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2. Identités visuelles

Article
Publié : 1 février 2009

Connotations des couleurs dans le langage médiatique : la couleur orange dans le discours politique roumain


Elena COMES, Professeur des Universités, Université Ovidius de Constanta, elenacomes@yahoo.fr

Résumé

la couleur orange dans le discours politique roumain. L’article propose une analyse des connotations de certaines couleurs dans le discours politique roumain d’après la révolution anti-communiste.

Prenant comme point de départ le symbolisme traditionnel des couleurs dans nos cultures européennes, la recherche envisage l’étude de l’évolution de ce symbolisme jusqu’aux représentations actuelles des couleurs dans le discours politique contemporain.

Parmi les couleurs privilégiées en tant que symboles dans ce type de discours, nous étudierons celles qui ont acquis ces dernières années un statut particulier en Roumanie, notamment l’orange, en tant que « couleur politique ».

En effet, on constate qu’après les révolutions anti-communistes, dans les nouvelles démocraties des pays de l’Est, le rouge a été aboli, comme couleur symbolique d’un passé répréhensible, et on brandit d’autres couleurs, notamment la couleur de la « révolution orange » de l’Ukraine, rattachée symboliquement aux vraies valeurs de la démocratie et à la lutte des forces progressistes contre ceux qui continuent à soutenir ou essaient de maintenir, sous diverses formes, l’ancien régime.

Cette couleur est reprise, comme symbole d’une nouvelle démocratie et d’une nouvelle gouvernance politique, dans d’autres pays de l’ancien « camp » communiste, dont la Roumanie, où l’un des partis politiques, qui affirme sa volonté et sa capacité d’être porteur de ces nouvelles valeurs démocratiques, adopte comme couleur emblématique l’orange. C’est cette couleur-symbole et ses connotations roumaines que nous nous proposons d’étudier dans des textes politiques roumains.


Table des matières

Texte intégral

L’article propose l’analyse des connotations de certaines couleurs, notamment l’orange, dans le discours politique roumain d’après la révolution anti-communiste de 1989.

En vue d’expliquer le choix de cette couleur comme « couleur politique » dans un certain moment historique et sur une certaine aire géographique - dont la Roumanie -, nous proposons, en un premier temps, une brève étude du symbolisme traditionnel des couleurs dans nos cultures européennes, avec un regard particulier sur la couleur qui nous intéresse dans cette étude : l’orange. Cette couleur fera ensuite l’objet de notre analyse concernant ses connotations politiques actuelles dans différents pays et, surtout,  en Roumanie. Cette analyse, réalisée dans un corpus constitué d’articles de la presse roumaine des dernières années, cherche à mettre en évidence les connotations idiosyncrasiques de la couleur visée, qui s’est effectivement imposée dans notre pays non seulement comme couleur emblématique de l’un de nos partis politiques, mais aussi comme couleur-symbole d’un certain type de message politique.

 Les couleurs ont représenté depuis toujours et dans diverses civilisations un domaine riche du point de vue de leur symbolisme, caractérisé surtout par son universalité, comme le remarquent les auteurs du bien connu Dictionnaire des symboles, Jean Chevalier et Alain Gheerbrant :

« Le premier caractère du symbolisme des couleurs est son universalité, non seulement géographique, mais à tous les niveaux de l’être et de la connaissance, cosmologique, psychologique, mystique, etc. Les interprétations peuvent varier et le rouge, par exemple, recevoir diverses significations selon les aires culturelles ; les couleurs restent, cependant, toujours et partout des supports de la pensée symbolique. » (Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, 1982 : 294)

Les spécialistes du domaine parlent ainsi de l’omniprésence des couleurs dans les diverses civilisations et des multiples correspondances qu’on a envisagées entre les sept couleurs de l’arc-en-ciel, d’une part, et, d’autre part, les sept notes musicales, les sept cieux, les sept planètes, les sept jours de la semaine, les quatre éléments, etc.

On parle du symbolisme cosmique des couleurs chez différents peuples, du symbolisme d’ordre biologique et éthique, de la symbolique des couleurs en psychologie, etc. A tout cela s’ajoutent la multitude et la diversité des valeurs religieuses des couleurs et du symbolisme de celles-ci, tel qu’il se reflète dans l’art chrétien, dans les croyances magiques de l’Islam ou bien dans l’échelle des couleurs chez les mystiques. (Cf. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, 1982 : 295-298).

La signification politique des couleurs remonte elle aussi à des époques anciennes puisque, en Islam,  la couleur noire est entrée avec les Abbassides dans les emblèmes du Califat et de l’Etat en général : les étendards noirs étaient le symbole de la révolte abbasside et un dicton rapporte que les Arabes portaient un turban noir lorsqu’ils avaient une vengeance à exercer (Cf . Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, 1982 : 298) ; le Calife portait un manteau noir, une haute coiffure noire et c’est avec des vêtements noirs que les notables allaient à la mosquée. Les vêtements d’honneur étaient donc noirs tandis que le port de vêtements blancs était ordonné en guise de punition. (Cf . Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, 1982 : 298). La source citée rapporte aussi le fait que les Alides, adversaires des Abbassides, ont adopté, par opposition, le vert comme couleur emblématique et ont aboli l’usage du noir. D’autre part, le blanc devient l’emblème des mouvements de révolte des Ummayades et c’est pourquoi le blanc deviendra par la suite l’insigne de toute opposition en Islam. C’est ainsi que, par extension, on donne le qualificatif de blanche à une religion qui s’oppose à l’Islam et on appelle la religion des rebelles la religion blanche. (Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, 1982 : 298). D’autre part, les rebelles de Perse sont, parfois, appelés les Rouges, signalent les mêmes auteurs, parce que dès les temps préislamiques, les Persans et les étrangers en général sont appelés les Rouges, par opposition aux Arabes, les Noirs. (Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, 1982 : 299).

Au cours de l’histoire on a choisi, dans différents pays, d’autres couleurs politiques et on connaît bien la valeur symbolique des couleurs de la Guerre des Deux-Roses pour le trône anglais (la rose rouge de la  de la maison des Lancaster et la rose blanche de la maison des York), le symbolisme du lys blanc de la monarchie française,  l’orange de la monarchie des Pays-Bas (Maison d’Orange-Nassau), par exemple.

Plus récemment, au XXe siècle, le communisme brandit le rouge comme couleur emblématique et cette couleur « diurne, solaire, centrifuge », qui incite à l’action, qui est « image d’ardeur et de beauté, de force impulsive et généreuse, de jeunesse, de santé, de richesse, d’Eros libre et triomphant » (Cf. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, 1982 : 832), devient une couleur politique à connotations soi-disant positives au début de la « révolution rouge » de la Russie, dirigée contre l’ancien régime monarchique des Blancs.  Cette même couleur politique est adoptée par les autres révolutions communistes de partout : pays de l’Europe Centrale et de l’Est, Chine, Corée du Nord, Viêt-Nam du Nord, Cuba. Mais peu à peu, après les « illusions des mythes bolchéviques et soviétiques (…) pendant “la décennie rose” entre 1920 et 1930 » (Cf. Pierre Brunel, 1999 : 225), le rouge du communisme est associé à l’idée de dictature communiste, de régime totalitaire, de goulags, de rideau de fer qui séparait les pays communistes des autres, en acquérant ainsi des connotations négatives si fortes qu’au renversement du régime communiste en 1989, suite aux révolutions anti-communistes, les peuples de ces pays prennent en horreur cette couleur politique et la mettent à l’index avec toutes les abominations du communisme.

D’autres couleurs politiques à connotations négatives se rattachent à d’autres régimes totalitaires du XXe siècle, tel le fascisme « pendant la “la décennie noire” entre 1930 et 1940 » (Cf. Pierre Brunel, 1999 : 225): les chemises brunes des nazis, leur croix gammée noire et l’étoile jaune appliquée aux Juifs sont autant de symboles qui individualisaient les partisans des mythes fascistes et hitlériens et qui provoquaient la terreur de tous ceux qui haïssaient le régime fasciste.

A partir de ces quelques exemples qui se réfèrent surtout aux civilisations européennes, on peut conclure sur l’importance des couleurs au cours de l’histoire de l’humanité ainsi que sur le rôle de  celles-ci dans la construction des symboles politiques, anciens ou récents.

Les deux termes sont employés en français pour cette couleur 1 « à mi-chemin du jaune et du rouge », «la plus actinique des couleurs » :

« Entre l’or céleste et le gueules chthonien, cette couleur symbolise tout d’abord le point d’équilibre  de l’esprit et de la libido. Mais que cet équilibre tende à se rompre dans un sens ou dans l’autre, elle devient alors la révélation de l’amour divin, ou l’emblème de la luxure. » (Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, 1982 : 708).

Ce double aspect du symbolisme de la couleur que nous étudions explique son association tantôt au sacré, tantôt à la libido.

C’est ainsi que l’orange est la couleur de la robe des moines bouddhistes et de la croix de velours des Chevaliers du Saint-Esprit (Cf. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, 1982 : 708). C’est pourquoi aussi la pierre précieuse qui a cette couleur, l’hyacinthe, était considérée comme un symbole de fidélité et constituait l’emblème d’une des douze tribus d’Israël sur le pectoral du Grand Prêtre de Jérusalem ; c’est ainsi également qu’on la retrouve sur la couronne des Rois d’Angleterre, où elle symbolise « la tempérance et la sobriété des rois. » (Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, 1982 : 708).Mais, « l’équilibre de l’esprit et de la libido est chose si difficile que l’orangé devient aussi la couleur symbolique de l’infidélité et de la luxure. (Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, 1982 : 708). D’où le fait que l’orangé soit associé aussi au culte de Dionysos, qui portait, dit-on, des vêtements de cette couleur et au culte de la Terre-Mère où l’équilibre entre l’esprit et la libido était recherché, selon les traditions, « dans l’orgie rituelle, qui était censée amener à la révélation et à la sublimation initiatiques ». (Cf. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, 1982 : 708).

Couleur chaude, l’orange est considéré comme la couleur la plus vibrante et la plus stimulante, ayant des rapports étroits avec la nature : c’est la couleur des fruits comme les pêches et les agrumes et c’est surtout la couleur de l’automne, saison de transition, qui marque le passage de la canicule  de l’été au gel de l’hiver. C’est pourquoi l’orange est considéré la couleur du changement et cela pourrait expliquer, peut-être, selon certains spécialistes, son emploi comme couleur politique.

D’autre part, on associe cette couleur à la bonne humeur et à la joie de vivre parce que ce serait  « la couleur de la fonction sensation, de l’instinct génésique avec ses exigences » (Cf. Nadia Julien, 1997 : 89) :

« Dans les rêves, cette tonalité chaude et brillante, emblème de la luxure, exprime un intense besoin de jouissance et d’expansion et reflète un équilibre fragile et la nécessité de contrôler ses impulsions. » (Nadia Julien, 1997 : 89)

Ainsi, il est d’usage de considérer que, grâce à l’énergie dégagée par cette couleur, nous sommes plus gais et plus optimistes. Dès lors, on peut lui attribuer, dans la chromo-thérapie, des propriétés qui permettent de lutter contre l’anxiété, la fatigue, le stress, elle agissant comme principe régénérateur et antidépresseur. (Cf . www.carpinet.net, La chromo-thérapie – médecine des dieux). 2

Comme nous avons vu ci-dessus que les couleurs ont été utilisées depuis des époques reculées en politique. Leur fonction peut être soit simplement emblématique, soit plus complexe, de type symbolique. En ce sens, nous reprenons ici la distinction faite par Jean Chevalier dans l’Introduction au Dictionnaire des symboles (édition de 1982) entre l’image symbolique et les autres figures apparentées avec lesquelles on la confond parfois : l’emblème, l’attribut, l’allégorie, la métaphore, l’analogie, le symptôme, la parabole, l’apologue. (Cf . op.cit., pp. VIII-IX).

Dans cette liste de figures, l’emblème est la plus simple :

« L’emblème est une figure visible adoptée conventionnellement pour représenter une idée, un être physique ou moral : le drapeau est l’emblème de la patrie, le laurier, celui de la gloire. » (Jean Chevalier, 1982 : IX)

tandis que le symbole  est « beaucoup plus qu’un simple signe » :

« il porte au-delà de la signification, il relève de l’interprétation et celle-ci d’une certaine prédisposition. Il est chargé d’affectivité et de dynamisme. Non seulement il représente, d’une certaine manière, tout en voilant ; mais il réalise, d’une certaine manière aussi, tout en défaisant. Il joue sur des structures mentales. C’est pourquoi il est comparé à des schèmes affectifs, fonctionnels, moteurs, pour bien montrer qu’il mobilise en quelque sorte la totalité du psychisme. Pour marquer son double aspect représentatif et efficace, on le qualifierait volontiers d’eidolo-moteur. Le terme ‘eidolon’ le maintient, pour ce qui est de la représentation, au niveau de l’image et de l’imaginaire, au lieu de le situer au niveau intellectuel de l’idée (eidos). Ce n’est pas à dire que l’image symbolique ne déclenche aucune activité intellectuelle. Elle reste cependant comme le centre autour duquel gravite tout le psychisme qu’elle met en mouvement.» (Jean Chevalier, 1982 : X-XI)

La distinction entre simple signe et symbole est soulignée par l’auteur cité comme suit :

« Avec le signe, on demeure sur un chemin continu et assuré : le symbole suppose une rupture de plan, une discontinuité, un passage à un autre ordre ; il introduit dans un ordre nouveau aux multiples dimensions. Complexes, indéterminés, mais dirigés dans un certain sens, les symboles sont encore appelés des synthèmes ou des images axiomatiques. » (Jean Chevalier, 1982 : XI)

Dans le domaine de la politique, on utilise toute la gamme de figures citées par Jean Chevalier, depuis l’emblème, l’attribut, etc.,  jusqu’au symbole. Mais c’est sans doute ce dernier qui offre les possibilités les plus efficaces d’influencer les masses et les gagner pour un certain idéal politique. En effet, les spécialistes du domaine ont remarqué l’importance des symboles politiques, qui dominent effectivement la scène politique quelle qu’elle soit. En ce sens, Lucien Sfez met en évidence la relation étroite qui existe entre politique, symbole et légitimité : « La politique est une question de symbole, car c’est une question de légitimité, c’est-à-dire de croyances et mémoires validées » (L. Sfez, apud I. Chiciudean, in « Imagine si simbol », http://elvenpath.wordpress.com, 11. 02. 2007, p.1)

Les symboles politiques agissent sur la formation et la stabilité des représentations politiques, ils orientent les individus et les groupes sociaux vers des changements d’attitude si bien qu’autour des symboles politiques peut se réaliser la cohésion de toute une société. Et cela, grâce à la capacité des symboles politiques à éveiller et à entretenir des réactions émotionnelles. D’autre part, la dégradation des symboles entraîne celle de l’ordre politique et la chute du pouvoir politique signifie aussi la chute des symboles grâce auxquels il s’était imposé. (Cf. http://elvenpath.wordpress.com, 11. 02. 2007, p.2)

Comme nous l’avons vu, les couleurs peuvent aussi être emblèmes ou symboles politiques. Nous essayerons de le montrer pour la couleur orange, qui semble avoir de nos jours un statut politique privilégié puisqu’elle a connu, sous nos yeux, un processus d’évolution évident : de sa qualité de couleur emblématique d’un parti politique d’un certain pays vers une valeur de symbole pour toute une orientation politique de différents peuples d’une aire géographique beaucoup plus vaste.

La présente recherche sur les couleurs politiques à travers le langage médiatique actuel, qui constitue notre principal corpus d’étude, nous a permis de remarquer l’importance des couleurs  dans la vie politique, mais, en même temps, nous avons pu constater qu’il faut faire une distinction essentielle entre la simple couleur-emblème et la couleur-symbole. C’est ainsi que l’on peut discuter de la couleur politique orange, par exemple, comme couleur emblématique de certains partis politiques ; son rôle est alors d’assembler autour d’un parti politique, en tant que signe de reconnaissances, les membres ou sympathisants de ce parti. C’est alors la couleur des drapeaux, des insignes, des affiches électorales, des foulards, des rubans, etc., adoptée et exhibée par les adeptes du parti.

En ce sens, très souvent, la couleur ne marque que la différence par rapport à un autre parti : telle est la situation, par exemple, du ruban orange adopté en 2005 et accroché aux antennes de leurs voitures par les partisans de la faction nationaliste messianique des colons d’Israël dans les confrontations et les conflits à propos du retrait de la bande de Gaza et de l’évacuation des colonies de là-bas. Il s’agissait d’une minorité de fanatiques fascistes,  incités par les rabbins « sionistes nationalistes », qui utilisaient délibérément la violence contre la majorité de la population du pays, adeptes du retrait de Gaza. Beaucoup de gens parmi ces derniers avaient une vision différente de l’Israël, celle « d’un Israël libéral et laïque, vivant en paix avec le monde arabe » ou, en tout cas, « d’un Israël sain et honnête où la majorité décide à travers la Knesset ».  (Cf. Uri Avnery, « La guerre des couleurs », in http: //www.france-palestine.org, 11.07.2005, p. 2). Cette partie de la population avait comme signe distinctif le ruban bleu, dans cette « guerre des couleurs » de l’été 2005, mais ceux qui osaient l’arborer étaient peu nombreux à cause de la peur des violences et des menaces des hooligans  de droite qui vandalisaient les voitures à rubans bleus.

De même, un autre exemple qu’on pourrait citer pour illustrer la valeur emblématique de la couleur orange est l’utilisation de celle-ci par l’UDF de François Bayrou, lors des élections présidentielles de France en 2007. Une couleur choisie d’une manière plus ou moins aléatoire, selon les journalistes, mais suggérant la position centriste du  candidat :

« Orange, voici la belle couleur de François Bayrou et de l’UDF. Ni blanche, ni rouge. La couleur des clémentines (ou mandarines) que les partisans du candidat de l’UDF vont distribuer sur les marchés de France. » (Philippe Askenazy, « La couleur de Bayrou », in Le Nouvel Observateur.com, 21.03.2007)

On peut également rappeler la couleur orange employée comme emblème politique au Liban, par le parti des militants du Courant Patriotique Libre, pour se distinguer des autres partis réunis, par exemple, dans la démonstration de force des pro-syriens à Beyrouth, comme on le voit dans le texte suivant qui surprend sur le vif l’événement :

« La place mêle l’orange, le jaune et le vert, pour les foulards et les T-shirts, sous un seul drapeau, celui du Liban. L’orange, c’est la couleur des militants du Courant patriotique libre (CPL) de Michel Aoun, très nombreux, le jaune celle du Hezbollah, et le vert celle des chiites d’Amal, le parti du président de l’Assemblée Nabih Berri, ou des chrétiens du nord de Souleimane Frangié. Le mélange se fait aussi dans les haut-parleurs, qui diffusent des chants militaires du Hezbollah et des discours d’Aoun. Tout ce monde se côtoie en souriant. Quelques jeunes filles portent même des foulards islamiques orange : “On est membres d’Amal, mais c’est par solidarité avec le général.”  C’est toute la complexité du Liban qui s’exprime dans ce mélange. » (Le Figaro.Fr – http://www.le figaro.fr/international/, 15.10.2007)

En Roumanie, l’orange est apparu comme couleur politique en 2004, lors des élections présidentielles et parlementaires : c’est la couleur d’un parti politique résulté d’une alliance entre le Parti National Libéral et le Parti Démocrate, réalisée en vue des élections : l’Alliance D.A. – « Dreptate si Adevar » (« Justice et Vérité »), alliance qui s’oppose à l’autre force politique importante du pays : le Parti Social Démocrate (PSD), dont l’emblème chromatique est le bleu.

L’orange a été choisi par l’Alliance D.A. en vertu de ses connotations connues, rattachées à la lumière, à l’énergie et à la vitalité, au dynamisme et au changement régénérateur parce que ce parti se voulait le porteur des nouvelles valeurs démocratiques qui auraient dû s’affirmer après la chute du communisme en 1989 et qui tardaient trop à s’imposer dans notre pays après la révolution anti-communiste.

Couleur de la force, de l’équilibre et de la sobriété, l’orange s’opposait franchement au rouge du régime communisme, dont le pays avait longuement souffert (pendant 45 ans). C’est sous les drapeaux de cette couleur orange que l’Alliance D.A. a gagné chez nous les élections contre les forces de l’ancien régime représenté par le PSD, parti d’apparatchiks corrompus, attachés à l’idéologie de l’ancien régime communiste.

De plus, cette couleur devenait le symbole d’un mouvement politique plus large grâce à la Révolution orange de l’Ukraine qui a eu lieu la même année à la même époque (octobre-novembre 2004) qui a mobilisé la majorité de la population du pays dans des manifestations pacifiques et qui a fini par imposer dans ce pays le parti de Viktor Iouchtchenko et du premier ministre Ioulia Tymochenko, représentants des forces  orientées vers les valeurs de l’Occident, aptes à renverser à jamais le régime communiste.

A partir de ce moment-là, l’orange devenait le symbole d’un véritable mouvement politique, qui unissait, au-delà des frontières, des gens des anciens pays communistes qui avaient un même crédo et les mêmes aspirations aux vraies valeurs de la démocratie. Ceux-ci partageaient non seulement un même passé répréhensible mais aussi la conscience qu’il fallait encore lutter contre ce passé qui persistait dans la mentalité de beaucoup, la conscience qu’il fallait lutter contre l’ancien régime communiste et contre ceux qui s’efforçaient de le maintenir.

On peut donc parler dans ce cas de la couleur orange comme d’une véritable couleur-symbole puisqu’elle n’est plus un simple signe distinctif, mais porte en elle la complexité du monde des symboles, car elle «  joue sur des structures mentales » et « mobilise en quelque sorte la totalité du psychisme » (Cf. supra, la définition du symbole de Jean Chevalier, 1982 : XI). On peut ainsi affirmer qu’elle procure, comme tous les symboles, « un sentiment sinon toujours d’identification, du moins de participation à une force sur-individuelle », « exprime une réalité qui répond à de multiples besoins de connaissance, de tendresse et de sécurité », et, grâce au symbole qu’elle représente, « l’individu s’éprouve comme appartenant à un ensemble, qui l’effraie et le rassure à la fois, mais qui l’exerce à vivre ». (Cf. Jean Chevalier, 1982 : XX)

Cette perception de la couleur orange comme symbole partagé par une large communauté s’impose de plus en en plus et gagne de plus en plus de terrain parmi d’autres pays de l’ancien « camp » du communisme. C’est le cas, par exemple, de la République de Moldavie ou de l’Azerbaïdjan, où les forces progressistes ont adopté la même couleur- symbole dans leur lutte d’opposition aux forces de l’ancien régime.

C’est ainsi que, dans la campagne électorale de 2005, le Parti Populaire Chrétien Démocrate, le parti d’opposition de plus important de la République de Moldavie, a décidé d’adopter la couleur orange comme « expression symbolique de l’opposition démocratique de la Bessarabie » parce que « l’orange est devenu le symbole du renouveau politique bénéfique » et parce que, « après la Roumanie et l’Ukraine, la Moldavie doit accepter elle aussi le choc profond du changement, changement qui est associé à la couleur orange. » (Cf. Iurie Rosca, « PPCD a preluat culoarea portocalie dupa modelul românesc si ucrainian », in http://www.9am.ro/stiri-revista-presei-/International/1809, c’est moi qui traduis du roumain).

D’autre part, sur le modèle ukrainien, l’opposition de l’Azerbaïdjan a initié en octobre 2006 « une nouvelle révolution orange », en demandant dans le cadre d’une grande démonstration organisée dans la capitale du pays, la ville de Baku, à laquelle ont participé 20000 personnes, la démission du gouvernement et l’organisation d’élections parlementaires libres. Cette démonstration  et d’autres mouvements de protestation de la même période ont été mis en route par l’Alliance « Azadlig » (« Liberté »), formée par les trois partis d’opposition les plus forts, qui allaient participer aux élections législatives du mois de novembre de la même année. Les protestataires portaient des vêtements orange, couleur choisie délibérément par l’Alliance « Azadlig » pour la campagne électorale : « la même couleur utilisée par l’opposition de l’Ukraine lors des démonstrations qui ont mené à la défaite du candidat pro-russe Viktor Ianoukovitchi . » (Cf. « Marsul oranj. Pregatiri de revolutie în Azerbaidjan », in http://www.timpul.md, nr. 517 / 2.11.2006 - c’est moi qui traduis du roumain)

L’influence de la Révolution orange de l’Ukraine a été ressentie même en Occident, semble-t-il, puisqu’on a affirmé que le choix de la couleur orange de François Bayrou, troisième candidat aux élections présidentielles de France en 2007, serait en rapport avec le modèle ukrainien :

« En fait, le passage à l’orange de Bayrou date de la Révolution orange en Ukraine. Excellent symbole : alors que la présidence était assurée par Leonid Koutchma (un ancien apparatchik corrompu), la pression populaire de la Révolution orange a permis une élection non truquée d’un Viktor Iouchtchenko, jouant les cartes de la fin d’un système et de l’Europe. » (Philippe Askenazy, « La couleur de Bayrou », in Le Nouvel Observateur.com, 21.03.2007)

Pourtant cet engouement pour la couleur orange et pour ses symboles a très vite fini dans la déception et dans la critique ! Parce que les  promesses du début de ce mouvement généreux et plein de belles espérances n’ont pas été tenues et la révolution orange de l’Ukraine comme celle de la Roumanie, malgré leur victoire dans les élections, avaient sombré dans les disputes et la rupture entre les anciens alliés. En fait, l’idéal orange n’a pas été assez fort pour donner de la force aux gagnants de ce pari extraordinaire et le symbole de la belle couleur politique semble avoir perdu son sens. L’orange, couleur du dynamisme créateur, du changement prometteur et du renouvellement régénérateur serait-elle aussi la couleur de l’instabilité ?

Car, en effet, en Ukraine, la rupture s’est trop vite produite :

« les alliés orange se sont divisés en deux factions de la même couleur, mais ayant des orientations surprenantes : le bloc orange pro-occidental, dirigé par Iouchtchenko, et le bloc orange pro-Kremlin, en formation, dirigé aussi par une personnalité orange, le premier-ministre Ioulia Tymochenko. » (Cf. Dumitru Titus Popa, « Ucraina baletul portocaliului », in Cronica Româna, 10.09.2008, http://www.cronicaromana.ro, p. 2 - c’est moi qui traduis du roumain)

Dans leurs analyses du phénomène, les politologues parlent de la « crise orange de l’Ukraine » (Cf. Dumitru Titus Popa, 2008 : 2), qu’ils essaient d’expliquer en remarquant surtout « la faible résistance de l’idéologie orange face aux rigueurs de la  démocratie ; ces rigueurs qui sont si importantes dans la confrontation avec les idéologies rouges » (Cf. Dumitru Titus Popa, 2008 : 2 - c’est moi qui traduis du roumain). D’autres facteurs sont également invoqués et surtout les relations particulières de l’Ukraine avec la Russie, l’anti-russisme déclaré qui devient le point central de la politique orange. Pourtant, remarque-t-on « la tendance à perpétuer les politiques d’incompatibilité des relations avec la Russie  peut conduire à la pratique d’une démocratie sévèrement limitée. Une sorte de dictature démocratique. » (Dumitru Titus Popa, 2008 : 2 - c’est moi qui traduis du roumain)

En ce qui concerne la Roumanie, on constate des ressemblances curieuses avec l’Ukraine dans l’évolution des événements après « l’enthousiasme orange » : « chez nous aussi l’orange a éclaté. » (Dumitru Titus Popa, 2008 : 2). Les  deux “ blocs“ qui existent chez nous – celui du président et celui du premier-ministre – sont également en conflit : outre la manière toujours contradictoire de voir les Affaires Intérieures, ils se distinguent par la conception différente des relations internationales du pays, le bloc du premier ministre se tournant plutôt du côté de l’Union européenne, tandis que celui du président, plutôt du côté des Etats-Unis.

Même les couleurs séparent aujourd’hui les deux partis qui avaient autrefois constitué – pour  des raisons uniquement électorales, semble-t-il – l’Alliance D.A. : le Parti Libéral, du premier-ministre, a repris sa couleur d’avant (le jaune), tandis que le parti « présidentiel », le  Parti Démocrate Libéral (PD-L) a gardé  la couleur de l’Alliance (l’orange).

Dans ces conditions qu’en est-il du symbole d’autrefois, qui unissait non seulement les membres des alliances en Ukraine et en Roumanie, mais aussi, au-delà des frontières, d’autres peuples qui embrassaient le même idéal ? La réponse semble nous être donnée par Jean Chevalier encore, dans l’Introduction au Dictionnaire des symboles cité plus haut, là où il parle de « la vitalité » mais aussi  de la « mort » du symbole :

« La vitalité du symbole dépend de l’attitude de la conscience et des données de l’inconscient. Elle présuppose une certaine participation au mystère, une certaine connaturalité avec l’invisible ; elle les réactive, les intensifie et transforme le spectateur en acteur. Sinon, suivant une expression d’Aragon, les symboles ne sont plus que des mots désaffectés, dont l’ancien contenu a disparu comme d’une église où l’on ne prie plus. » (Jean Chevalier, 1982 : XXII)

Nous avons analysé les connotations politiques de la couleur orange dans le discours médiatique roumain depuis le moment où cette couleur a été adoptée comme emblème par la formation politique D.A., candidate aux élections présidentielles et parlementaires roumaines de 2004, et jusqu’à nos jours. Le corpus d’étude est constitué d’articles de journal recouvrant la période octobre 2004 - septembre 2008 et les textes ont été  sélectionnés en fonction des occurrences dans ces textes de l’adjectif orange en contexte politique.

Nous avons pu constater que lors de la création de l’Alliance par le Parti National Libéral et le Parti Démocrate, dans la campagne électorale et pendant les deux tours de scrutin des élections présidentielles, la couleur orange est lancée comme couleur représentative du parti : les politiciens et les sympathisants portent des écharpes orange, dans les grands rassemblements populaires de la campagne éléctorale, les participants ont de petits drapeaux orange, et même les arbres des places où sont organisés les meetings électoraux sont ornés de rubans orange. C’est la couleur « du feu, de la passion et de l’énergie », on dirait même la couleur de l’enthousiasme de ceux  qui se proposent de réaliser ce qu’il y a de plus cher aux peuples : faire triompher la vérité et la justice sociale. (Cf. le nom de l’Alliance D. A. : Dreptate si Adevar (Justice et Vérité). En tout cas, c’est la couleur du succès puisque les résultats des élections amènent au pouvoir ce parti, par une majorité incontestable : et  le jour où l’on annonce cette victoire c’est le point culminant de la joie des masses populaires immenses et des politiciens. Et c’est aussi le triomphe de la couleur orange puisque ce jour-là les élus et les autres membres du parti qui les entourent  sont vêtus d’orange : ils portent non seulement les emblématiques écharpes orange mais aussi des vestes de la même couleur. Tout semble être sous le signe de l’orange et tout devient une fête immense de la lumière, de la chaleur, de la réussite et de l’espoir (un peu comme lorsque  « la neige même était orange… », de la révolution de l’Ukraine).

C’est peut-être à ce moment-là, dans l’enthousiasme collectif, que la couleur emblématique a acquis sa pleine valeur de symbole politique.

Dans les textes de la presse de cette période, on peut remarquer que l’orange est associé à des objets de cette couleur, l’adjectif déterminant des noms qui désignent des objets concrets, tels : drapeaux, écharpes, foulards, rubans, vestes, etc. et a une valeur emblématique étant le signe distinctif du parti, de ses membres, de ses sympathisants.

L’orange comme couleur symbolique était donc associé, à l’époque des élections de 2004 en Roumanie, au succès de la lutte pour les grandes valeurs de la Justice et de la Vérité, qui semblaient prendre corps dans l’essence même de l’Alliance intitulée Dreptate si Adevar (« Justice et Vérité »), à l’enthousiasme de l’idéal politique enfin reconnu comme tel par les gens du pouvoir.

Mais cet enthousiasme et cette euphorie ont été bien éphémères. Quelques mois après l’instauration au pouvoir de l’Alliance D.A., les divergences et même les conflits entre les partenaires politiques qui avaient fondé l’Alliance ont commencé à se manifester et à détruire l’équilibre qui semblait s’être réalisé entre les forces nationales démocratiques.

C’est ainsi qu’au moment où l’Alliance elle-même fait le point d’une année de gouvernance, en décembre 2005, elle doit reconnaître les divergences apparues entre le Gouvernement et la Présidence (Cf. « Alianta DA a facut bilantul unui an de guvernare », in BBC ROMANIAN.com, 18 decembrie 2005, http://www.bbc.co.uk/romanian/news/ story/2005/12).

Cet état de choses est vite sanctionné par les adversaires politiques et l’arme la plus meurtrière qu’ils utilisent c’est justement le symbole - la couleur orange - tourné en dérision ou chargé de fortes connotations négatives.

C’est ainsi que les partis d’opposition parlent d’ « une année de mensonge orange » et de la « dégringolade du pouvoir orange » (Cf. Mircea Geoana 3, « 1 an de minciuna portocalie », in zf.ro, 19.12.2005, http://www.zf.ro/ opinii/1 - 3017011) ; d’autres témoins aussi enregistrent la déception provoquée par la politique du parti orange : les journalistes parlent avec amertume des « politicards orange » et de leurs « commandes politiques orange », des « journaux orange » qui ont la mission de convaincre les « fans orange » qu’ils font partie de l’élite politique actuelle (Cf. George Cusnarencu, « Maistrii tristi ai sofismelor de cafenea», in Cronica româna, 14 sept. 2005, http:// www. cronicaromana.ro – c’est moi qui traduis du roumain)

On dénonce même la « corruption orange », qui « si elle est plus sophistiquée que celle de l’ancien régime, est aussi dangeureuse » (Cf . Cozmin Gusa, « Coruptia portocalie », in StiriROL.ro Romania online, 23 octombrie 2006 - c’est moi qui traduis du roumain), en attaquant ainsi l’Alliance dans ses fondements mêmes puisqu’elle s’était fait de la lutte contre la corruption le principe politique essentiel.

Du point de vue de l’analyse linguistique, on peut constater dans le discours médiatique de l’époque, dans tous les contextes signalés ci-dessus, un autre type de détermination des noms par l’adjectif orange : il est associé dans ces contextes à des noms désignant des entités abstraites et, surtout, péjoratives, ce qui confère à l’adjectif lui-même de fortes connotations péjoratives. C’est parce que les membres de l’Alliance, désunis et brouillés, ne s’appuient plus sur la même couleur-symbole qui les avait rassemblés autour du même idéal politique : le symbole « est mort » une fois que l’Alliance « est morte ». C’est pourquoi ce sont plutôt les adversaires politiques de l’Alliance ou les sympathisants, déçus, qui désignent les anciens membres de celle-ci par leur symbole de naguère, et chaque fois dans un sens négatif.

C’est ainsi que l’on parle du « grand chantage orange » et qu’on montre du doigt le chef de l’Etat lui-même, le grand vainqueur de la « révolution orange roumaine » de 2004, le président Traian Basescu, qui ayant attaqué directement le Premier Ministre, Calin Popescu Tariceanu, a produit un scandale autour d’un fameux « billet rose » où le premier-ministre aurait proposé au président un partenariat de type oligarchique (Cf. « Marele Santaj Portocaliu », in http://www.ghidromania.ro/stiri, 18 ianuarie 2007).

On accuse même la gouvernance actuelle de dictature, qu’on appelle durement la « dictature de la peste orange », en employant les termes les plus forts pour démasquer les « contre-performances du Gouvernement Orange » - qui sont dues, selon l’auteur de l’article, aux « excès extrémistes du libéralisme extra-doctrinaire pratiqué par le premier-ministre », à «la pression permanente  exercée sur le Parlement (…) dont on a bloqué le fonctionnement normal », à « la sévère censure de la presse », à « la gestion défectueuse des relations internationales », à une politique inefficace dans les domaines de l’enseignement et de la culture, etc. (Cf. le député Ion Stan, Déclaration politique faite dans la Chambre des Députés du Parlement : « Doi ani de dictatura a ciumei portocalii în România »,  publiée dans Monitorul Oficial, no. 8/23.02.2007 – c’est moi qui traduis du roumain).

La crise du régime politique orange roumain aboutit à son apogée en 2007, lorsque le Parlement demande même, par 322 de ses membres, la démission du président Basescu, ce qui détermine  l’organisation du « référendum concernant la démission du président Traian Basescu » du 19 mai 2007. C’est le moment où le parti qui continue à soutenir le président, PD-L (le Parti Démocrate Libéral) organise des meetings pro-Basescu : de grands rassemblements populaires, qui font renaître le symbole orange et qui sont qualifiés par le président exécutif de ce parti, Gheorghe Flutur, comme « la seconde révolution orange » (Cf. « Mitingurile pro-Basescu, o a doua revolutie portocalie », in Stiri Bistrita-Nasaud, 15 mai 2007, http://www.stirilocale.ro/bistrita-nasaud/).

Le résultat du référendum est, en effet, en faveur du président « orange », mais sa  popularité en baisse est évidente et on ne sait pas si l’année électorale 2008 changera les données du problème.

Malgré tout cela, on peut constater à présent, à partir de septembre 2008, puisque les élections approchent, la reprise de la couleur-symbole orange – mais sans le même enthousiasme - dans le discours médiatique du seul parti politique résulté de l’ancienne Alliance D.A. qui garde le symbole d’autrefois. Comme c’est la couleur d’un seul parti, celui qui soutient le président, parti qui a résulté d’un « mélange » des deux partis de l’Alliance, les accents critiques concernant cette couleur politique sont suggestifs : on parle du « jaune libéral qui mue en orange démagogique » (Cf. « PD-L face campanie murdara », in http://www.papuravoda.ro/tag/campanie-electorala/, 27 mai 2008 – c’est moi qui traduis du roumain), on renie même l’ “orange” comme symbole parce qu’ « il n’est pas roumain » et un groupe d’étudiants conseille aux gens dans son manifeste anti-électoral d’ « éviter l’orange » dans les élections parce car il « n’a rien à faire avec les intérêts réels de la société roumaine » (Cf. Maria Barbu « Votati rosu –galben–albastru. Evitati portocaliul ! », http://mariabarbu.wordpress.com, 29 mai 2008).

Tous les ressentiments, toutes les rancoeurs se retournent à présent contre la couleur-symbole et le coup de grâce qu’on lui assène est de lui refuser même toute valeur symbolique : Felix Tataru, le directeur de la campagne électorale de Traian Basescu dévoile, dans une interview récente, que le choix de la couleur orange est dû, en fait, tout simplement, à sa capacité à provoquer de l’illusion optique, donc à sa capacité à manipuler les masses, puisque « quelques dizaines de personnes vêtues d’orange créent à ceux qui les regardent l’impression d’une foule de centaines de personnes » ! (Cf. « De ce a vrut Basescu portocaliu pentru campanie », in http://stiri.rol.ro/index2, 17 martie 2008 – c’est moi qui traduis du roumain).

Les couleurs font partie des symboles les plus parlants du discours politique et c’est cela qui explique sans doute leur présence constante dans ce domaine ainsi que l’intérêt qu’elles suscitent parmi les chercheurs.

En étudiant le parcours politique de la couleur orange en contexte roumain, nous avons pu constater son évolution qui va de la simple couleur emblématique d’un parti politique vers sa valeur de symbole pour un certain type de message politique, à travers tout un processus d’acquisition de connotations positives ou négatives en fonction du point de vue des locuteurs : celui des adhérents ou bien celui des adversaires politiques. Toute cette dynamique, telle qu’elle se reflète dans le discours politique médiatique, constitue un témoignage authentique de la vie politique à un certain moment historique de la Roumanie et c’est en analysant un corpus de textes journalistiques comportant ce type de discours que nous avons pu identifier, avec les moyens du linguiste, l’évolution de ce symbole chromatique dans la vie politique roumaine actuelle.

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 Emblème de l’Alliance D.A. : Dreptate si Adevar (« Justice et Vérité ») – alliance du Parti National Libéral et du Parti Démocrate (ro.wikipedia.org)

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Les leaders de l’Alliance «orange » Dreptate si Adevar  : Calin Popescu Tariceanu, premier ministre de la Roumanie, et Traian Basescu, président de la Roumanie, élus en novembre 2004 (www.roembus.org , 22 décembre 2004 : « Romanian president names new PM »)

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Membres de l’Alliance « Dreptate si Adevar » arborant les foulards orange (www.evz.ro)

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Elections législatives en Roumanie – novembre 2004.

Meetings électoraux « orange » des sympathisants de

l’Alliance Dreptate si Adevar  (www.pnlilfov.ro)

Image7

Affiche politique : propagande électorale pour le maire

« orange » de la ville de Bucarest, capitale de la Roumanie.



Liste des références bibliographiques

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ISBN : 2-02-056725-3

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GALATANU, Olga, 2004, « La construction discursive des valeurs », in Valeurs et activités

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GUILLEMOLES, Alain & HORISNY, Cyril, 2005, Même la neige était orange : la révolution

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JULIEN, Nadia, 1997, Grand dictionnaire des symboles et des mythes, Dictionnaires Marabout,

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Sitographie

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http://elvenpath.wordpress.com, 11. 02. 2007

Sources des exemples

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http://www.zf.ro/ opinii/1 – 3017011 : zf.ro, 19.12.2005

Liens

Notes de bas de page


1 Le Petit Robert spécifie pour « orange » : « d’une couleur semblable à celle de l’orange »  et  pour « orangé » : « d’une couleur nuancée d’orange » (Cf . Petit Robert, 2007 : 1752)
2 La thérapie par les couleurs, qui gagne du terrain de nos jours, remonte à une époque bien ancienne, où, dans l’Extrême Orient - en Chine et surtout en Inde - , on pratiquait  le traitement des maladies à l’aide de la lumière colorée et les légendes racontent que dans les jardins mythiques du Babylone, les gens guérissaient de leurs maladies, grâce aux milliers de plantes, mais aussi à l’aide des formes et des couleurs. (Cf. www.carpinet.net, La chromo-thérapie – médecine des dieux). Ce genre de thérapie est surtout développée dans la philosophie chinoise Feng Shui, ou « l’art  de maîtriser le  “chi ” (force vitale ou énergie universelle) qui circule dans notre environnement » (Cf. Le Feng Shui, in http://www.dragon-do.com). C’est un art qui utilise aussi l’énergie des couleurs en vue d’exploiter les vibrations de celles-ci pour influencer positivement le mécanisme biologique de l’homme.
3 Mircea Geoana est président du PSD (Parti Socialiste Démocrate), parti d’opposition au régime instauré par l’Alliance D.A.



Pour citer cet article


COMES Elena. Connotations des couleurs dans le langage médiatique : la couleur orange dans le discours politique roumain. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 2. Identités visuelles, 1 février 2009. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=743. ISSN 1308-8378.




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Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378