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13. Sens et identités en construction : dynamiques des représentations : 2ème volet

Article
Publié : 30 juin 2014

Identités et représentations en situations de contact de langues/cultures. Introduction


M. Abdelhadi Bellachhab, Maître de conférences, Université Charles de Gaulle – Lille & CoDiRe EA 4643, Université de Nantes, bellachhab.abdelhadi@gmail.com
M. Albin Wagener, Maître de conférences, Université Catholique de l'Ouest & CoDiRe EA 4643, Université de Nantes, albin.wagener@gmail.com


Table des matières

Texte intégral

Identifier le sens de nos constructions discursives et identitaires et donner du sens aux identités que nous nous construisons de façon permanente dans diverses situations et dans divers contextes de contact de langues et cultures sont deux démarches qui exigent, de la part du chercheur, d’interroger leurs mécanismes opérationnels, d’interpeller leurs dynamiques et de comprendre les représentations qui les sous-tendent, qui les perpétuent, voire qui les déconstruisent. Le numéro 13 de la revue Signes, discours et sociétés, le corollaire du numéro 12, tente de mettre la lumière sur les rapports qu’entretiennent nos représentations avec ces deux concepts évasifs, qui sont le sens et l’identité dans différentes pratiques sociales et différentes situations de contact de langues/cultures.

Les articles réunis dans ce numéro, intitulé « Sens et identités en construction : dynamique des représentations », dans son deuxième volet « Identités et représentations en situations de contact de langues/cultures », s’interrogent, chacun à sa façon, sur les liens qui relient nos représentations, qu’il s’agisse de représentations sémantiques, conceptuelles, identitaires, sociales ou encore interculturelles – sous-jacentes à nos pratiques sociales – à nos pratiques discursives et nos réalisations linguistiques.

L’influence du contexte situationnel, culturel, socioprofessionnel, instructionnel ou encore identitaire – qu’importe son niveau d’inscription dans une pratique, qu’elle soit praxéologique, discursive ou autre – sur la construction du sens se fait sentir non seulement sur les formes linguistiques mobilisées dans les discours, mais aussi sur les représentations et les mécanismes qui les sous-tendent. Ces propos, en même temps qu’ils déterminent l’importance de ces facteurs dans la construction du sens intralingual, soulèvent la question de l’interlingual lorsqu’il s’agit de situations de contact des langues/cultures.

Cela étant, l’enjeu de ce numéro est double :

  • il entend identifier les dynamiques identitaires présentes et opérationnelles dans les pratiques sociales et dans les discours qui leur sont associés, ceci à travers les constructions discursives et/ou identitaires véhiculées par les acteurs de ces mêmes pratiques ;

  • il s’agit ensuite d’identifier, à partir des représentations sous-jacentes à ces constructions discursives et/ou identitaires, les motivations des choix des acteurs en faveur de telle ou telle réalisation linguistique, de telle ou telle construction discursive dans telle ou telle situation de communication.

À la suite du numéro précédent, qui a été essentiellement « […] consacré aux questions liées aux dynamiques identitaires et aux représentations culturelles, dans la mesure où ceux-ci répondent et s’organisent en fonction de procédés discursifs et sémiotiques singuliers » (Wagener & Bellachhab 2014), le numéro actuel, de par la diversité à la fois théorique et méthodologique de ses articles, illustre une variété d’approches de ces dynamiques discursives et identitaires, de ces représentations qui les déterminent pour suggérer, construire, affirmer, neutraliser ou déconstruire une réalité discursive donnée, une identité sociale, professionnelle ou culturelle donnée.

Ainsi, quatre axes organiseront ce numéro, bien qu’il n’y ait pas de limites franches entre eux :

  1. Construction discursive et identité en discours.

  2. Mise en discours des représentations : procédés discursifs et positionnement identitaire.

  3. Représentations sémantiques et conceptuelles et réalisations linguistiques.

  4. Autres manifestations discursives de l’identité.

Ce premier axe, composé de deux articles, s’intéresse à deux pratiques socioprofessionnelles proches, en l’occurrence la formation continue en FLE/FLS et la formation en alternance. Les deux articles en question, inscrits dans une démarche exploratoire des dynamiques identitaires opérationnelles dans le discours, proposent une analyse des images identitaires des enseignants et formateurs en FLE/FLS, pour l’article d’Olga GALATANU, et de la construction interdiscursive des représentations identitaires à partir d’une démarche expérimentale, pour l’article de Nathalie GARRIC.

À travers son double cadre théorique, réunissant une approche discursive du concept d’identité et celui d’une approche théorique du sens discursif et de la signification lexicale, à savoir la Sémantique des Possibles Argumentatifs (SPA), Olga GALATANU propose une analyse de la construction des images et dynamiques identitaires des enseignants et formateurs en FLE/FLS, dans le cadre d’un dispositif de formation continue. Deux des hypothèses qu’elle avance portent sur l’existence de dynamiques identitaires contraintes par le contexte socioprofessionnel et culturel de ce groupe professionnel, au croisement d’images de soi pour soi et pour autrui, d’images idéales de la professionnalité, sous-tendues par des valeurs et affects mobilisés et par la représentation qu’ont les membres de ce groupe professionnel de leurs propres pratiques et de leurs savoirs en action dans ces pratiques. Une troisième hypothèse porte sur les liens entre ces représentations et l’explicitation des savoirs en action pour en faire des savoirs d’action et la construction des images et dynamiques identitaires des enseignants.

Nathalie GARRIC, quant à elle, illustre, à partir d'une étude de cas portant sur l'analyse de discours de la formation en alternance, une démarche expérimentale apte à saisir le caractère interdiscursif de l’identité en discours, dépendante d'une hétérogénéisation liée à un processus de variation des données, des variables, des corpus et des méthodes. Les différents parcours de la formation alternance, et en particulier leurs issues non souhaitées, sont ainsi mises en relation avec des causalités socio-identitaires construites dans l'interprétation interdiscursive telle qu'elle est élaborée expérimentalement.

Cette fois-ci en milieu de réinsertion sociale, l’article d’Iphigénie MOULINOU examine les fonctions interactionnelles de certains procédés discursifs et rhétoriques employés dans le discours de jeunes délinquants placés en milieu institutionnel, et leurs effets sur le positionnement identitaire des interactants. Au moyen d’une série de procédés discursifs et rhétoriques (discours rapporté fictif, scénarios hypothétiques, « format tying »), les jeunes projettent une attitude plutôt vacillante, s’alignant tantôt sur des représentations d’une identité déviante, tantôt sur des représentations de jeunes « intégrés ».

À partir d’un discours politique, à savoir le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy, prononcé en 2007 lors de son premier déplacement en Afrique en tant que président de la République, Jérémy PERROUX nous propose une réflexion sur les représentations interculturelles, les stéréotypes, et les dynamiques identitaires qui naissent des relations franco-africaines. Il interroge la mise en discours de ces représentations interculturelles entre la France et l'Afrique, dont le passé et le présent communs ne sont jamais dénués de tensions, de préjugés, de luttes de pouvoir quant aux représentations qu'ils génèrent. Pour ce faire, son analyse portera tout particulièrement sur l'actualisation et la production de sens de deux praxèmes : l'Occident et l'Afrique.

Dans un autre registre, celui de la littérature francophone comme lieu de contact de langues/cultures, Claude Éric OWONO ZAMBO se pose la question du plurilingue, en tant que lieu de textualité orale ou écrite, qui révèle dans le langage un dialogisme constitutif où la langue autre instruit (consciemment ou non) chez le locuteur une pratique particulière de la langue postulée. Il cherche à examiner le rôle que joue l’univers culturel originel de l’écrivain africain lorsqu’il assume son discours littéraire en français. Certaines questions dessinent les préoccupations principales de l’auteur : qu’est-ce qui sert de marquage textuel dans le passage de la langue de pensée à la langue d’expression ? La transgression de la norme par le fait du contact des langues, qui en fait crée une néonorme, n’est-il une ouverture à l’altérité que proclame la globalité vers laquelle le monde va ? Selon lui, c’est assurément dans ce contexte que se complexifient le sens et la représentation linguistiques des signes mobilisés. Même si les lexèmes peuvent être identiques entre le français hexagonal et celui africain, il apparaît fondamental que leur contextualisation pose problème.

Partant de l’hypothèse que nos représentations sémantico-conceptuelles définissent nos réalisations linguistiques, ce quatrième axe tente d’établir des liens de systématicité entre le niveau représentationnel (sémantique et conceptuel) et le niveau performatif (réalisationnel). Portant sur l’analyse des réponses à l’acte de compliment en comparant le français et le chinois, Xiaoxiao XIA cherche à déduire les réponses à un compliment à partir de la représentation sémantico-conceptuelle de l’acte de compliment. Pour ce faire, elle propose d’analyser le processus de construction du sens de la réaction au compliment, en étudiant la manière de répondre au compliment en allant de la conceptualisation à la réalisation réelle ; l’ensemble s’appuyant sur un cadre théorique réunissant la théorie des actes de langage, la Sémantique des Possible Argumentatifs avec son approche modale, ainsi que la théorie de la politesse linguistique.

Toujours dans le cadre de la Sémantique des Possibles Argumentatifs, Monica ALARCON CONTRERAS et Natalia CORDEIRO PAREDES, à leur tour, cherchent à rendre compte de la représentation sémantique et conceptuelle de l’acte remercier (« agradecer »), en espagnol d’Espagne et du Mexique. En admettant l’existence des divergences à l’intérieur d’un même système linguistique, celui de l’espagnol avec ses variétés, elles attribuent ces écarts linguistiques à plusieurs raisons : la non équivalence des sens des mots utilisés, des valeurs affectives accordées, des associations stéréotypiques et culturelles non partagées, etc. Ces divergences, selon les deux auteures, reflètent des manières différentes de créer les identités sociales et culturelles.

Dans ce dernier axe, les deux contributions nous livrent chacune une illustration discursive de l’identité. Emmanuel BÉCHÉ, inscrit dans une approche d’appropriation sociocognitive et de représentations sociales, nous parle de la façon dont les élèves camerounais, après l’intégration des technologies de l’information et de la communication à l’école, développent un langage cognitif et social identitaire. Ils y partagent des opinions, discours et représentations sociales qui traduisent l’insertion de l’ordinateur dans leur quotidien. L’étude de ces discours et représentations révèle des aspects partagés qui reflètent le contexte commun des élèves et leur identité collective relative à l’appropriation de l’ordinateur. Marqués par le « camfranglais », un langage spécifiquement jeune au Cameroun, ces discours et représentations traduisent aussi des prises de position identitaires qu’ils défendent dans le champ d’appropriation de l’ordinateur. Ces différentes positions qui les différencient en fonction du genre, de la familiarité avec la technologie et de leur niveau scolaire, les révèlent dans leurs identités particulières.

Enfin, dans une perspective psychologique, Augustin GIVORD-BARTOLI s’interroge sur la manière dont les représentations culturelles sont à l’image du fonctionnement interne de l’individu, l’ensemble façonné par la dynamique environnementale. Selon lui, l’identification de nos constructions discursives se fait par l’étude du lien entre patchwork identitaire et œuvre collective.





Pour citer cet article


Bellachhab Abdelhadi et Wagener Albin. Identités et représentations en situations de contact de langues/cultures. Introduction. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 13. Sens et identités en construction : dynamiques des représentations : 2ème volet, 30 juin 2014. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=3573. ISSN 1308-8378.




GSU   Ovidius   Turku   Nantes   Agence universitaire de la Francophonie
Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378