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16. Discours hors-normes, constructions sociales

Article
Publié : 1 février 2016

Luttes pour le sens autour de la participation citoyenne : L’action contestataire face aux formes délégatives de la démocratie


Ricardo Peñafiel, Professeur associé au département de Science politique de l’UQAM (Université du Québec à Montréal), Chercheur au GRIPAL (Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine)

Résumé

Cet article cherche à résoudre un paradoxe : alors que le paradigme de la démocratie participative devient hégémonique dans pratiquement tous les pays d’Amérique latine, on constate en même temps, dans ces mêmes pays, d’inquiétantes tendances à la criminalisation de l’action collective. Plutôt que d’y voir une contradiction entre la rhétorique et les faits, le présent article cherche à montrer que le dénigrement et la répression des actions collectives autonomes relèvent d’une conception restreinte ou délégative de la démocratie et de la participation se trouvant à la base même des conditions de possibilité et de circulation dudit paradigme participationniste. En procédant à une analyse des relations dialogiques existant entre les discours institutionnels de la participation et les formes « sauvages » de participation citoyenne, dans trois pays du continent (Chili, Équateur, Venezuela), l’article cherche à montrer le rôle fondamental des actions contestataires transgressives dans le processus de dévoilement des limites du discours participationniste et dans l’établissement d’un espace public démocratique et participatif.


Table des matières

Texte intégral

Un type spécifique d’action collective semble caractériser notre époque. Des Indignés aux Printemps arabes et érable, en passant par les avatars d’Occupy Wall Street et les nombreuses révoltes populaires en Amérique latine1, le paysage politique contemporain est ponctué d’actions contestataires transgressives (McAdam, Tarrow et Tilly, 2001). Du fait de leur caractère « transgressif »2, ces actions directes « spontanées » se voient confrontées à un processus de criminalisation (Seoane, 2003 ; Algranati, et al., 2004 ; Murillo, 2004 ; Svampa, 2007 ; Massumi, 2012 ; Doran, 2012, 2015 ; Peñafiel, 2015) débouchant sinon sur une « banalisation de l’état d’exception » (Agamben, 2003), c’est-à-dire sur une normalisation du recours à des lois d’exception pour empêcher l’expression publique de la dissidence.

Cette tendance à la suspension systématique du droit dans le but supposé de le préserver tranche avec une autre tendance lourde de notre époque concernant le paradigme de la participation (Bacqué et al., 2005). Jamais dans l’histoire autant d’États ne se sont réclamés de la démocratie participative et en on fait la promotion par divers mécanismes institutionnels de participation (Blondiaux et Sintomer, 2002 ; Blondiaux, 2005 ; Bouvier, 2007a et 2007b). La recherche présentée ici vise à résoudre ce paradoxe en montrant comment les discours institutionnels (Oger, 2005) sur la démocratie participative fonctionnent dans une relation dialogique constitutive (Maingueneau, 1984) avec les pratiques discursives (Foucault, 1969 ; Maingueneau, 1999) d’une participation citoyenne « sauvage » (Lefort, 1979) ou « insurgeante » (Abensour, 1997).

En analysant les discours institutionnels de trois gouvernements latino-américains structurés autour du lemme de la « démocratie participative » ou « citoyenne » (notamment : Chili, Équateur, Venezuela), on constate que l’incitation voire l’injonction à la participation (Blondiaux, 1999) s’accompagne systématiquement du repoussoir de la « mauvaise » participation (Doran, 2016). En associant les actions collectives autonomes à la « violence de la rue », au « terrorisme » ou à la « délinquance », la figure de la mauvaise participation tend à les resignifier et à les « destituer », à rendre transgressives ou criminelles des formes d’action (comme les grèves, les manifestations, les marches ou les occupations de terrains ou d’édifices) qui étaient parvenues à atteindre un certain degré de légalité ou du moins de tolérance de la part du pouvoir (Fillieule et Péchu, 1993).

Ainsi, en s’appuyant sur un corpus de discours présidentiels et de déclarations gouvernementales3, cette étude tend à montrer que loin d’entrer en contradiction avec la criminalisation de l’action collective, le discours institutionnel sur la participation constitue l’une de ses conditions de possibilité. En effet, indépendamment des articulations spécifiques à chaque conjoncture et position idéologique se saisissant du « point nodal » (Laclau et Mouffe, 1985) de la participation, on constate une même tendance à faire coïncider la figure de la participation avec celle de la décision « souveraine », engendrant ainsi un « effet de consensus » (Peñafiel, 2008a). De ce fait, toute action contredisant le « consensus décrété » sera traitée non pas comme une position de plus dans la pluralité des positions mais comme un « mal politique » (Mouffe, 2002), externe à la communauté politique et menaçant son intégrité au point de justifier le recours systématique à des lois d’exception.

Pourtant, ces conclusions ne concernent qu’une analyse « intradiscursive » du fonctionnement du « récit du pouvoir » (Marin, 1979) sur le paradigme de la participation. Pour pleinement saisir les enjeux et impacts socio-historiques liés à ce paradigme, il est nécessaire d’entreprendre une analyse dialogique interdiscursive (Maingueneau, 1984 ; Paveau, 2010) de son rapport à son « contexte », en mobilisant un second corpus qui permette d’incorporer à l’analyse la parole des locuteurs non-autorisés de la langue politique (Peñafiel, 2008a ; 2012c) : ceux dont les modes d’expression « transgressif » sont considérés comme de la mauvaise participation. L’analyse de ce second corpus montre comment les actions contestataires transgressives sont porteuses d’une subjectivation politique postulant l’égale capacité de tous à statuer sur la norme constitutive du social4. Ce postulat démocratique remet en question la prérogative de la « décision » réservée aux « représentants » dans cette conception paradoxalement délégative (O’Donnell, 1994) de la démocratie « participative » et instaure le politique à l’endroit même où on voulait le neutraliser.

Le nom d’Hugo Chávez est spontanément associé à l’idée d’une démocratie participative en Amérique latine. Arrivé à la présidence du Venezuela en 1999, à un moment où le discours politique latino-américain était davantage structuré autour de questions relatives aux Programmes d’ajustement structurel, aux réformes néolibérales de l’État, à la Bonne gouvernance et à la lutte contre la pauvreté (Peñafiel, 2008a ; Borgeaud-Garciandía et al., 2009), le discours politique de Chávez s’illustre par le retour de la figure légitimante du peuple et par une conception « participative » de la démocratie dont le principal « protagoniste » serait ce dit peuple5. Comme on peut le constater dans l’extrait suivant issu d’un discours faisant le bilan des 100 premiers jours de son gouvernement, après la tenue d’un référendum permettant d’enclencher un processus de « refondation » de la nation à partir d’une Assemblée constituante également « participative » (ouverte aux « représentants » de la « société civile ») :

En 200 ans d’histoire, ici il ne s’était jamais produit ce qui s’est produit le 25 avril, au cours de ces 100 jours de gouvernement : un Référendum national. C’est la revendication de la démocratie, mais de la vraie démocratie, la démocratie participative, la démocratie qui consulte. Jamais auparavant un Président, à cheval ou à pied, en uniforme ou en civil […] n’avait appelé le peuple pour le consulter dans un Référendum national […] Et cela n’est pas dû à Hugo Chávez, non. Cela est dû au merveilleux processus constitutif qui est en marche et qui […] ne connaît pas de marche arrière. Nous allons vers une Assemblée constituante qui n’est pas imposée par le haut [cúpulas], ni produit par un coup d’État, non, mais produit de la décision d’un peuple. Et nous sommes en plein processus, nous sommes en plein dans l’étape électorale.6

On peut constater dans cet extrait de nombreuses marques de dialogisme construites autour du point nodal de la participation. La plus évidente se situe dans la polémique, montrée autant qu’implicite, entre une « véritable démocratie », « participative », « qui consulte » et une « fausse démocratie », « non-participative »7, « imposée par le haut » (par les cúpulas), par des élites (désignées ailleurs comme une oligarchie) qui n’ont jamais consulté « en 200 ans d’histoire ».

Pourtant, c’est au niveau de la scénographie (Maingueneau, 1999) que cette relation polémique est la plus riche ; se peuplant d’acteurs et d’une épaisseur historique dévoilant une série d’effets et d’enjeux relatifs à la mise en récit de la participation. En remontant aux figures de l’histoire (en 200 ans d’histoire ; à cheval ou à pied, en uniforme ou en civil) l’énonciateur de ce discours8 situe l’action comme une rupture révolutionnaire sans précédents dans l’histoire du Venezuela. En parfaite cohérence avec le reste de la scénographie du discours chaviste, cette chronologie ne fait pas de Chávez le protagoniste de cette histoire. Conforme à un mécanisme qu’on retrouvera jusqu’à sa mort, le locuteur « Chávez-président » s’efface devant la figure du peuple à laquelle il se soumet (c’est la revendication ; ce n’est pas dû à Hugo Chávez [mais] à un merveilleux processus constituant […] produit de la volonté d’un peuple ; etc.).

Notons, cependant, que cette « revendication » ou cette « volonté du peuple » est réduite, par paraphrasage, à un « Référendum national » et à une « étape électorale ». Faisant coïncider ses décisions avec celles de la figure du peuple, Chávez n’a aucune difficulté à se soumettre à la volonté populaire. Comme le notait Landowski (1979) dans son analyse de « L’opinion publique et ses porte-parole », jamais le discours politique n’est plus manipulateur que lorsqu’il feint d’être manipulé (voir également Peñafiel, 2011). Pourtant, l’accusation de manipulation ne s’applique pas vraiment en analyse du discours et encore moins en ce qui a trait au discours politique, dans la mesure où tous les locuteurs cherchent à convaincre et à « faire faire » (manipuler) par le simulacre de leur situation d’énonciation, construisant une certaine présentation de soi (Amossy, 2010) ou un ethos discursif (Maingueneau, 1999) donnant voix et corps à des communautés imaginaires ou discursives, existant à travers leur « incorporation » dans et des « positions » d’un discours.

Plutôt que de dénoncer une manipulation (intrinsèque à tout discours), il importe surtout d’identifier la communauté discursive construite par la scénographie de ce discours, faisant du peuple (organisé) le garant, assurant la légitimité des différentes instances de la scène de représentation du politique. Par rapport au discours politique vénézuélien des deux périodes antérieures (1958-1983 et 1984-1998) faisant de la figure de la stabilité, du respect des procédures le garant de la démocratie9, le changement de valeur (et donc de capacités d’action) des positions de la topographie (Faye, 1972) politique du Venezuela est, effectivement, « révolutionnaire ». Mais peut-être pas dans le sens que laisse entendre le discours chaviste.

Le discours chaviste a fait des émules un peu partout sur le continent. Sans parler d’une relation généalogique directe, il a remis en circulation la figure du peuple dans le discours politique institué et relégitimé un imaginaire politique « populiste »10 latino-américain circulant auparavant dans des espaces davantage « marginaux » ou décentrés par rapport aux discours hégémoniques (Laclau et Mouffe, 1985). Parmi les positions dont le discours chaviste a facilité l’apparition, on retrouve sans équivoque celle du président équatorien Rafael Correa qui réarticule une série de figures remises en disponibilité par l’événement discursif chaviste, comme celles du peuple, de Simón Bolívar, une deixis fondatrice remontant aux guerres d’indépendance, une deixis instituée (Maingueneau, 1984) révolutionnaire et refondatrice basée sur un processus constitutionnel, et, bien entendu, la figure de la participation :

Nous sommes ici pour ratifier la participation citoyenne, pour ratifier les économies populaires, solidaires et inclusives ; pour ratifier que nos économies, au-delà de viser l’équilibre du marché, doivent s’orienter vers l’équilibre de l’être humain avec soi-même, avec les autres et avec la nature ; la contribution de l’économie à cet équilibre sera possible grâce à une adéquate reconnaissance de l’être humain en tant que sujet.

Comme dans le discours chaviste, Correa ne prétend pas engendrer lui-même la « participation citoyenne » mais simplement « ratifier » un processus qui se déroulerait indépendamment de lui et de son gouvernement. Rejetant l’anti-ethos des « équilibres du marché », il subvertit le sens macroéconomique néolibéral du terme « équilibres » pour opérer un changement de perspective plaçant « l’être humain en tant que sujet » au cœur de l’économie.

Pourtant, tant pour le discours de Chávez que pour celui de Correa, le repoussoir que représente le néolibéralisme et le système politique « élitiste », « partitocratique » ou « oligarchique » de « l’ancien régime » ne doit pas masquer l’importance d’une autre figure d’opposition, plus subtile, moins évidente, mais d’autant plus importante pour saisir le fonctionnement discursif du nouveau paradigme de la participation. Ce repoussoir est celui de la « mauvaise » participation, que le discours cherche à contrôler pour ne pas cautionner des pratiques contraires à ses visées « argumentatives »11. Ainsi, quelques minutes après avoir parlé de cette « ratification » de la « participation citoyenne » par les autorités, Correa précise :

Il y en a qui pensent que la participation citoyenne équivaut à se passer au cou l’étiquette d’« acteurs sociaux », « leaders sociaux », « groupes sociaux », et essayer d’imposer des agendas politiques qui n’ont pas été approuvées par un réel mécanisme démocratique et participatif. Ici ils parlent de participation jusqu’à l’écœurement, mais tout ce qu’ils veulent c’est commander sans gagner d’élections.

Questionnant la véracité ou l’authenticité de certains « leaders », « acteurs » ou « groupes sociaux », Correa refuse de les « qualifier » (Bherer, 2006) comme des interlocuteurs légitimes de la participation citoyenne, en les accusant d’imposer des « agendas » politiques sans avoir la « légitimité des urnes ». Ce critère de légitimité étonne dans un discours sur la participation citoyenne, puisque celle-ci concerne spécifiquement des non-élus. Pourtant, il rend compte du mécanisme par lequel Correa et son mouvement peuvent se soumettre à la « participation citoyenne » : c’est-à-dire en excluant systématiquement de celle-ci toute action qui ne se confonde pas avec les décisions gouvernementales.

En ne considérant comme authentiquement participatif que les actions confirmant le projet « révolutionnaire » du gouvernement, le sens de démocratie participative se délite jusqu’à ne désigner qu’un simple gouvernement représentatif qui, au nom de cette représentativité et de la légitimité participationniste, se permet de criminaliser l’action collective au moins aussi durement que les gouvernements « néolibéraux » antérieur. En effet, les pratiques discursives liées au discours de la révolution citoyenne ne se limitent pas à « destituer » des acteurs sociaux en leur enlevant le statut de d’interlocuteur légitime, elles engagent également (comme conséquence intrinsèque du discours) une répression systématique rejoignant d’autres cas considérés comme de la « criminalisation de l’action collective »12.

D’aucuns seraient tentés de voir dans cette analyse critique des discours de la « révolution participative » une confirmation des accusations d’autoritarisme fréquemment formulées contre les gouvernements dits « radicaux » des virages à gauche latino-américains. Pourtant, le même décisionnisme peut être constaté dans le discours « participationniste » des « démocraties de consensus » : celles considérées comme les « bonnes » démocraties dans l’interprétation des deux gauches latino-américaines (Castañeda, 2006).

En fait, puisque le discours sur la « démocratie de consensus »13 précède de près de deux décennies celui des gouvernements révolutionnaires, c’est d’abord en fonction de celui-ci que s’est construite l’opposition entre la bonne et la mauvaise participation. Sans pouvoir procéder ici à l’analyse de cette généalogie, il importe de rappeler le célèbre Rapport de 1975 de la Commission trilatérale sur La crise de la démocratie. Dirigé par Crozier, Huntington et Watanuki, ce rapport voit dans l’« excès de participation » et de « demandes sociales », la principale cause de cette dite Crise de la démocratie. De même, il faut garder en tête que cette « démocratie de consensus » s’est développée en Amérique latine, au sortir de la période dictatoriale, alors que le paradigme transitologique (Carothers, 2002)14 posait l’expression des demandes et des conflits sociaux comme principales menaces contre la démocratie.

C’est pourtant l’incorporation de cette « peur des masses » dans des pratiques discursives institutionnelles faisant paradoxalement la promotion de la participation citoyenne qui nous intéresse ici. Pour illustrer le fonctionnement de ce discours « consensualiste » de la participation, je m’attarderai à l’analyse discursive de la réaction du premier gouvernement Bachelet (2006-2010) face à un mouvement de protestation des lycéens et lycéennes en 2006, désigné comme la « Révolution des pingouins »15 (Bellei, 2010 ; Rodríguez, 2010). Bien entendu, il n’est pas question d’analyser le cas dans son ensemble mais d’identifier et d’illustrer quelques mécanismes de base d’un discours transnational qui précède les événements et qui se poursuit encore aujourd’hui.

La « Révolte des pingouins » – qui se distingue d’ailleurs pour avoir été une des premières « révoltes 2.0 »16 –, se caractérise également par l’apparition d’un acteur social inattendu et, sans mauvais jeu de mot, « secondaire » sur la scène politique et l’espace public chilien : les lycéens. En effet, bien que l’on trouve la présence des jeunes du secondaire dans l’histoire du mouvement étudiant ainsi que dans celui des Protestas17, pour la première fois dans l’histoire, ces acteurs « mineurs » assumaient seuls, et contre les railleries des « vrais » acteurs politiques, un mouvement majeur de grèves, manifestations et occupations d’écoles qui paralysera le pays pendant trois mois, jusqu’à ce que le gouvernement concède un processus de réforme de la Loi organique constitutionnelle de l’éducation (héritée de la dictature) où les étudiants autant que les professeurs et les employés ont acquis une importante « participation », envers et contre le type de « participation » qui leur était dévolue dans la conception « consensuelle » de la participation citoyenne.

En effet, ce mouvement survient quelques jours après l’entrée en fonction de la première femme présidente du Chili, Michèle Bachelet, qui avait fait campagne autour du thème de la « participation citoyenne » (Silva, 2007). Pourtant, la grève, les marches et les occupations de lycées ne faisaient pas partie de ce que Bachelet entendait par « participation citoyenne » :

Je veux des citoyens critiques, conscients, qui posent leurs idées et leurs revendications. Mais cette critique doit être réalisée avec un esprit constructif, avec des propositions sur la table et, par-dessus tout, à visage découvert et sans violence. Je veux être très claire : ce que j’ai vu au cours des dernières semaines est inacceptable. Je ne tolèrerai pas le vandalisme, la destruction et l’intimidation des personnes ! J’appliquerai toute la rigueur de la loi. (Bachelet, discours présidentiel à la nation, 21 mai 2006, traduction libre)

On retrouve ici la même opposition entre bonne et mauvaise participation. D’un côté des « citoyens critiques, conscients, qui posent leurs idées et leurs revendications […] avec un esprit constructif, avec des propositions sur la table, […] à visage découvert et sans violence » et de l’autre de « violents » anti-citoyens qui s’imposeraient par le « vandalisme, la destruction et l’intimidation ». La criminalisation de l’action collective (avec « toute la rigueur de la loi ») tend ainsi à se justifier par la mise en équivalence de certains actes de violence (survenus lors des affrontements avec la police) avec l’ensemble d’un mouvement foncièrement pacifique.

Comme on peut le voir dans la juxtaposition d’images dans l’encadré suivant :

Image1 Image2

La première image, montrant les principaux porte-parole étudiants assis atour d’une « table » pour « présenter des propositions », « dans un esprit constructif », « à visage découvert »… contraste avec la description qu’en faisait la présidente, ne retenant que la deuxième image représentant un manifestant encagoulé (pour se prémunir contre l’identification autant que contre les gaz lacrymogènes). Toutefois, comme pour les cas antérieurs, il ne s’agit pas d’opposer la « manipulation du discours » à la « vérité des faits » mais de montrer comment cette manière de mettre en scène l’action collective influence la construction des faits et le cadre dans lequel se produit l’action.

Comme toute action contestataire, le mouvement des « pingouins » impliquait certainement plus d’un geste contrevenant à la loi, comme le blocage des portes des lycées avec les chaises des classes (considéré comme du vandalisme) ou le blocage des rues centrales par des manifestations (considérées comme de la violence et de l’intimidation). Toutefois, ces actes sont également reconnus comme faisant partie des droits fondamentaux (notamment les libertés d’expression et de manifestation)18. L’enjeu derrière la modalisation (Kerbrat-Orecchioni, 2006) de ceux-ci comme des actes « inacceptables » et « violents » réside précisément dans le sens qu’auront ces gestes dans l’opinion publique, affectant la capacité d’action tant du gouvernement que des étudiants.

Encore une fois, c’est en fonction de la définition même de la participation citoyenne que le discours politique justifie la répression de la participation « sauvage ». Immédiatement après avoir considéré comme inacceptables les actions étudiantes, Bachelet enchaîne :

Je me propose également de renouveler le mode d’exercice du pouvoir du gouvernement. Pour me conseiller dans l’élaboration de quelques réformes clé, j’ai nommé des Conseils d’assistance formés des professionnels et des représentants de haut niveau du plus grand nombre de secteurs [sociaux]. […] Combien plus facile c’aurait été, et plus rapide, de demander à une poignée de spécialistes d’une seule tendance de rédiger un projet de loi en quelques jours. Mais nous avons voulu le faire de cette nouvelle manière, en incluant toutes les visions, avec la plus ample participation citoyenne. Ainsi, nous combattons les mythes et nous arrivons à des diagnostics consensuels » (Bachelet, 21 mai 2006)

En restreignant la (bonne) « participation » à une simple participation à des « Conseils d’assistance », nommés par la présidente et réservés à des « représentants de haut niveau » censés représenter « toutes » les visions de la société, le discours consensualiste sur la « participation citoyenne » laisse en dehors de la participation et de la citoyenneté la plupart des citoyens et, en première instance ceux qui se mobilisent pour exiger de participer au débat public malgré (ou du fait de) leur exclusion.

De toute évidence, les jeunes du secondaire ne faisaient pas partie des « représentants de haut niveau » censés représenter « toutes » les visions. De plus, la « table » sur laquelle ils auraient dû s’exprimer était totalement inexistante, puisque la réforme de l’éducation ne faisait pas partie des plans du gouvernement et qu’il n’y avait donc pas de « Conseil d’assistance » au sein duquel ils auraient pu (s’ils avaient été invités) arriver à des « diagnostics consensuels ». L’action « inacceptable » des étudiants est tout de même parvenue à instituer cette « table » puisque, après d’âpres négociations, impliquant la poursuite des grèves, des manifestations et des occupations, Bachelet fut contrainte d’instituer un « Conseil d’assistance présidentiel sur l’éducation » et d’y intégrer, à contre cœur, des représentants étudiants du secondaire et des universités, des professeurs et d’autres acteurs sociaux.

Les quelques extraits abordés ici ne servent qu’à illustrer des mécanismes transnationaux constatés dans pratiquement tous les cas de discours politiques contemporains sur la participation citoyenne, indépendamment de leurs tendances politiques. Pour synthétiser les « règles de dispersion » (Foucault, 1969) permettant de caractériser le paradigme ou la « formation discursive » de la participation institutionnalisée, on peut affirmer que l’importance prise par le « signifiant flottant » (Laclau, 2008) de la participation correspond à une première lutte pour le sens (constatée à partir des marques de dialogisme) entre un discours consensualiste et un discours révolutionnaire (antagoniste) au sujet du sens de la participation. Pourtant, au-delà des relations polémiques fondamentales existant entre ces deux camps, il se dégage un deuxième niveau d’interdiscursivité (Maingueneau, 1984 ; Paveau, 2010), regroupant les deux camps opposés dans une opposition commune vis-à-vis de l’action autonome de la société, conduisant à la criminalisation de l’action collective.

S’il n’existait pas de participation « sauvage » (Lefort, 1979), les discours politiques institutionnalisés n’auraient pas à développer de polémique entre la « vraie » et la « fausse » participation. Cependant, devant le développement d’imposants mouvements d’opposition, le discours participationniste s’érige dans une relation dialogique constitutive par rapport à cette action. Inversement, on retrouve d’intenses marques de dialogisme dans le discours émanant de (et soutenant) ces actions. Pour comprendre leurs caractéristiques ainsi que la dynamique d’interincompréhension constitutive (Maingueneau, 1991) liant les discours participationnistes et la participation sauvage, il est nécessaire d’incorporer à l’analyse la parole des locuteurs non autorisés de la langue politique (Peñafiel, 2008a ; 2012c), en créant un second corpus, recueillant non seulement les productions signifiantes des actions (déclarations, tracts, pancartes, lieux et formes des actions, etc.) mais également des récits provenant des protagonistes « anonymes » de celles-ci. Ne pouvant entreprendre ici l’analyse de ce corpus, je me référerai à des études antérieures19, pour me concentrer sur l’analyse de leurs interactions avec les « récits du pouvoir » (Marin, 1979) et les effets topologiques (Faye, 1972) engendrés.

Image3

Si lutter pour tes droits est de la délinquance : Nous sommes tous délinquants. Ni terroristes ni délinquants. [Seulement des] Étudiants conscients20.

Comme l’illustrent cette banderole et cette pancarte, le discours des manifestants se construit également « en réponse » au discours du pouvoir et entre en relation polémique avec les accusations de terrorisme et de délinquance lancées contre les manifestations. La référence aux « droits » est également présente de même qu’à une éthique « démocratique » de la participation populaire en politique, à travers le renvoi à la « conscience ».

Ces références, qu’on retrouve dans l’ensemble du corpus (modulées différemment en fonction des contextes spécifiques) ne devraient toutefois pas conduire l’analyse vers une réification de certains lieux communs (topoï) de la culture militante. Car l’action contestataire transgressive ne transgresse pas seulement les lois ; elle transgresse également les formes ritualisées ou « maîtrisées » (contained) de l’action sociale et politique au sein de laquelle se situent les groupes militants et leurs porte-parole.

Pensons, par exemple, aux actions directes spontanées évoquées dans l’incipit de ce texte, c’est-à-dire : les Révoltes du vinaigre au Brésil en 2013, le Printemps chilien en 2011, la Commune de Oaxaca, au Mexique en 2006, les guerres de l’eau (2000) et du gaz (2003, 2005) en Bolivie, etc. Dans tous ces cas (et dans une série d’autres), il peut bien y avoir au départ des groupes organisés (comme les syndicats, des partis ou des mouvements politiques, des fédérations étudiantes, des mouvements sociaux consolidés, des ONG, etc.) qui convoquent à une certaine action. Cette action contestataire ne devient transgressive qu’à partir du moment où elle déborde des cadres habituels de la défense d’intérêts. Or ce débordement survient de deux manières dialogiquement liées : d’une part, comme nous l’avons vu avec le discours participationniste, les actions collectives peuvent être rendues « illégales », en cours de route, soit par l’interprétation malveillante d’un droit par la police, un juge ou un gouvernement, soit par l’édiction de lois d’exception interdisant ce qui était jusqu’alors permis. D’autre part, ces actions deviennent transgressives au moment de se massifier et d’être portées par une myriade de positions divergentes participant aux actions en fonction d’objectifs et de modes d’action ne correspondant plus aux stratégies « contrôlées » des organisations de départ.

L’un des effets de la « stigmatisation de la violence » par les déclarations gouvernementales est précisément de tendre à briser l’unité émergeant entre les acteurs sociaux relativement reconnus et d’autres groupes sociaux « invisibilisés », « silenciés » ou marginalisés. Il n’est pas rare de voir les groupes organisés se dissocier de la violence pour permettre à leurs revendications d’atteindre leur interlocuteur principal (le gouvernement). Cette réaction, – parfaitement cohérente avec la langue politique dans laquelle peut s’inscrire la stratégie de ces acteurs institués – ne tend pas moins à confirmer, ne serait-ce que partiellement et de manière « tactique », les positions hiérarchiques et idéologiques véhiculées par ces accusations de violence.

Pourtant, cette « désolidarisation » n’advient pas nécessairement21. Pour comprendre le sens et le fonctionnement de ces actions dans leur ensemble, il est nécessaire de questionner également leurs protagonistes anonymes, c’est-à-dire les personnes qui ont participé à ces actions sans nécessairement avoir d’expérience préalable de militantisme. Car, sans leur participation, il n’y aurait pas eu d’action. Il n’y aurait peut-être eu que des déclarations de groupes organisés mais sans masse critique au nom de laquelle devenir « représentant ».

À la lumière d’une série d’entrevues conduites par le GRIPAL (Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine) au cours des années 2010 et 2011, il apparaît que le « garant » des récits d’actions directes correspond au fait d’avoir souffert : « les gens qui participent […] ont souffert dans leur propre chair, la souffrance, les injustices, les représailles » (Oaxaca)22 ; « toujours, nous continuons à être maltraités, l’abus de nos droits » (Bagua, Pérou). Une souffrance qui met en équivalence la violence physique de la répression, avec la violence structurelle des mauvaises conditions de vie et la violence symbolique de la « fausse » représentation, de la non reconnaissance et de l’injustice. Loin d’être victimaire, l’énoncé de la souffrance prend en charge la légitimité de l’action tout autant que la légitimité de la parole de l’énonciateur (collectif) du récit : « sans cela nous n’allions jamais être reconnus en tant que peuples indigènes, nous allions toujours occuper un lieu vide de notre non existence » (Bagua) ; « que notre présence dise aux gouvernements, aux autorités de la… C’est-à-dire que nous méritons le respect ; nous méritons, c’est-à-dire, nous voulons avoir le même droit, qu’ils entendent » (Équateur).

Davantage que de « revendiquer » tel ou tel droit ou même le « droit d’avoir des droits » (Arendt, 1982 [1951]), les récits d’actions directes autant que les actions directes elles-mêmes parlent plutôt d’un droit à participer à l’élaboration du droit. Au nom d’un tort fondamental subi par le déni protéiforme du statut de citoyen (voire d’humain), les « laissés pour compte » ou les « sans-parts » font irruption dans un espace public au sein duquel ils (et elles) n’existaient pas et instaurent le politique en exigeant de se faire compter (Rancière, 1995). Ce faisant, ils rendent inopérantes les positions constitutives d’une langue politique qui, pour fonctionner de manière cohérente, requiert leur négation. Comment prétendre que « toutes les positions » sont représentées dans les « Comités d’assistance de la présidence », si une plèbe tumultueuse crie à l’extérieur son existence ? Comment prétendre que le peuple organisé participe de manière « protagonique » à son auto-libération si une part de ce peuple critique les programmes gouvernementaux ?

La violence des manifestations, décriée par le discours participationniste, ne vient pas tant du geste (consistant généralement à bloquer une rue ou une route) que du dévoilement, par l’action, de la violence symbolique de la représentation politique (Bourdieu, 1984) et de la violence mythique du droit (Benjamin, 2000 [1921]). En réprimant celles-ci de manière « excessive », en criminalisant l’exercice de droits fondamentaux, l’action gouvernementale (soutenue par le discours participationniste) rend explicite la dénégation du droit démocratique à l’opposition et à la participation au débat public contenue dans la conception restreinte et restrictive de la participation. Face à cela, n’importe quelle action peut se transformer en « signifiant vide » (Laclau, 2000) d’un ensemble ou d’une subjectivation politique permettant la convergence stratégique de positions divergentes. Indépendamment du contenu contingent que prendront les actions transgressives, une structure « ontologique » commune semble se dégager en fonction du rejet du déni de reconnaissance et du postulat d’égalité en fonction duquel ceux et celles qui n’avaient pas droit de cité s’arrogent eux-mêmes le droit de participer à l’élaboration de la norme (isonomie), par l’exercice d’une pleine citoyenneté démocratique et participative.

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Notes de bas de page


1 Comme les récents mouvements protestataires au Brésil (juin-juillet et octobre 2013), le Printemps étudiant chilien en 2011, la Commune de Oaxaca, au Mexique en 2006, les explosions sociales de décembre 2001 en Argentine ou les guerres de l’eau (2000) et du gaz (2003, 2005) en Bolivie.
2 Débordant du cadre institué de la représentation autant que de la participation politique
3 Ce corpus est construit en sélectionnant, pour chaque pays, les discours présidentiels à la nation mais également d’autres plus thématiques (en l’occurrence, ceux thématisant la participation) ainsi que des déclarations gouvernementales relatives à des actions collectives.
4 Ce que Martin Breaugh (2007) conceptualise en recourant au concept d’isonomie, c’est-à-dire, « l’égalité des citoyens devant la loi et l’égale participation des citoyens dans l’élaboration de la loi » (ibid. : 377).
5 Idée qu’on retrouve dans la désignation officielle de la « Démocratie participative et protagonique ». Notons ici qu’en espagnol le non commun « protagoniste » a subi les mêmes déclinaisons qu’« antagoniste » pour devenir un adjectif « protagónico », un verbe « protagonizar » ou un nom désignant la l’état ou la qualité d’être le protagoniste « protagonismo ».
6 Hugo Chávez (2005), « Discurso del presidente de la República Bolivariana de Venezuela, Hugo Chávez Frías, con motivo de los 100 primeros días de gobierno, Palacio de Miraflores, Caracas, 13 de mayo de 1999 », dans Despacho del Presidente, 1999 ‘Año de la refundación de la República’, Ediciones de la presidencia de la República, Caracas.
7 Ces deux dernières figures d’opposition se situent dans l’implicite ou le présupposé de la « véritable démocratie », « participative ».
8 Qui ne se réduit pas à son locuteur, Chávez. En reprenant la conception de l’ethos discursif de Maingueneau (1999) et de la présentation de soi développée par Ruth Amossy (2010), il est possible de montrer comment les stratégies « rhétoriques » de Chávez sont contraintes par des règles et des positions relatives à un discours qui le dépasse, en même temps que celui-ci interagit avec la communauté discursive instituée par « son » discours en lui proposant des « positions » au sein desquelles elle est appelée à s’inscrire et en les « incorporant » (lui donnant corps). L’énonciateur dont il est question ici inclut toutes ces positions, de même que l’ensemble des institutions et des interactions qui s’y déploient.
9 À partir de 1984 (deuxième période), s’ajoute une nouvelle contrainte « antipopuliste » relative à la limitation des demandes sous la pression d’une crise de solvabilité et de « l’influence » des institutions de Bretton Woods. Pour une analyse plus détaillée de l’évolution discours politique vénézuélien, voir Peñafiel, 2008a, 2008b et 2003.
10 Notons que le terme « populiste » n’a pas ici la valeur péjorative qui lui est habituellement attribuée. Il ne sert qu’à désigner un discours ou un imaginaire structuré autour de la figure légitimante du peuple. Voir à ce sujet Peñafiel, 2008a, 2012b et 2014.
11 Dans le sens d’une argumentativité généralisée du discours (Amossy, 2010) et non pas relative exclusivement aux discours argumentatifs.
12 En 2011, par exemple, le Programa Andino de Derechos Humanos [Programme andin de droits humains] dénonçait les « procès politiques » subis par 204 « défenseurs des droits humains et de la nature », majoritairement autochtones, pour sabotage et terrorisme, généralement pour avoir participé à des marches impliquant le blocage de routes. Le Rapport parle également de la persécution de 48 dirigeants syndicaux et de 20 journalistes.
13 De même que ceux sur la transition démocratique, la lutte contre la pauvreté, la bonne gouvernance et les réformes (néolibérales) de l’État qui l’accompagnent.
14 Inspiré des théories de la Stable Democracy (Eckstein, 1961 ; Linz et Stepan, 1996 ; Diamond et al., 1997) et de la « méthode démocratique » schumpeterienne (1990 [1942]).
15 Au Chili, on désigne, de manière narquoise, les étudiants du secondaire comme « les pingouins », du fait de leurs uniformes composés d’une chemise blanche sous un veston noir. Subvertissant cette désignation péjorative qui tendait à leur enlever de la crédibilité, le mouvement s’est appelé lui-même la Révolution des pingouins.
16 Utilisant les réseaux sociaux (principalement Facebook) d’une manière tout à fait novatrice.
17 Immense mouvement « Journées de protestation nationales », contre le régime dictatorial de Pinochet, qui débute en mai 1983 et se poursuit avec des degrés d’intensité et de participation populaire très disparates jusqu’en 1989. Doran et Peñafiel, 1998, Solervicens, 1995.
18 Comme l’exprime la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) dans son Rapport annuel de 2008 : « les grèves, les barrages routiers, l’occupation d’espaces publics, et même les tumultes qui peuvent advenir au cours de protestations sociales, peuvent occasionner des inconvénients et même des dommages qu’il est nécessaire de prévenir et de réparer. Néanmoins, les limitations disproportionnées à la protestation, en particulier lors qu’il s’agit de groupes qui n’ont d’autres moyens pour s’exprimer publiquement, compromettent sérieusement le droit à la liberté d’expression » (CIDH, 2009 : 209 ; notre traduction).
19 Regroupées notamment dans l’ouvrage collectif L’interpellation plébéienne en Amérique latine (Corten et al., 2012) ou articulées dans divers articles (Peñafiel, 2012b ; 2012d ; 2014 ; Huart et Peñafiel, 2014).
20 Notons au passage la silhouette d’Allende dont les simples lunettes sont un symbole au Chili. Ce symbole n’indique aucunement une revendication du Parti socialiste mais plutôt un esprit « Allendiste » très présent dans la jeunesse « rebelle » chilienne, se revendiquant de l’Unité populaire et de la lutte contre la dictature, sans avoir vécu ni l’une ni l’autre des situations mais subissant les conséquences dans un présent niant l’histoire et la possibilité d’agir politiquement comme à l’époque.
21 Par ailleurs, rien ne dit que le sens et la représentation des actions contestataires transgressives appartiennent aux groupes organisés se faisant ses porte-parole.
22 Pour plus de détails au sujet de cette analyse, voir Peñafiel, 2012d.



Pour citer cet article


Peñafiel Ricardo. Luttes pour le sens autour de la participation citoyenne : L’action contestataire face aux formes délégatives de la démocratie. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 16. Discours hors-normes, constructions sociales, 1 février 2016. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=4902. ISSN 1308-8378.




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Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378