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15. La fabrique des martyrs

Article
Publié : 20 juin 2015

Au-delà de la vengeance : comprendre le passage à l’acte des femmes kamikazes tchétchènes


Aurélie CAMPANA, Professeure agrégée Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits et le terrorisme, Département de science politique Université Laval Québec

Résumé

Les femmes kamikazes tchétchènes sont le plus souvent présentées comme des femmes animées d’un sentiment de vengeance et/ou fortement islamisées. Si de pareilles motivations ont pu guider l’engagement de ces femmes, cet article montre qu’elles ne peuvent en aucun cas expliquer seules le passage à l’acte. Ce faisant, il analyse l’articulation de motivations individuelles très divers avec des dynamiques collectives, créées par à la fois par le contexte de guerre et les stratégies des organisations insurgées. Il montre que le haut degré d’incertitude et les (re)négociations identitaires au niveau individuel, sont récupérés par des groupes parmi les plus radicaux à la recherche de candidates au martyr. L’instrumentalisation des dimensions symboliques et idéologiques attachées à la notion de martyr légitime et valorise l’utilisation d’une forme de violence importée. Ainsi, le travail sur les représentations qui s’opère et les significations données à l’acte peuvent ajouter aux incitatifs et conforter l’engagement de femmes dans cette violence.

Abstract

Vengeance and religion are said to be the two main motivations of Chechen female suicide bombers. While such motivations may have played a role in the perpetration of suicide attack, they cannot explain alone why these women committed such attacks. This article argues that the phenomenon of female suicide bombing results from the intersection of diverse individual motivations with the collective dynamics created by a context of war and the strategies of insurgent groups. It demonstrates that armed groups amongst the most radical used the high degree of uncertainty and the constant identity (re)negotiations at the individual level to recruit candidates who aspire to martyrdom. The instrumentalization of the symbolic and ideological dimensions attached to the notion of martyr serves to legitimize and price the use of an imported form of violence. In doing so, the work on representations and the significations given to martyrdom could be an additional incentive for women willing to engage within this extreme form of violence.


Table des matières

Texte intégral

Le 30 mars 2010, deux femmes kamikazes déclenchent leur ceinture d’explosifs à quelques dizaines de minutes d’intervalle dans le métro de Moscou, faisant plus de quarante morts (Bigg, 2010). Ces attaques meurtrières sont les premières à survenir dans la capitale russe depuis 2004. Elles font suite à une série d’attentats perpétrés au Caucase du Nord depuis 2008 dans un contexte de recrudescence de la violence et de retour des attentats suicides après une « pause » de plus de deux ans (Kuchins v.d., 2011)1. L’identité des kamikazes a surpris, pas tant parce qu’il s’agissait de femmes, que par leur origine, daghestanaise2. La participation de femmes à des actes terroristes dans le cadre des conflits au Caucase du Nord est en effet devenue chose commune en Russie depuis 2000, mais jusqu’en 2006, ce type d’attaques était l’apanage de Tchétchènes. C’est d’ailleurs là l’une des spécificités du terrorisme dit « tchétchène ». Le contexte de guerre n’explique pourtant pas à lui seul cette production des martyres. Cette dernière résulte d’un enchevêtrement de dynamiques qui agissent tant au niveau individuel que collectif. Cet article se propose d’analyser ces dynamiques, en se concentrant sur la période 2000-2004, soit du premier attentat-suicide conduit par des femmes à la tragique prise d’otage de l’école de Beslan. Bien que cette périodisation soit à cheval sur les deux campagnes terroristes identifiées par Moore (2012), les processus à l’œuvre ne diffèrent que peu.

Le phénomène des femmes kamikazes tchétchènes a suscité de nombreuses interrogations. Les médias russes et occidentaux ont largement contribué à façonner le mythe des « veuves noires » ou des « fiancées  d’Allah ». La première expression a été élaborée dans le contexte de la prise d’otages du théâtre de la Dubrovka à Moscou en octobre 2002 : vêtues de longues robes noires, les femmes qui faisaient partie du commando ont été présentées comme des veuves de guerre, s’étant enrôlées pour venger la mort d’un mari ou d’un proche. La seconde fait référence au titre du livre de la journaliste russe Julia Youzik (2005), qui met en évidence l’endoctrinement et la manipulation exercés par les groupes insurgés islamistes. Ces deux expressions renvoient l’image de femmes victimes d’un conflit enraciné dans la durée. Ce mythe a été en partie remis en question par plusieurs chercheurs, qui considèrent avant tout ces femmes comme des actrices à part entière du conflit (Bloom 2005; Speckhard et Akhmedova 2006 et 2008). Nous nous situons dans cette perspective et montrons que le contexte de violence extrême influe sur les trajectoires et sur les stratégies de ceux qui mettent sur pied et planifient ces attentats. Nous développons ainsi une approche contextualisante, qui a pour objectif de comprendre comment les femmes, d’ordinaire vues comme victimes de la guerre, passent à l’acte en devenant des martyres et comment ce martyr est récupéré et politisé pour légitimer une forme de violence importée. Avant de revenir sur ces aspects, nous nous arrêtons sur les caractéristiques principales du phénomène des femmes kamikazes tchétchènes entre 2000 et 2004.

Le premier attentat suicide enregistré dans le cadre du second conflit russo-tchétchène date de juin 2000, quelques mois après le début de la seconde guerre. Il a été commis par deux jeunes femmes, Hara Baraeva et Luisa Magomadova. Cette implication précoce de femmes fait de la Tchétchénie une sorte d’exception par rapport aux autres conflits marqués par des attentats suicides, qui ont connu une contribution des femmes plus tardive. De plus, la participation des femmes au terrorisme dit tchétchène n’est ni fortuite, ni marginale. D’après les données collectées par Anne Speckhard and Khapta Akhmedova, les femmes ont exécuté ou participé à 43% des attentats suicides commis par des groupes tchétchènes (2006b : 435). Les données compilées par le Chigaco Project on Security and Terrorism (CPOST) permettent d’aboutir à un résultat à peu près semblable3. Or, selon les estimations établies par Robert Pape, fondateur du CPOST, la moyenne est plutôt de 15% dans d’autres conflits (2005 : 208).

Une difficulté se pose toutefois quand vient le temps de catégoriser ces attaques. Les problèmes de définition sont inhérents au concept de terrorisme, terme galvaudé, politiquement chargé et contesté. Ils concernent également avec acuité le terrorisme dit suicide (Moghadam 2006 : 14). L’objectif de cet article n’étant pas de revisiter les débats sans fin qui entourent ces concepts, nous partons de deux postulats. Premièrement, nous employons le terme d’attaques suicides ou attentats suicides plutôt que celui de terrorisme suicide. Ce faisant, nous nous concentrons sur les tactiques et les stratégies et mettons de côté les discussions concernant la nature du phénomène (Ibid : 22). Deuxièmement, nous optons pour une définition dite restreinte de l’attentat-suicide. Ainsi, nous considérons comme relevant de cette catégorie toutes les attaques qui entraînent consciemment la mort de celui ou celle qui y participe (Bloom 2005 : 76). Cette mort doit être intentionnelle et découler d’une stratégie arrêtée ; elle est, de plus, indispensable au succès de la mission (Schweitzer 2005).

La définition que nous adoptons ne va pas sans soulever de problèmes. Une première difficulté surgit quand on tente d’établir le caractère d’intentionnalité. Des opérations qualifiées d’attentats suicide pourraient ainsi avoir été conduites par des individus qui ignoraient la nature réelle de leur mission. Des doutes subsistent autour de l’explosion au camion piégé qui a ciblé les bâtiments administratifs du gouvernement tchétchène le 27 décembre 2002. Cette attaque a été exécutée par Gelani Tumriev et Alina Tumrieva, sa fille de 17 ans. Si le père a été informé de l’opération à venir, qu’en était-il de sa fille? De plus, Šamil Bašaev, l’un des chefs tchétchènes ayant fomenté moult attentats, aurait non seulement revendiqué cet attentat, mais également avoué, après coup, avoir lui-même déclenché l’explosion à distance (Bodansky 2007 : 260)4. Les individus présents dans la cabine du camion croyaient-ils avoir le temps de quitter les lieux avant la détonation ? Toute réponse ne serait que pure spéculation. Cependant, cet exemple montre combien les difficultés de catégorisation sont saillantes.

Loin d’être anodin, ce problème recoupe une autre difficulté, inhérente à toutes les études sur le terrorisme, celle de l’accès aux sources. Toute recherche sur cet objet évanescent est contrainte par le peu de disponibilité des sources et leur caractère souvent partiel et biaisé. L’analyse des attaques suicides est compliquée par la disparition de ceux ou celles qui les ont perpétrées. De plus, dans le cas tchétchène, les kamikazes n’ont laissé que très peu de traces (lettres expliquant leur geste ou cassettes vidéo glorifiant le martyr). Quelques-unes ont certes survécu après un échec, à l’image de Mareta Dudueva, Sveta Cagaroeva, Zarema Inarkaeva et Zarema Mužahoeva. Le devenir de la première est incertain. Les informations sont beaucoup plus abondantes au sujet des trois autres, qui ont fait l’objet d’une forte médiatisation. Pourtant, leurs propos questionnent, tant la contrainte, ajoutée aux reconstructions, oublis, et à une certaine dose d’autocensure semble importante. S’ils sont à prendre avec beaucoup de précaution, ils permettent néanmoins d’affiner certaines hypothèses. Dès lors, la reconstitution des trajectoires individuelles est très largement tributaire des récits recueillis auprès des proches des kamikazes. Ces derniers fournissent certes des indications utiles; encore celles-ci sont-elles là aussi à considérer avec prudence : la peur de représailles, la pression des autorités et agences de sécurité locales ou fédérales, l’oubli volontaire, ou la réévaluation des parcours à la lumière des représentations véhiculées par les groupes tchétchènes ou par les médias peuvent influencer la mise en récit et les discours.

L’attentat suicide constitue, à n’en pas douter, une forme de violence extrême. Il aura fallu que Moscou connaisse sa première prise d’otage massive en 2002, très largement médiatisée, pour que le phénomène attire l’attention des médias et des chercheurs. Aux difficultés relevées plus haut s’ajoute donc un intérêt tardif pour les premiers attentats perpétrés par des femmes en Tchétchénie. Il faut dire que la chape de plomb qui s’est abattue sur la Tchétchénie à l’automne 1999 alors que l’aviation russe lançait ses premières offensives a abouti à un strict contrôle de l’information.

Si le portrait que l’on peut tirer à partir des informations qui nous sont parvenues est forcément incomplet, il montre que les parcours de ces femmes sont extrêmement hétérogènes et qu’aucun profil-type n’émerge, une conclusion partagée par la plupart des auteurs ayant travaillé sur le phénomène (Skaine 2006). Certains éléments de convergence peuvent toutefois être esquissés. Une sociographie, même superficielle et partielle des quarante-trois femmes que nous avons recensées5, montre qu’elles sont toutes tchétchènes, à l’exception de Zarema Mužahoeva, d’origine ingouche mais vivant en Tchétchénie depuis de nombreuses années. L’argument de l’influence des mercenaires djihadistes, fréquemment brandi par les Russes, ne se traduit pas par un investissement de la fonction de martyr par des acteurs étrangers.

Aucune de ces femmes ne semble issue d’un milieu socialement défavorisé ou acculturé. De plus, contrairement à une perception largement répandue, ces femmes appartiennent à toutes les catégories d’âge (de 13 à 52 ans), même si celles dans la vingtaine sont les plus représentées. Quant à leur statut matrimonial et leur situation familiale, ils restent très difficiles à établir avec certitude, tant les sources que nous avons consultées divergent. Certaines de ces femmes se seraient mariées clandestinement avec des Tchétchènes présentés comme islamistes, mais ces informations ne sont pas toujours confirmées. L’expérience qui les rapproche le plus sûrement tient à leur vécu de la guerre. Si ce dernier est conditionné par leur situation initiale et leur milieu de vie (urbain ou rural), la violence constitue une donnée quotidienne.

Plusieurs entretiens menés auprès d’hommes et femmes tchétchènes réfugiés en Europe montrent l’ancrage de représentations traditionnelles de la femme, souvent décrite comme une actrice passive des conflits. Ainsi, plusieurs répondants ont justifié la domination patriarcale par l’importance donnée aux femmes, qui deviennent une fois mariées la patronne du foyer6. Ces discours promeuvent une vision quelque peu statique de l’organisation sociale, exacerbée par la tendance à l’idéalisation d’une identité menacée par la poursuite de la guerre et la vie en diaspora. Pourtant, la société tchétchène a connu des évolutions, particulièrement dans les années 1970-1980, même si elles n’ont pas touché de la même manière les femmes des milieux ruraux et celles vivant en ville. Les modifications des rapports sociaux de sexe engendrées principalement par l’accès à l’éducation ont sanctionné l’entrée des femmes dans la sphère publique, même si elles sont restées peu représentées dans le champ politique.

Le contexte de guerre a conduit à l’élargissement du rôle des femmes : elles deviennent, comme leurs contreparties russes, négociatrices lors des tractations informelles qui s’engagent aux check points (Rousselet 1996 : 829). Parées d’une image de neutralité, elles participent aux manifestations plus ou moins spontanées organisées pour dénoncer les pratiques des forces armées russes, ou se lancent dans la documentation de ces mêmes exactions. Les hommes partis ou disparus à la guerre, un grand nombre d’entre elles sont devenues commerçantes (OMTC 2004 : 29). Ce glissement est somme toute assez classique dans une situation de conflit. Toutefois, dès la première guerre, une minorité de femmes a intégré les unités armées, soit en tant que soutiens logistiques (Bloom 2005 : 153), soit en tant que combattantes.

La Russie n’a jamais reconnu mener une seconde guerre en Tchétchénie, mais a toujours affirmé y conduire une « opération anti-terroriste ». Pourtant, la documentation fournie par les organisations internationales et les témoignages des Tchétchènes réfugiés dans l’Union Européenne convergent. Tous décrivent une situation de guerre totale dès le déclenchement des hostilités à l’automne 1999. Cette dernière a connu plusieurs phases. Humiliée après ce qui a été interprété comme une défaite en 1996, l’armée russe bombarde massivement le territoire tchétchène entre octobre 1999 et février 2000, date de la prise de la capitale Groznyj. Le conflit entre alors dans une deuxième phase au cours de laquelle se succèdent à huis clos des opérations dites de « nettoyage ». Une troisième phase, politique, est enclenchée en 2003. Elle sert à vendre l’argument de la normalisation. Les opérations de nettoyage de grande ampleur tendent à diminuer progressivement à compter de 2004, sans toutefois disparaître. Elles sont de plus en plus déléguées aux milices tchétchènes prorusses (Lyall 2010).

Les civils sont non seulement pris en étau dans les combats qui opposent forces armées russes et combattants tchétchènes, mais également consciemment ciblés. Victimes d’une violence de coercition, la population civile fait également face à une violence aveugle (exécutions arbitraires, viols, torture...) (HWR 2007; Gilligan 2009). Cette dernière résulte du manque de discipline dans les forces armées russes, d’une culture de la violence, et sert parallèlement à alimenter des trafics en tout genre auxquels nombre de soldats se livrent (Trenin v.d. 2004 : 144). Les combattants tchétchènes ne sont pas en reste, usant de la contrainte et de représailles pour s’assurer le soutien de la population.

Si les violences varient en intensité, dans le temps et dans l’espace, elles n’en modifient pas moins les critères de normalité et poussent les individus à développer des stratégies alternatives. Cette situation touche les femmes à double titre. Elles sont, tout comme le reste de la population restée en Tchétchénie, affectées par la précarité des conditions de vie, les pressions et la violence exercées par les forces russes et des groupes combattants tchétchènes (World Organisation against Torture 2004 :18-29). À l’incertitude du quotidien s’ajoute donc l’insécurité omniprésente, augmentée par l’impunité totale dont bénéficient les soldats russes (Le Hérou et Regamey 2008). Les disparitions de proches sont fréquentes, faisant de la torture et de la mort une réalité quotidienne. Le viol et l’esclavage sexuel sont tus, mais leur pratique semble être répandue (Politivskaya 2003 : 33-40; Grandville-Chapman 2004). Le viol d’une femme est puni par les codes culturels tchétchènes, au mieux par la répudiation, au pire par la mort. De plus, si les femmes ont été à peu près épargnées par les arrestations arbitraires et les enlèvements avant 2002, elles deviennent après la prise d’otages du théâtre de la Dubrovka à Moscou et le lancement de l’opération « Fatima » des cibles privilégiées. L’augmentation du nombre de disparitions va dans le sens d’une généralisation de ces pratiques au-delà de toute considération sécuritaire (Amnesty International 2004 : 11-14).

Cet environnement marqué par la violence et l’incertitude conduit à un déplacement des normes et à une perte de repères. Mécanismes de solidarité et modes de domination s’en trouvent bousculés. L’entrée en scène de nouveaux acteurs, en particulier ceux professant une vision salafiste de l’islam, contribue à la remise en cause et, dans certains cas, à l’invalidation des anciens référents sociaux et à l’intériorisation de nouveaux codes. Elle accentue l’anomie sociale déjà durement ressentie à la fin du premier conflit et dans l’entre-deux guerres (Tishkov 2004 : 178). Combinée à la situation de violences, elle influe sur les structures, les pratiques comme les perceptions.

Comme nous l’avons spécifié plus haut, les difficultés méthodologiques et les incertitudes qui persistent rendent l’identification des motivations qui ont pu guider ces femmes extrêmement complexes, et dans certains cas, impossibles. De plus, les mécanismes de radicalisation sont loin d’être uniformes et unidirectionnels, même si la guerre représente à n’en pas douter un contexte favorable. Nous reviendrons sur le désir de vengeance et le poids de la religion, avant de considérer l’importance des réseaux de solidarité reconstitués dans un contexte violent. Il est important de noter que nous ne disposons que de peu d’indications fiables sur une possible rétribution matérielle accordée aux familles7, sur le modèle de ce que fait un mouvement comme le Hezbollah par exemple. De même, nous ne disposons d’aucun indice qui montrerait que le suicide de ces femmes coïnciderait avec une recherche d’égalité dans le combat.

Le mythe des « veuves noires » a largement contribué à faire de la vengeance la motivation première des femmes martyres tchétchènes (Reuter 2004 : 4). Speckhardt et Akhmedova parlent de « traumatismes profonds » pour caractériser les expériences qu’elles ont vécues pendant la guerre (2006a : 66). La plupart semblent avoir souffert des affres de la guerre et perdu un ou plusieurs proches. Leur engagement résulterait dès lors d’un désir de venger les leurs. Les parcours de certaines d’entre elles reflèteraient cette réalité. Sveta Cagaroeva aurait commis un attentat le 21 juillet 2001 pour venger son mari; Šahidat Baimuradova (attentat d’Ilishan-Ûrt le 14 mai 2003) a successivement perdu son mari et son premier fils ; son dernier fils a été enlevé une semaine avant son passage à l’acte. Il semblerait qu’elle ait tenté de monnayer sa libération et, pour ce faire, qu’elle se soit directement adressée, sans succès, au président tchétchène de l’époque, Ahmad Kadyrov (Liliyeva 2003; Solyankaya 2003).

La vengeance tient une place particulière dans la société tchétchène dont les codes culturels intègrent la vendetta, pratique encore répandue, mais d’ordinaire réservée aux hommes. Il existerait d’ailleurs, selon plusieurs auteurs, une corrélation entre les méthodes employées par les forces armées russes (accroissement de la répression et en particulier avec l’intensification des opérations de nettoyage) et le nombre d’actions kamikazes (Larzillière 2008; Reuter 2004)8. Dès lors le désir de représailles peut avoir provoqué ou accéléré le processus de radicalisation et conduit certaines de ces femmes à un engagement dans des groupes usant de l’attentat suicide. Elles agissent cependant à l’intérieur d’une structure de combat et, en ce sens, leurs motivations deviennent instrumentales pour le groupe.

Le rôle de la religion est difficile à cerner. Plusieurs auteurs font un lien entre pratiques des attentats suicides et une islamisation de la résistance (Bodansky 2007 : 259), alors même que d’autres montrent que cette islamisation reste superficielle, laissant apparaître des tensions certes grandissantes entre les registres nationaliste et islamiste (Cunningham 2008 : 84). La multiplication des attaques kamikazes illustrent toutefois la part prise par les plus radicaux dans l’insurrection (Schweitzer 2003).

Isoler des croyances religieuses et tenter de saisir leur importance dans la fabrique du martyr s’avère extrêmement difficile, plus encore quand la réflexion porte sur des individus ayant commis des attentats-suicides. Si certaines de ces femmes provenaient de familles religieuses pratiquant un islam salafiste ou wahhabite9, d’autres ont épousé au cours du conflit un « islamiste ». Dans ces cas-là, les logiques de suivisme et de mimétisme peuvent l’emporter, le carcan familial agissant comme un moteur de l’engagement, contraint ou volontaire. La conversion peut donc être totale, partielle ou complètement factice. La part d’endoctrinement reste impossible à saisir, mais Speckhard et Akhmedova estiment que 87% de leur panel de femmes se sont engagées volontairement dans une organisation islamiste (2006b : 449). L’attraction exercée par une nouvelle idéologie, de même que le rejet des modes de domination qui caractérisent la société tchétchène, ont pu conduire certaines de ces femmes à adhérer à ces groupes. Cela a également pu être un moyen pour certaines de fuir un contexte familial ou une situation jugée peu valorisante. De là à conclure à une intériorisation de croyances et à une conversion totale, il y a un pas que l’absence de données nous empêche de franchir. Ainsi, un éventail de possibilités se doit d’être envisagé : l’adhésion totale au djihadisme; la croyance en un culte des martyrs; le recours à la religion comme réservoir de signification et de justification. Dans tous les cas, l’insertion de ces femmes dans des réseaux de solidarité resserrés semble avoir joué un rôle central.

L’écrasante majorité des femmes kamikazes tchétchènes étaient intégrées dans une structure combattante. Toutefois, il reste très difficile de savoir quel a été le niveau d’entraînement reçu par ces femmes. Speckhardt et Akhmedova le qualifient de « minimal » (2008 : 106), alors que les agences de sécurité et les médias russes n’ont de cesse de véhiculer des informations concernant un « bataillon de martyrs », intégré au groupe de Š. Basaev (Blinova et Simakin 2004). Un témoignage publié par Kommersant semble confirmer la part d’improvisation. Ainsi la seule formation reçue par Zarema Mužahoeva, qui devait mener une opération suicide à Mozdok avant d’être envoyée, après l’échec de la première, à Moscou, aurait consisté en une explication du mécanisme de déclenchement de la ceinture d’explosifs (Farniev, 2004).

Les questions entourant l’endoctrinement que ces femmes auraient reçu recoupent les interrogations suscitées par l’adhésion aux croyances religieuses. Est-il intervenu avant l’entrée formelle dans le groupe, une fois l’adhésion au groupe concrétisée? Quel en était le niveau et le contenu? Dans la plupart des groupes, la religion est avant tout un moyen d’instaurer une discipline, de créer une cohésion ou de justifier certaines pratiques (Lieven 1998). Dès lors, l’endoctrinement peut varier considérablement d’un groupe à l’autre ou encore d’une femme à l’autre. En mars 2004, Zara Murtazalieva, Tchétchène âgée de 21 ans et vivant à Moscou, a été arrêtée et jugée pour des activités de recrutement. Il semblerait qu’elle ait tenté à plusieurs reprises de convaincre des jeunes femmes tchétchènes venues prier à la mosquée de devenir kamikaze. Son discours est défini comme résolument islamiste (Allenova 2004).

D’autres hypothèses peuvent être formulées. La première tient à l’importance des réseaux dans lesquels ces femmes étaient insérées. L’entrée dans le groupe a pu se faire via un réseau de solidarités, une connaissance, voire un proche. Une jeune femme, qui se déclare prête à mourir en martyr, relate le rôle joué par son grand-frère dans l’évolution de ses croyances (citée par Sihab 2003). Le terme de « grand-frère » et de « sœur » est d’ailleurs souvent employé pour désigner ceux ou celles qui effectuent des activités de recrutement, autre voie d’entrée dans le groupe. La seconde hypothèse a trait à l’engagement pris vis-à-vis d’un proche puis du groupe dans son entier. Le poids des croyances peut être ici relativement minimal. L’allégeance (Merari 2005 : 79-80), couplée aux dynamiques de groupe scellées par la clandestinité et le secret, peut agir comme autant de contraintes et découragent toute velléité de quitter le groupe. Les pressions exercées par les autres membres peuvent avoir un effet identique. Enfin, une dernière hypothèse renvoie à l’influence exercée par les attaques antérieures sur l’engagement de certaines femmes (Moghadam 2006 : 88). La mort volontaire au nom d’un groupe, d’une cause ou d’une croyance intègre le registre des possibles. Les représentations et pratiques alimentées par le contexte de guerre totale sont récupérées par certains des groupes combattants tchétchènes et banalisent, tout en le légitimant, l’exercice de l’attentat-suicide.

L’attentat suicide a été intégré au répertoire d’actions de plusieurs groupes, en particulier ceux commandés par Arbi Baraev et de Šamil Basaev. Importée sous l’influence des mercenaires djihadistes présents en Tchétchénie depuis la première guerre pour certains (Lazillière 2003 : 270), cette méthode n’en a pas moins été adaptée par ces chefs de guerre au contexte tchétchène. Le recrutement de femmes constitue l’une des innovations les plus importantes. Il relève ainsi tant de considérations stratégiques qu’idéologiques. Les femmes ont en effet longtemps représenté un avantage tactique et stratégique pour les groupes armés. Dans un contexte de quadrillage du territoire par les forces armées russes, plusieurs ont détourné l’image de neutralité portée par les femmes, afin d’endormir le soupçon. Comme dans de nombreux configurations insurrectionnelles, ces dernières ont été chargées d’assurer des missions de liaison, de mener à bien des tâches logistiques, mais aussi, dans certains cas, de conduire des attaques, y compris suicide. À ce titre, les femmes sont devenues des armes dans les mains d’organisations ayant intégré l’attaque suicide à leur répertoire d’actions. Cet avantage stratégique se vérifie également pour le groupe même. Les femmes y occupant des positions subalternes, leur disparition ne met aucunement en péril la survie du collectif (Spechkard et Akhmedova 2008 : 106).

L’utilisation des femmes comportent également une dimension symbolique forte. Il s’agit d’abord de faire la preuve que la normalisation revendiquée par Moscou est loin d’être une réalité. Il s’agit également de montrer la capacité des groupes tchétchènes à frapper n’importe où et n’importe quand, et surtout à mener des opérations d’envergure, comme les prises d’otages de 2002 et 2004 l’illustrent dramatiquement. Enfin, les opérations suicides sont un moyen, pour le groupe qui la mène, de gagner en influence dans la compétition qui l’oppose aux autres groupes de combattants. Les attaques-suicides deviennent une ressource politique et militaire à la fois dans le combat contre les Russes et dans les luttes intestines qui minent le mouvement tchétchène. Leur portée symbolique est d’autant plus forte qu’elle implique des femmes. Non pas qu’elles soient perpétrées contre des cibles différentes de celles visées par des hommes. Les attentats qu’elles ont commis ou les prises d’otages auxquelles elles ont participé ont cependant fait l’objet d’une médiatisation plus forte (Campana 2014). La mise en scène des femmes kamikazes contribue ainsi à une meilleure diffusion du message et des revendications portés par les groupes qui ont recours au terrorisme. Cette dimension de propagande est renforcée par l’impact psychologique que les attentats-suicides provoquent.

L’enrôlement des femmes permet d’ancrer le combat dans un environnement culturel. L’argument moral et social, qui est repris par plusieurs idéologues tchétchènes, voire par certains journalistes occidentaux en mal de visions romantiques, porte sur deux aspects principaux : la mythification de l’engagement des femmes et la valorisation du culte des martyrs.

Le mythe des « veuves noires » sert une stratégie de victimisation plus large qui pointe les tentatives d’extermination qui pèseraient sur les Tchétchènes depuis l’avancée de l’Empire des Tsars au Caucase du Nord (Abumuslimov s.d.). La symbolique revêtue par l’engagement des femmes dans le mouvement de résistance a un fort impact émotionnel ; elle traduit leur investissement total dans une cause partagée avec les autres membres du groupe. Il sert également à démontrer le courage du peuple tchétchène dans son entier, qui ne plie pas devant les exactions multiples commises par les forces armées russes. Les femmes deviennent dans cette perspective des acteurs à part entière de la défense du territoire et d’une identité.

Pour ce faire, leur rôle est arrimé à une histoire longue de la résistance à la Russie et le mythe des Amazones, présent dans le folklore tchétchène, réactivé. Cette référence aux Amazones renvoie à un récit intégré à la mémoire collective et qui souligne le rôle joué par les femmes d’un village dans l’anéantissement d’une unité de l’armée des Tsars qui venait de massacrer leurs maris, pères et frères. Alors qu’elles étaient emmenées en captivité, elles auraient réussi à faire basculer les radeaux sur lesquelles elles avaient été embarquées de force, emportant dans leur sacrifice les soldats qui les escortaient (Sihab 2003). Ce récit a été récupéré par plusieurs groupes tchétchènes, défendant des visions concurrentes de l’identité tchétchène (Campana 2006). Ceux qui professent une vision radicale de l’islam, ou ceux qui les soutiennent indirectement, transposent ce mythe au présent, assimilant les femmes kamikazes tchétchènes aux nouvelles Amazones du Caucase du Nord. Ainsi une chanson qui glorifie les actions des femmes kamikazes, insiste sur le courage et le sens du sacrifice de ces femmes (Isaev 2004), deux caractéristiques que l’on retrouve dans le mythe des Amazones.

Parallèlement, ces différents groupes s’appuient sur l’engagement des femmes et sur les significations qui y sont attachées pour tenter d’initier un culte des martyrs. La notion de martyrs revêt une signification double dans le contexte tchétchène. Elle possède une dimension séculière et religieuse. Cette dernière est surinvestie depuis le 11 septembre 2001 (Hoffman and McCormick 2004 : 253). Depuis le début de la seconde guerre, tous les combattants tombés dans des affrontements avec les Russes sont élevés au rang de martyrs. Martyrs défensifs10, ils incarnent le sacrifice consenti par une population pour défendre un territoire. De hautes tombes recouvertes d’inscriptions arabes parsèment les cimetières de Tchétchénie et symbolisent l’engagement des hommes et des femmes dans la résistance. Cette première catégorie se superpose depuis 2000 à la figure du martyr offensif. L’apparition du martyr offensif sanctionne le passage de la ghazawat au djihad déjà opéré dans les discours au cours de la première guerre. Le terme de ghazawat relève d’une réalité religieuse, mais fait référence à la défense d’un territoire et d’une identité face à un envahisseur. La notion de djihad recouvre une idée d’expansion et de lutte contre les «infidèles». Khosrokhavar souligne qu’il faut dissocier les kamikazes agissant dans ce que l’auteur a appelé « une communauté nationale impossible » (2003 : 115) et les suicidés qui opèrent pour la cause d’organisations transnationales du type d’Al-Qaeda. Leurs motivations divergent, tout comme leur appropriation de la référence islamiste. Dans le cas tchétchène, l’islam et la référence au djihad offre un lien tactique et idéologique avec d’autres organisations, mais surtout un modèle de légitimation.

La participation des femmes donne de l’envergure à cette entreprise de légitimation et de victimisation, qui puise dans les actes de résistance passés et présents un imaginaire, redessinant la figure du héros (Reuter 2004 : 13). Si dès la première guerre entre 1994 et 1996 les hauts faits d’armes ont constitué de nouvelles sources de légitimation, l’attentat suicide devient une forme de glorification suprême par la violence. Cette rhétorique, qui mêle références religieuses et acception séculière de la notion de martyr, semble avoir eu un impact relativement limité sur la population tchétchène dans son ensemble. Le soutien populaire aux attentats-suicides, s’il existe, est pourtant des plus feutrés.

Le phénomène des femmes kamikazes se révèle particulièrement complexe. Il résiste d’autant plus à l’analyse dans le cas tchétchène que ces femmes ont laissé peu de traces. La reconstitution de leur trajectoire à partir de récits de proches permet d’émettre des hypothèses, sans toutefois lever totalement l’incertitude sur les dynamiques qui sous-tendent le passage à l’acte. Toute tentative d’explications est plus encore compliquée par les luttes de signification et l’investissement idéologique et émotionnel dont les attentats-suicides commis par des femmes font l’objet.

Ainsi, comme l’analyse le laisse entrevoir, les motivations des femmes sont diverses. Le tableau que nous avons esquissé montre néanmoins l’importance des contextes militaire, politique, social et culturel sur le passage à l’acte. Les dynamiques conflictuelles, l’échec du projet nationaliste tchétchène, les tensions idéologiques et tactiques, couplés aux effets de concurrence entre les différentes factions appartenant au mouvement tchétchène, provoquent un remodelage des stratégies sur le plus ou moins long terme. Le terrorisme tchétchène possède un caractère construit et une rationalité qui lui est propre. Si l’engagement des femmes peut découler de motivations personnelles liées à une croyance, religieuse en particulier, à un désir la vengeance, au ressentiment ou au désespoir, il répond avant tout à une demande de la part de plusieurs groupes tchétchènes radicaux, qui se sont appropriés dès 2000 un répertoire d’action jusque-là inédit en Tchétchénie. Le haut degré d’incertitude, l’évolution des modalités d’interaction, de même que la perte de repères engendrée par la guerre et les (re)négociations identitaires au niveau individuel, sont très largement récupérés par des groupes parmi les plus radicaux à la recherche de candidats en devenir au martyr.  

Le terrorisme a durablement marqué de son empreinte le second conflit russo-tchétchène, tout comme les évolutions politiques dans la Russie de Vladimir Poutine. La disparition en 2006 de Š. Basaev, qui fut l’un des plus ardents promoteurs de l’utilisation du terrorisme dans le combat contre les forces armées russes, a laissé pendant un temps un vide idéologique et tactique dans les rangs de l’insurrection tchétchène. Les restructurations qui ont suivi ont été marquées par un accroissement des tensions entre les registres nationaliste et islamiste. Ce dernier semble avoir pris l’ascendant avec la création de l’Émirat du Caucase du Nord en 2007. Toutefois, les références à l’islam apparaissent plus comme un liant idéologique et tactique entre différents groupes aux agendas très différents que comme un socle solide et structurant. Parmi les méthodes partagées figurent le terrorisme et plus particulièrement la pratique des attentats-suicides, impliquant des hommes, et des femmes. Les mécanismes identifiés en Tchétchénie durant ce premier cycle de violences terroristes semblent pouvoir être décelés dans les évolutions observables depuis 2008 en Tchétchénie, mais également dans les Républiques voisines d’Ingouchie, du Daghestan et de Kabardino-Balkarie.

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Notes de bas de page


1 Les attentats commis en décembre 2013 à Volgograd, à la veille des Jeux Olympiques, ont été commis par deux hommes. Ils avaient d’abord été attribués à deux femmes, mais l’enquête n’a pas permis de vérifier ces conclusions hâtives.
2 Le Daghestan est une République voisine de la Tchétchénie.
3 Accessible depuis http://cpost.uchicago.edu/search_results.php
4 Précisons que l’auteur n’identifie que rarement ses sources, et qu’en tant que tel, plusieurs des affirmations qu’il soutient doivent être considérées avec prudence.
5 La différente avec la base de données établie par Speckhard et Akhmedova (2006b) tient au fait que nous arrêtons notre analyse à septembre 2004, alors que les deux auteurs la poursuivent jusqu’en juillet 2005. Précisons toutefois que nous avons recensé l’attaque commise par Sveta Tsagaroeva contre un officier russe comme relevant de la catégorie des attentats-suicides.
6 Anomyne, Entretien mené à Strasbourg, 11 mai 2004 et Anomyne, Entretien mené à Strasbourg le 6 juin 2004.
7 J. Youzik y fait allusion dans le cas de Marina Bisultanova (2005 : 120-124), mais peu de sources étayent cette version. De même, dans un article publié sur le cas de Zarema Mužahoeva, il est fait mention d’un montant de 1000 dollars que le groupe dans lequel Zarema s’est engagée devait verser à ses parents pour compenser un vol de bijoux qu’elle aurait commis. (Yablokova, 2004).  
8 Jason Lyall (2010) montre que cette corrélation ne résiste pas à l’analyse quand on considère l’influence de la violence indiscriminée (tirs d’artillerie) sur l’activité insurgée.  
9 D’après Speckhard et Akhmedova, quatre de ces femmes avaient un passé religieux (2008 : 109).
10 Selon une nomenclature établie par Fahrad Khosrokhavar (2003 : 14-20).



Pour citer cet article


CAMPANA Aurélie. Au-delà de la vengeance : comprendre le passage à l’acte des femmes kamikazes tchétchènes. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 15. La fabrique des martyrs, 20 juin 2015. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=4449. ISSN 1308-8378.




GSU   Ovidius   Turku   Nantes   Agence universitaire de la Francophonie
Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378