la plupart des pays occidentaux, la GP se dote ainsi d'un appareil clandestin baptisé Nouvelle résistance populaire (NRP) qui conçoit la radicalité violente comme un modèle à portée « pédagogique d’éducation des masses à la nécessité de la lutte armée » (Idem : 202). En dépit de sa dissolution par décret ministériel en mai 1970, la GP poursuit néanmoins ses activités et ses actions « coup de poing », notamment sur le terrain ouvrier. L'emblématique ministre de l'Intérieur, Raymond Marcellin (1968-1974), attribue ainsi 82 « attentats » à l'organisation (Idem : 95-96). Pierre Overney, issu d'une famille d'ouvriers agricoles de l'Aisne et ouvrier de Renault licencié, figure parmi les militants de base de la GP. Le 25 février 1972, il se présente avec d'autres militants maoïstes à la porte Zola de l'usine Renault-Billancourt pour une distribution de tracts appelant à une manifestation le soir même au métro Charonne pour dénoncer les crimes racistes (Artières 2008 : 550-551). Une confrontation éclate avec les vigiles de l'usine. C'est dans ce contexte qu'il est abattu à bout portant par l'un d'entre eux. La scène est photographiée par Christophe Schimmel pour le compte de l'agence de presse Libération (APL) et les clichés sur lesquels Pierre Overney, muni d'un bâton, fait face à un vigile de l'usine le tenant en joue avec un pistolet, sont largement reproduits dans la presse et les journaux télévisés.

La mise en image de l'altercation concourt à la hisser au rang d'événement politique, renforcée par la personnalisation du « camarade Pierre Overney », désormais désigné publiquement par son surnom – « Pierrot » – comme un martyr de la cause révolutionnaire, « mort pour la cause du peuple ».

L'annonce de cette mort – et plus encore ses conditions – donne lieu à des rassemblements devant les grilles de l'usine Renault, avec dépôt de gerbes au son de L'Internationale. Une  manifestation est organisée pour les funérailles de Pierre Overney à Paris, le samedi 4 mars 1972 : le long cortège qui s'ébranle de la place Clichy au cimetière du Père-Lachaise compte près de 200 000 personnes. Au milieu des drapeaux rouges et des banderoles dénonçant les « bandes armée SS du patronat », sont brandis des portraits du jeune homme, barbu et souriant, accompagnés de ces mots : « mort pour la cause du peuple3 ». Cette démonstration de force est rythmée de slogans appelant à la vengeance de celui qui est devenu non seulement un martyr de la cause révolutionnaire, mais plus encore le premier martyr de l'Après 68. La mobilisation de la rhétorique de la vengeance n'est pas une nouveauté dans la nébuleuse maoïste et plus largement de la gauche radicale. Elle s'inscrit dans la logique de la guerre de classes réactualisée par de nombreux écrits publiés dans les années 1960, en particulier le Manuel du guérillero urbain du brésilien Marighela (traduit en français en 1970) qui pose comme préalable qu' « en toute hypothèse et dans toutes les circonstances, le devoir du révolutionnaire est de faire la révolution4 ». Pour la gauche radicale de la décennie 1970, il s'agit de dépasser la radicalité discursive et le militantisme antiautoritaire en opérant un véritable travail de propagande armée. Il s'agit de porter ainsi la contradiction à l'encontre du pouvoir, sous toutes ses formes, selon la logique du hic et nunc, et du coup pour coup. C'est ce dont témoigne La Cause du Peuple qui défend la loi du talion maoïste : « pour un oeil, les deux yeux ; pour une dent, toute la gueule !5 ». Si les formes de vengeance de la mort de Pierre Overney ne sont pas clairement énoncées, l'importante tension politique qui découle de cet événement – dont témoigne l'intense couverture médiatique – laisse craindre un basculement de la violence révolutionnaire du côté des crimes de sang, comme cela s'est amorcé dans d'autres pays occidentaux confrontés à la résurgence de la violence révolutionnaire, en premier lieu desquels au Japon (Sommier 2008).

Au cours des jours suivant la mort de Pierre Overney, des actions de représailles sont recensées contre des intérêts de la Régie Renault, sans qu'il s'agisse pour autant d'une symétrie vengeresse. La riposte de la GP tient lieu du coup de force : le 8 mars 1972, soit moins de 2 semaines après la mort de Pierre Overney, Robert Nogrette, responsable des relations sociales au sein de l'usine Renault-Billancourt, est enlevé par la NRP, groupe Pierre-Overney. S'il ne s'agit pas d'un coup d'essai de la branche clandestine de la GP qui a déjà enlevé et séquestré quelques heures le député gaulliste Michel de Grailly, au moment du second procès d'Alain Geismar pour reconstitution de la GP devant la Cour de sûreté de l'État, en novembre 1970, la dramatisation est cette fois plus forte. Cette fois, les ravisseurs, affirmant représenter « la volonté du peuple face à la loi des assassins » (Le Monde, 9 mars 1972), réclament notamment l'arrêt des poursuites et la réintégration des ouvriers maoïstes licenciés (Vigna 2007 : 295). Reprises par la presse, ces revendications font l'objet de vives critiques, pointant l'ouvriérisme désincarné de la GP et plus largement des organisations gauchistes et soulignant les condamnations formulées par les organisations traditionnelles de la classe ouvrière, CGT en tête. La presse rend ainsi compte des palabres entre gauchistes et ouvriers aux portes de l'usine de Billancourt. La courte séquestration de Robert Nogrette fait l'objet d'une importante couverture médiatique avec, en filigrane, la crainte de la mise à exécution de la menace de la GP. L'annonce de cet enlèvement altère profondément les soutiens manifestés suite à la mort de Pierre Overney. Sa rapide libération, deux jours plus tard sur ordre de la direction de la GP (Idem : 309) et sans contrepartie, n'y change rien, pas plus que le récit de Robert Nogrette indiquant qu'il a été bien traité par ses ravisseurs.

Pour la direction de la GP, la mort de Pierre Overney a été vengée par cette démonstration de force. Un point de vue que ne partagent pas nombre de militants et qui nourrit les tensions dans les rangs maoïstes. Au terme de plusieurs mois d'opérations avortées et de dissensions, les dirigeants de la GP convoquent une réunion à Versailles le 1er novembre 1973. Surnommée à juste titre « réunion des chrysanthèmes », elle signe l'autodissolution de l'organisation annoncée par la direction qui estime qu' « un cycle de luttes de classe s'achève6 » et qu'il convient désormais de renoncer à l'action violente7, en dépit du désaccord d'une partie des militants. Parallèlement à la mort de Pierre Overney vengé par la GP sans que le sang coule, le renoncement à l'action violente s'inscrit au cœur de la « charnière grinçante » des années 68. Ce qui fait dire à Louis Althusser au moment de ses obsèques, « ce qu'on enterre aujourd'hui, ce n'est pas Overney, c'est le gauchisme8 ».

Personnage principal : Jean-Antoine Tramoni

Organisation : Noyaux Armés Pour l'Autonomie Populaire (NAPAP)

La mise à exécution de la vengeance annoncée a finalement lieu le 23 mars 1977. Jean-Antoine Tramoni, l'ancien vigile de l'usine Renault-Billancourt, devenu entretemps moniteur d'auto-école, est abattu à Livreil-Brévannes (Val-de-Marne). Cinq ans après la mort de Pierre Overney, cet assassinat fait événement. Occupant largement l'espace médiatique, sa dimension politique ne fait guère de doute. Plus que sur les circonstances de cette exécution en elles-mêmes, la presse revient plus longuement sur le climat entourant le meurtre de Pierre Overney :

« Faut-il voir une relation de cause à effet entre l'indignation provoquée à l'époque par cette affaire et le crime d'aujourd'hui, dont les conséquences, sinon les mobiles, apparaissent très politiques ?

La sentence prononcée à l'encontre de J.-A. Tramoni – quatre ans de prison – avait paru bien légère à ceux qui dénonçaient, par la même occasion, la "violence patronale". » (Le Monde, 25 mars 1977)

À cette interrogation du Monde s'ajoute la remarque de L'Humanité insistant sur sa fonction de vigile dans le bastion communiste de Renault en le qualifiant d' « ex-truand du patronat » (L'Humanité, 25 mars 1977). Cet assassinat résonne nettement plus que la condamnation à 4 ans de prison de Jean-Antoine Tramoni en 1973. Quelques heures après l'attentat, une revendication est adressée « par un "Noyau armé pour l'autonomie populaire Pierre-Overney", dont l'existence n'avait jamais été signalée auparavant » (Le Monde, 25 mars 1977).  Le bref communiqué des NAPAP revendique non seulement l'assassinat, mais insiste sur la démonstration de vengeance qu'ils ont tenu à faire, taclant les maoïstes et leurs promesses de vengeance formulées en 1972 et restées non tenues. Alors que l'embarras suscité à l'extrême gauche par cet assassinat est palpable, Libération publie le lendemain un nouveau communiqué des NAPAP, « Pour que les travailleurs prennent en main leur propre destinée... » (26 mars 1977) dans lequel ils exposent les raisons qui, selon eux, justifient l'attentat contre Jean-Antoine Tramoni, au titre de sa position de classe et non de sa personne. Pour les NAPAP, l'assassinat de celui qui a fait l'objet d'une condamnation pour le moins clémente pour le meurtre du « jeune ouvrier révolutionnaire », n'est rien de plus qu'un acte de « justice populaire » parfaitement justifié dont l'illégalité ne saurait effacer la légitimité, assimilant le verdict rendu à celui d'une justice de classe :

« Cinq ans après le lâche assassinat du jeune ouvrier révolutionnaire Pierre Overney par Tramoni, les NAPAP ont exécuté ce dernier. Tramoni était un flic privé de Renault. Il a abattu Pierrot en service commandé. Après quelques mois de prison, il a été libéré. Tramoni est resté le symbole de la terreur patronale impunie (…). Il y a 5 ans, 200 000 personnes étaient présentes à l'enterrement de Pierrot et ont fait le serment de venger sa mort. Or, depuis 1972, le patronat a repris du poil de la bête sans rencontrer beaucoup de résistance. » (Idem)

Cet assassinat est donc présenté comme un acte de résistance appelé à être répété puisque les « appareils réformistes de la social-démocratie (PCF en tête) » ont « démissionné devant ce crime patronal », se détournant ainsi des intérêts ouvriers. Les NAPAP entendent donc lancer « un avertissement aux milices, commandos antigrèves, fascistes de tout poil », rappelant  les pratiques de l'opéraïsme italien contre les « ennemis de classe », cadres et contremaîtres (Sommier 1998 : 84-87). Se plaçant dans la perspective de l'Autonomie ouvrière forgée au début des années 68, marquée par « l'hostilité à la politique traditionnelle » (Vigna 2007 : 213) et « l'idée d'un collectif qui élabore ses propres normes et son projet » (Idem : 215), les NAPAP affirment :

« L'exécution du flic Tramoni s'inscrit dans le combat actuel pour que les travailleurs prennent en main leur propre destinée. Ceci en commençant dès à présent à conquérir le pouvoir dans leur vie quotidienne. Le pouvoir populaire commence pour l'autonomie la plus large de toutes les luttes. Il ne peut se conquérir par des supplications et des marchandages mais il faut l'imposer par l'action directe.

[…] Rien ne restera impuni, pour l'oppression, les exactions, les morts du travail, faisons payer très cher les patrons et leurs larbins. Organisons-nous pour la lutte armée et autonome. » (Libération, 26 mars 1977)

Si Libération joue un rôle ambigu de caisse de résonance à la violence révolutionnaire, ces deux communiqués sont également mentionnés et cités succinctement dans les autres titres de presse. La mobilisation de la rhétorique maoïste et du registre de la guerre de classes sonne comme un rappel de la promesse de vengeance annoncée en 1972, à laquelle s'ajoute le référentiel de l'autonomie, « tendance extralégale de l’extrême-gauche9 » (Schiffres 2008) de la deuxième moitié de la décennie 1970. Sur le mode d'une mise en demeure, les NAPAP posent la responsabilité morale à l'égard de la « violence patronale », visant ainsi les anciens dirigeants de la GP.

Au-delà des lectures divergentes, le constat du caractère prévisible de cet assassinat est partagé par l'ensemble de la presse. Il est surtout l'occasion de revenir en détail sur la mort de Pierre Overney et ses suites. Schématiquement, deux points de vue s'opposent. Le premier pointe la responsabilité historique des organisations de la gauche radicale et des maoïstes en particulier. Développé notamment par les journaux du groupe Hersant (France Soir et Le Figaro qui rassemblent près d'un million et demi de lecteurs), il considère que cet assassinat était non seulement prévisible mais annoncé. De ce point de vue, la menace a donc été mise à exécution :

«  "25 février 1972, 25 février 1977. Overney sera vengé. Signé : les Maos." Ces graffiti, agrémentés d'une faucille et d'un marteau, on pouvait les lire sur les murs, le mois dernier, dans le XVIIIe arrondissement, avenue de Saint-Ouen, près du métro Guy-Môquet. Leurs auteurs ne se vantaient pas. Ils ont frappé près d'un mois après la date annoncée. Mais ils ont tenu parole. » (France Soir, 25 mars 1977)

Non sans quelque confusion, Le Figaro va plus loin en estimant que l'assassinat de Jean-Antoine Tramoni n'a pas été commis par des héritiers de la GP, mais directement par les anciens camarades de Pierre Overney : « Cette dénomination circonstancielle et parfaitement inconnue [NAPAP] avait été adoptée pour les besoins de la cause par les "justiciers" de la "nouvelle résistance populaire", à laquelle appartenait Pierre Overney et qui succède elle-même à "la Gauche prolétarienne". » (Idem) Si aucune vérité judiciaire n'a pu être établie à propos de cet assassinat, force est néanmoins de constater que le principal suspect – Christian Harbulot, recherché avant de bénéficier d'un non-lieu  en 1978 – est identifié comme un ancien militant de l'organisation maoïste dissoute en 1974. En cela, cette position rejoint les canaux de la « pensée anti-68 » (Audier 2008) qui dénoncent le « nihilisme » des années 68 dont la « pente fatale » (Hirschman 1991 ; Angenot 2004) conduit inexorablement vers des « années de plomb » à l'allemande ou à l'italienne.

Le second point de vue met la justice en cause, sans pour autant souscrire à l'action des NAPAP.  Le Monde et L'Humanité dénoncent ainsi de concert l'assassinat de Jean-Antoine Tramoni, tout en soulignant qu'il ne s'agit en rien d'une surprise en raison de la relative clémence de la justice à l'égard du meurtrier de Pierre Overney. Pour appuyer sa démonstration, le journal du soir établit ainsi un parallèle avec les procès de Patrick Henry, reconnu coupable du meurtre d'un enfant et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en janvier 1977. Selon lui, la justesse d'un verdict doit aller dans le sens de la fermeté pour éviter le ressentiment. Suscitant de vifs débats autour de la peine capitale, le cas Patrick Henry voit également le ministre de l'Intérieur, Michel Poniatowski, exprimer publiquement son souhait de voir appliquer la peine la plus lourde prévue alors par le Code pénal, quand la défense, assurée par Me Badinter, transforme avec brio sa plaidoirie en tribune contre la peine de mort. Pour Le Monde, la justice ne s'est en revanche pas honorée dans le cas de Jean-Antoine Tramoni « l'assassin de Pierre Overney a eu moins de chance que Patrick Henry. Il faut dire que Patrick Henry a eu droit à un vrai procès, alors que le meurtrier qui vient d'être assassiné avait, d'une certaine façon, échappé à un procès il y a cinq ans » (25 mars 1987). Au-delà de l'actualité judiciaire, ces propos reflètent la défiance du quotidien du soir envers le pouvoir giscardien (Eveno 2004), utilisant un vocabulaire politique pour évoquer ce que la presse de droite considère davantage comme un règlement de compte. Dès lors, la mort de l'ancien vigile ne saurait constituer à proprement parler une surprise puisque « depuis le drame de Boulogne-Billancourt, des voix anonymes n'avaient cessé de proclamer que "la justice populaire" pallierait "la mansuétude de la justice de classe" à l'égard de celui qui était devenu pour certains "le symbole de la répression anti-ouvrière"» (Le Monde, 25 mars 1977). La date restait la seule inconnue.

En outre, l'assassinat de Jean-Antoine Tramoni déclenche une controverse autour de la violence, qui met en débat les termes « peine de mort » et « justice populaire ». En raison de ses liens historiques avec les organisations de la gauche radicale et la GP en particulier, le débat est particulièrement vif dans les colonnes de Libération, symbole de la reconfiguration des formes et du sens de la contestation vers des expressions plus contre-culturelles, débat auquel les autres titres prêtent une attention  inhabituelle. L'annonce de l'assassinat de l'ancien vigile s'affiche en Une du quotidien au losange avec une photographie de la victime de 1977 éclipsée par sa position de bourreau de 1972. Figée par l'objectif de Christophe Schimmel, la scène représentant le vigile à l'arme pointée sur le militant maoïste devant les grilles de l'usine de Billancourt. Titrant « L'exécution de Tramoni », le quotidien indique laconiquement : « Mercredi à 19 heures, cinq ans après, le meurtrier de Pierre Overney est abattu de cinq balles de 11,43 » (Libération, 25 mars 1977). Cet événement fait l'objet de deux pages spéciales, parmi lesquelles un article polyphonique rend compte d' « un comité de rédaction passionné » (Idem). Le rappel du passé est d'autant plus explicite que le journal publie « la réaction d'un ancien responsable maoïste » (Idem) en la personne d'Alain Geismar, dont les propos sont titrés « Je suis contre la peine de mort même dans ce cas» (Idem). Cette position rejoint celle de L'Humanité pour qui « si rien ne pouvait excuser le crime commis par Tramoni sur la personne de Pierre Overney, son "exécution" n'en est pas moins un assassinat tout aussi injustifiable. La justice ne peut, en tout état de cause, se concevoir comme une vendetta » (25 mars 1977). Le Monde propose de son côté une revue de presse des organes de gauche radicale et signale un article du journal trotskiste Rouge, "Sans fleurs ni couronnes", qui considère le meurtre de Tramoni comme "une liquidation qui ne sert en rien la lutte des travailleurs" » (cité dans Le Monde, 26 mars 1977), usant d'une référence à la trahison de l'idéal communiste.

Cet événement met au jour les tensions au sein de la nébuleuse de la gauche radicale dont Libération constitue un reflet saisissant. Dans un article polyphonique publié au lendemain de l'assassinat, un membre anonyme de la rédaction explique qu' « avec la mort de Tramoni, un bout de moi est réconcilié avec ce que je pense, et une pratique réconciliée avec une théorie » (Libération, 25 mars 1977), alors que, dans le même temps, d'autres mettent en doute la pertinence de ce geste. La mention de l'abondant courrier des lecteurs reçu et les réactions publiées reflètent ces tensions. La réponse de Serge July, directeur de Libération et ancien de la GP, est à ce titre éclairante. En marge de l'entretien publié par le quotidien avec 2 membres des NAPAP en août 1977, affirmant que « l'exécution de Tramoni doit servir à débloquer une situation qui est bloquée depuis la mort de Pierre Overney. […] Exécuter Tramoni, c'est ouvrir le débat sur la violence... » (Libération, 4 août 1977), il revient sur le « sentiment de trahison » (Idem) exprimé par les NAPAP en le rejetant au motif d'une posture anachronique :

« Ils ont été maos, quand les maos – la Gauche prolétarienne – achevaient leur aventure. Ils sont venus après la bataille. Overney était déjà mort. Alors que le gauchisme prenait, dans la confusion, conscience de ses limites, de ses travers, de ses impuissances à saisir une réalité nationale et internationale qui avait changé, de jeunes militants cherchaient souvent désespérément à continuer un combat qui leur semblait le seul capable de faire avancer. » (Idem)

Ce faisant, les propos de Serge July signent l'appropriation mémorielle et monochrome d'une catégorie politique. De l'écho favorable à la violence révolutionnaire, Libération glisse donc vers la critique, parallèlement au « reflux de l'extrême gauche politique [vers la] reconversion du "gauchisme culturel" » (Rimbert 2005 : 34). Jusqu'en 1976, le quotidien est en effet le seul à ne pas condamner – voire à saluer – les divers attentats revendiqués par des organisations violentes aux quatre coins du monde, témoignant en cela d'un certain exotisme révolutionnaire. L'apparition des NAPAP modifie profondément la donne : cette fois, le journal et ses fondateurs sont directement renvoyés à leur histoire et à la rhétorique violente qui a agité la gauche radicale française dans les premières années de l'après 68.

Dès lors, si la vengeance peut être consommée à basse température, l'assassinat du meurtrier de Pierre Overney semble loin du goût de beaucoup, y compris parmi ceux-là mêmes qui appelaient, en 1972, à la violence. Le constat est renforcé par la double montée en puissance du gauchisme culturel et de l'interprétation culturaliste des événements de 68, et accru par l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, scellant le terme du « début de la fin » (Artières et Zancarini-Fournel 2008b).

Personnage principal : Georges Besse

Organisation : Action Directe

Le « cas Overney » déborde en effet de la décennie 1970 pour être à nouveau mobilisé quatorze ans après la mort du militant maoïste. Le soir du 17 novembre 1986, Georges Besse, PDG de la Régie Renault, est assassiné devant son domicile parisien par deux femmes, au visage découvert. L'intensité dramatique provoquée par cet assassinat est inédite en France : pour la première fois, le corps ensanglanté d'une personnalité incarnant le pouvoir économique s'étale à la Une de la presse. Avant même toute revendication, le constat est unanime : « à travers ce meurtre, c'est un défi à l'État, au gouvernement, à la République, à la France, qui est lancé » (France Soir, 18 novembre 1986). L'annonce de la revendication de cet assassinat par Action directe confirme la piste envisagée – notamment en raison du sexe des auteures du crime –  l'organisation communiste révolutionnaire apparue en 1979  ayant « toujours dit qu'elle s'en prendrait aux grands dirigeants économiques » (Le Figaro, 18 novembre 1986), imitant en cela les situations ouest-allemande ou italienne. La découverte de tracts frappés de l'étoile à cinq branches d'Action directe à l'entrée de la station de métro Raspail, à deux pas du domicile de Georges Besse, donne une signature plus précise à cet assassinat revendiqué par le « commando Pierre Overney », tout comme l'assassinat de Jean-Antoine Tramoni par les NAPAP en 1977. Le contenu des tracts est en partie cité dans la presse. Il s'agit de « construire l'organisation communiste à partir des usines et des quartiers » et d'aider « le prolétariat international à lutter contre la bourgeoisie impérialiste » (Le Figaro, 19 novembre 1986). Georges Besse est ainsi présenté comme le symbole d'un capitalisme d'État régi par le capitalisme– qu'Action directe désigne sous l'expression « complexe militaro-industriel » – , arrivé à la tête de Renault pour opérer le redressement de l'entreprise via une restructuration draconienne au printemps 1985 – marquée par l'annonce de la suppression de 21 000 emplois en deux ans – largement critiquée alors par Libération.

Si Action directe n'en est pas à son premier assassinat10, celui de Georges Besse est inscrit dans une filiation révolutionnaire qui nourrit la controverse. De même, si l'organisation a pour habitude de signer ses attentats du nom d'un martyr révolutionnaire, c'est la première fois que celui d'un militant français des années 68 est utilisé. Près de quinze ans après, si le nom de Pierre Overney n'a pas complètement disparu de la mémoire militante, le maoïsme semble bien loin des préoccupations contemporaines, à tel point qu'un rappel est nécessaire : « Tué il y a plus de quatorze ans par un vigile de la régie Renault, Pierre Overney est resté, pour l'extrême gauche, le symbole de la lutte contre "la violence patronale" » (Le Monde, 20 novembre 1986). Une fois encore, Libération mérite un intérêt tout particulier. Le journal fait en effet part de sa perplexité. L'éditorial signé le 19 novembre 1986 rejette sans surprise la démarche d'Action directe, mais conteste surtout la légitimité-même de la filiation historique affirmée en se posant en gardien de la mémoire :

« En se revendiquant de cet épisode qui a marqué à la fois l'apothéose du gauchisme post-soixante-huitard et le début de sa fin, les tireurs d'Action directe veulent se donner des apparences d'héritiers.

Il s'agit en fait d'une usurpation d'identité et d'un détournement de sens. »

Cette signature sonne également comme un message aux anciens militants de la GP, dont le révisionnisme est dénoncé, comme l'exprime la même année Guy Hocquenghem, ex-militant LCR, dans sa pamphlétaire Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary11. En l'espace de quinze ans, le paysage militant a en effet connu de profondes mutations, lues par certains comme  synonymes de désillusion et retournement (Le Goff 1998) que cet attentat vise également à dénoncer, sans pour autant trouver l'espace politico-médiatique le permettant (Cusset 2006).

Ce propos n'en demeure pas moins inaudible et condamné : « une logique démente » pour France Soir (18 novembre 1986), « une poignée de fous » pour Le Monde (19 novembre 1986), « une poignée de marginaux sanguinaires » pour L'Humanité (19 novembre 1986), dont la phrase « Le sang d'un P-DG qui coule dans un caniveau ne règle pas les problèmes de la lutte des classes » (Idem) est largement reprise (mais pas la déclaration d'André Lajoinie, premier secrétaire du PCF : « Notre condamnation ne change rien au désaccord avec les orientations de Renault ») (Idem). L'isolement politique et social d'Action directe est unanimement souligné et la référence à Pierre Overney vigoureusement critiquée à gauche. En effet, user d'une référence de l'âge d'or maoïste pour légitimer politiquement un assassinat provoque non seulement la consternation mais plus encore la colère, comme en témoigne la suite de l'éditorial de Libération :

« Si Overney s'est fait descendre devant les grilles de Renault, c'est parce qu'il croyait assez en la classe ouvrière pour aller à sa rencontre sur le tas – et c'est là, on l'avouera, le cadet des soucis d'Action directe. Ensuite, le mouvement de l'époque a fait, très massivement et très exactement, le choix inverse de celui d'AD : ne pas répondre au sang par le sang […] pour essayer de gérer politiquement la situation. AD, qui depuis longtemps, voire depuis toujours, n'a rien à gérer politiquement que sa survie de desperado, ne connaît, elle, en guise de stratégie que le goût du sang et la célébration du meurtre à froid.

Enfin, signer un assassinat du nom-symbole d'un mouvement qui n'a jamais, en aucun cas, préconisé le meurtre individuel comme moyen d'action (et qui n'a faut-il le rappeler, jamais tué personne), relève d'un confusionnisme de type policier, auquel Marcellin, en son temps, s'était activement employé.

Beaucoup de choses ont changé en quinze ans – notamment le fait qu'une poignée de paumés sanglants prétende tenir lieu à elle seule d'un mouvement social inexistant » (19 novembre 1986).

La virulence de l'énoncé est à la hauteur des affects mobilisés (Bantigny 2014). Les allers-retours chronologiques impliqués par l'assassinat de Georges Besse reflètent ainsi une épaisseur temporelle propre au militantisme post 68 et à l'intensité émotionnelle supérieure à 1977. À ce titre, François Cusset désigne avec la formule « l'idéologie de la mort des idéologies » l'année 1986 comme celle du reflux politique par excellence, dont il dépeint le caractère réactionnaire, alors que la France connaît sa première cohabitation politique. Le coup de tonnerre de cet assassinat se trouve ainsi décuplé par le rappel brutal à la conflictualité politique de la décennie précédente. La réaction est d'autant plus vive que les références au militantisme apparu dans le sillage de la contestation du printemps 1968 n'avaient jamais été aussi nettes.

Au-delà des débats enfiévrés autour de la vengeance, la mémoire de 68 apparaît incontestablement comme un objet brûlant, même deux décennies plus tard. En ce sens, le recours à la violence est doublement considéré comme une dégénérescence contenue en germe dans la crise sociopolitique de 68 – ce point de vue s'inscrivant dans la condamnation du mouvement lui-même – et comme un égarement, une trahison de l'esprit de Mai. Une filiation donc illégitime et une violence à contretemps qui laissent entrevoir l'indéniable réduction de l'espace de la conflictualité politique violente.

Finalement, la mort de Pierre Overney et ses suites interrogent le sens des mots sur le plan collectif et temporel. À défaut d'y répondre, force est de constater que la violence réveille la mémoire, d'autant plus douloureusement que sa confrontation avec l'histoire est rendue ardue par la confusion des genres et les légitimités auto-construites par quelques-uns des acteurs du militantisme de la décennie 1970.

De ce point de vue, les trois actes de la « pièce » Overney éclairent la période non pas tant comme une période marquée par l'abandon de la violence politique, mais plutôt comme la confirmation de la radicalisation d'une minorité alors que s'essoufflent, dans le même temps, les dynamiques militantes et les stratégies non-violentes. Fonctionnant comme une boucle référentielle aux échos éruptifs, la mort de Pierre Overney pose in fine la question du sens des martyrs et de la fabrique de la conflictualité politique. Ce que Chris Marker énonce dans Le fond de l'air est rouge (1977)  : au sortir du mouvement de 68, « les appareils politiques traditionnels ont déjà commencé de sécréter les anticorps qui leur permettront de survivre à la plus grande menace qu'ils aient rencontrée sur leur chemin ». Les à-coups de la postérité d'Overney peuvent être lus à cette lumière, qu'il s'agisse de venger sa mort par le sang en 1976 et en 1986, ou de célébrer – encore aujourd'hui –  l'anniversaire de sa disparition sur sa tombe du Père Lachaise sur fond de drapeaux rouges et de chants révolutionnaires.

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ZANCARINI-FOURNEL Michelle, 2008, Le moment 68. Une histoire contestée, Paris, Seuil.

 



Notes de bas de page


1 Arlette Farge, « Penser et définir l'événement en histoire. Approche des situations et des acteurs sociaux », Terrain, n° 38, 2002, p. 72.
2 Alain Geismar, Serge July et Erlyn Morane, Vers la guerre civile, Paris, éditions et publications premières, 1969.
3 Cette formule donne également son titre au documentaire d'Anne Argouse et Hugues Peyrey (2012).
4 Carlos Marighela, Manuel du guérillero urbain, Paris, Libertalia, 2009 (1970), p. 61. La formule est empruntée à Ernesto « Che » Guevara.
5 Xavier Vigna signale que ce mot d'ordre, « emprunté au Parti communiste de l'entre-deux-guerres », illustre une « filiation fantasmée » avec « le radicalisme et la bolchévisation des années héroïques » du Parti communiste (L'insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d'histoire politique des usines, Rennes, PUR, 2007, p. 288).
6 Les Cahiers prolétariens, janvier 1974, cité par Isabelle Sommier, La violence révolutionnaire, op. cit., p. 81.
7 Sur ce point, le témoignage d'Oliver Rolin, responsable de la NRP, est éclairant : Antoine Liniers (pseudonyme), « Objections contre une prise d'armes », in François Furet, Antoine Liniers et Philippe Raynaud (dir.), Terrorisme et démocratie, Paris, Fayard, 1985, p. 137-224.
8 Louis Althusser, L'avenir dure longtemps, Paris, Stock/IMEC, 1992, p. 265.
9 Voir également Jean-Baptiste Casanova, « Les Autonomes. Le mouvement autonome parisien de la fin des années 1970 », Revue électronique dissidences, n° 2, automne 2011. En ligne : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1405 (initialement publié sur le site de Dissidences.net).
10 Le 25 janvier 1985, Action directe signe son premier assassinat contre le général Audran. Cinq mois plus tard, le 26 juin, le général Blandin échappe à un attentat, tout comme Guy Brana, vice-président du CNPF, le 15 avril 1986.
11 Guy Hocquenghem, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, Paris, Albin Michel, 1986.



Pour citer cet article


Bugnon Fanny. Venger Pierre Overney ? Controverse autour d'un mot d'ordre : l'article est une version légèrement augmentée d'un article publié dans la revue Dissidences, vol. 13, 2013, p. 97-111.. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 15. La fabrique des martyrs, 25 juin 2015. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=4492. ISSN 1308-8378.




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Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
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