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8. La force des mots : valeurs et violence dans les interactions verbales

Article
Publié : 30 janvier 2012

Violence paradoxale des interactions entre Léon Gambetta et ses publics populaires


Aude DONTENWILLE-GERBAUD, Maître de conférences en histoire contemporaine, Céditec, Université Paris-Est Créteil (France), aude.dontenwille-gerbaud@u-pec.fr

Résumé

De 1871 à 1882, Léon Gambetta prononce de nombreux discours devant des publics populaires dans toute la France. Les réactions de ces publics, notées par les sténographes, sont analysées et commentées par la presse. Elles forment en elles-mêmes discours, dans le cadre de cet événement discursif majeur qu’est la fondation de la Troisième République.

L’interaction orateur/public, au nom même au nom même des valeurs inscrites dans l’horizon d’attente républicain, recèle une triple violence : violence classique du propos à l’égard de l’adversaire politique, mais également violence « nécessaire » vis-à-vis de soi-même (les temps héroïques et révolutionnaires sont clos et il convient d’adopter la posture sage de l’homme nouveau) ou encore violence du silence que constitue l’amnistie-amnésie à l’égard de la Commune ou l’autocensure à propos du socialisme qui ne peut plus se dire dans la bouche de l’orateur « opportuniste ».

La rhétorique mise en œuvre par Léon Gambetta ne peut s’analyser sans la prise en compte de cette interaction fondatrice.

Abstract

From 1871 to 1882, Léon Gambetta delivers many speeches for grassroots audiences all around France. The reactions of the audiences, written down by the stenographers, are analyzed and commented by the press. These reactions form the speeches by themselves, within this major discursive event that the foundation of the Third Republic is.

The interaction orator/audience, in the very name of these values noted in the republican horizon of expectation, contains a triple violence: the speech classical violence towards the political opponent, but also the “necessary” violence to himself (the heroic and revolutionary period is closed and it is indispensable to adopt a wise posture of the new man), or else the violence of silence that amnesty-amnesia constitutes, regarding the Commune or the self-censorship about socialism, a word hardly pronounced by any opportunistic speaker.

The rhetoric from Léon Gambetta cannot be analyzed without the consideration of that founding interaction.


Table des matières

Texte intégral

De 1871 à 1882, Léon Gambetta prononce des dizaines de discours devant des publics populaires dans toute la France. Les réactions de ces publics, notées par les sténographes, sont analysées et commentées par la presse. Elles forment en elles-mêmes discours, dans le cadre de cet événement discursif majeur (Guilhaumou 2006) qu’est la fondation de la Troisième République. Par ailleurs, l’orateur donne à voir son public, au sein de son propre discours. C’est en ce sens que nous proposons d’évoquer une véritable interaction.

Au sein de cet événement discursif se déploie la naissance d’une figure historique (Guilhaumou 1998), celle de l’orateur républicain, figure discursive de la République opportuniste. Rien n’oblige quelqu’un comme Léon Gambetta à se rendre un peu partout en France s’exprimer devant des publics qui peuvent atteindre trois à quatre mille personnes. Quel que soit son statut, l’orateur semble ne trouver légitimité que dans le contact avec un public populaire. Tout se passe comme si le lieu de fondation de la République ne pouvait pas se suffire du théâtre parisien et des instances institutionnelles.

Cet article rend compte d’un travail de recherche dans le cadre duquel nous avons opéré une recension exhaustive des réactions à l’ensemble des discours, élaboré des indices de fréquence, croisé les résultats dans le cadre d’une analyse thématique et d’une analyse lexicologique1. Enfin, nous avons mené une analyse rhétorique précise de quelques discours, en évaluant la place et les types de réaction des publics2.

Cette interaction orateur/public, au nom même de ses valeurs inscrites dans son horizon d’attente (Koselleck 1990) recèle une triple violence. Nous analyserons tout d’abord une forme classique de violence, celle du propos à l’égard de l’adversaire non républicain. Natalie Petiteau, à propos de la période 1800-1830, analyse cette forme de violence :

« Pour tenter d’y répondre, il convient tout d’abord de rappeler que l’on entend par violence toute action concrète dirigée contre quelqu’un, sous réserve qu’elle soit reconnue comme telle tant par celui qui en use que par celui qui en est la victime. Ce qui, à propos plus précisément de la violence verbale en politique, invite à voir celle-ci dans tout ce qui est considéré comme portant discrédit sur le gouvernement en place, au point d’être peu à peu légalement défini. C’est ainsi que les mots hostiles au régime sont pour une partie d’entre eux parvenus jusqu’à l’historien, délimitant un espace de la violence verbale constitutif de cadres de la vie politique d’alors, prolongeant la prise de parole démocratique instaurée durant la Révolution » (Petiteau 2008 : 76).

Cette violence verbale à l’égard de l’adversaire politique devient donc classique pour tout orateur républicain. Elle est attendue par tout public venu l’écouter. Est-elle pour autant totalement normée comme l’analyse Jean-Claude Caron à propos des discours parlementaires de la Restauration ? (Caron 2011). Certes, dans les années 1870-1880, les orateurs républicains ont reçu la même culture des humanités, ont travaillé les mêmes modèles rhétoriques et d’éloquence. Léon Gambetta, pour sa part, n’ignore rien de cette rhétorique, mais la « fougue » dont il est crédité en fait un orateur particulier, vite qualifié de « tribun ». La violence verbale de ses discours à l’égard des adversaires politiques, classique dans sa forme, prend une dimension particulière, parfois critiquée par ses propres amis politiques.

Nous évoquerons ensuite une forme de violence plus paradoxale, considérée par Léon Gambetta comme « nécessaire », la violence vis-à-vis de soi-même (les temps héroïques et révolutionnaires sont clos et il convient d’adopter la posture sage de l’homme nouveau). Enfin sera mise en évidence une troisième forme de violence, celle du silence de tous les républicains de gouvernement – de Léon Gambetta en particulier – à l’égard de la Commune. Cet événement discursif s’analyse en effet comme mise en intrigue : amnistie ou amnésie, consensus ou dissensus, républicanisme ou socialisme ? La rhétorique mise en œuvre par Léon Gambetta ne peut s’analyser sans la prise en compte de cette interaction fondatrice avec les publics populaires. En est-il de même dans l’arène parlementaire ? Par comparaison, nous rechercherons comment s’inscrit cette violence dans les discours de Léon Gambetta à l’Assemblée Nationale.

Cette violence verbale est la plus visible, celle notamment contre les bonapartistes et les conservateurs. Les publics populaires qui viennent écouter Léon Gambetta sont déjà acquis à la cause républicaine. Il n’est nul besoin de les convaincre, mais l’orateur s’emploie à les « former ». Les discours, intégralement retranscrits ensuite dans le journal opportuniste La République Française, s’adressent également à toute la France. Cette violence verbale, essentiellement rhétorique, vise à souder une communauté, en lui faisant parfois accepter l’inacceptable. Il en est ainsi lors d’un célèbre discours prononcé à Romans le 18 septembre 1878, où le leader républicain fustige sans détour le péril clérical.

« J’ai le droit de dénoncer le péril que fait courir à la société française, telle qu’elle est constituée et telle qu’elle veut l’être, l’accroissement de l’esprit non seulement clérical, mais vaticanesque, monastique, congréganiste et syllabiste, qui ne craint pas de livrer l’esprit humain aux combinaisons les plus grossières en les masquant sous les combinaisons les plus subtiles et les plus profondes, les combinaisons de l’esprit d’ignorance cherchant à s’élever sur la servitude générale. (Longues salves d’applaudissements. – Bravos et cris répétés de Vive Gambetta !) » (Gambetta, 1881, VIII : 242).

À Romans, sont venues les populations de toutes les campagnes environnantes. La Marseillaise est jouée devant l’Hôtel de Ville. Elle n’est pas encore hymne national en 1878, et garde donc une portée militante. Le discours a lieu devant plus de 6 000 personnes. Un nombre à peu près égal de personnes reste dehors. Ce type de public rural peut venir de très loin. La centaine de kilomètres, même à pied, ne le décourage pas. Le public est donc réellement motivé. Et pourtant, ce public de Romans constitue une exception par la faible fréquence de ses réactions. Le leader opportuniste, en effet, se lance ce jour-là dans une argumentation qui n’est pas forcément celle que s’attendaient à entendre les républicains de la Drôme. Le discours de Romans présente un programme républicain opportuniste qui ne va pas de soi dans une région considérée comme « rouge ». Les longs silences du public deviennent alors manifestes. Mais la violence de propos durs et marquants sur la question cléricale suscite, elle, de vives réactions.

« Le sujet énonciatif mis en valeur par l’événement discursif n’est pas nécessairement un sujet parlant déjà constitué, un acteur et/ou un auteur. Il est aussi un spectateur, et/ou un lecteur, imprévisible, désintéressé au départ de l’action, puis devenu apte à juger dans le cours de l’action, puis protagoniste à part entière de l’événement. À ce titre, l’événement discursif n’est pas dissociable de la formation d’un "sens commun" par l’universalisation de la singularité évènementielle dont le spectateur s’avère l’élément central dans la mesure où il permet l’achèvement narratif de l’événement discursif » (Guilhaumou 2002 : 246).

L’orateur présente un conflit clérical fomenté uniquement par les agents de l’ultramontanisme. Le problème n’est donc pas religieux, il est social. Le public de Romans répond alors à la violence du propos par des tonnerres d’applaudissements. La rhétorique est ici essentielle à démonter. Léon Gambetta et les républicains de gouvernement ont depuis longtemps suscité la foudre des républicains d’extrême-gauche en ajournant « la question sociale ». Ici, par un glissement étonnant, « la question sociale » deviendrait celle du conflit clérical. Les salves d’applaudissements, après de longs moments de silence, semblent accepter l’argumentaire et par voie de conséquence, l’ajournement de la question sociale. Léon Gambetta a prévenu quelques minutes plus tôt : la question cléricale est un conflit que Nous avons à régler. La violence du propos souligne l’implication nécessaire de tous et les applaudissements lui répondent. La violence à l’égard de la question religieuse dans les discours des fondateurs de la Troisième République, si l’on veut bien l’analyser dans sa dimension rhétorique, fait émerger un topos, et aboutit dans les faits à un transfert de sacralité : elle seule permet de manifester sans risque de conflit, l’union entre républicains de tendances différentes, tendances de plus en plus affirmées au fil du temps.

Mais parfois, l’adversaire se trouve physiquement présent au milieu du public, dans la salle où s’exprime l’orateur. La violence est alors directe. Il en est ainsi à Charonne, le 16 août 1881, lors d’un épisode très largement commenté ensuite dans toute la presse, où des « fauteurs de trouble » sifflent le tribun et l’amènent à quitter la salle :

« Citoyens, celui qui siffle est un lâche […] Silence aux braillards ! Silence aux gueulards ! Silence à ceux qui n’ont ni pudeur, ni conscience ! » (Gambetta 1881, IX : 429).

On a, à l’époque, beaucoup reproché à Léon Gambetta la violence de son langage. Le personnage, en effet, est célèbre pour ses colères homériques, sa fougue méridionale, sa tenue parfois négligée. La caricature ne le ménage pas. Encore aujourd’hui, dans l’historiographie actuelle, cet épisode est souvent considéré comme celui du divorce entre le leader « opportuniste » et le milieu ouvrier socialiste de Belleville. Une analyse rhétorique prenant en compte l’interaction orateur/public, permet une autre lecture de l’événement et de la violence qu’il revêt.

L’orateur, si l’on veut bien analyser l’ensemble du corpus de ses discours, choisit toujours ses mots pour qu’ils produisent le plus grand effet possible. La violence du discours de Charonne, liée à la vulgarité, ne peut-elle être voulue et maîtrisée ? Il convient de reprendre l’enchaînement.

« Citoyens, il est impossible… (Nouvelles interruptions et bruit.) Citoyens, est-ce que vous êtes le peuple de Paris ? Comment ! Dans Paris, dans Belleville, la démocratie républicaine est réunie, et voilà le spectacle qu’elle donne ! Et vous vous prétendez dignes de la liberté ! Je vous rappelle au respect de vos concitoyens ; je vous rappelle au respect de vous-même ! (Très bien ! Très bien ! – Applaudissements et acclamations prolongées.) Comment, vous êtes ici dix mille citoyens, et vous seriez dix mille condamnés à l’impuissance par une poignée d’énergumènes ? Croyez-vous que ce soit ainsi qu’on fonde les mœurs d’une démocratie véritablement maîtresse d’elle-même ? (Nouveaux applaudissements. – Un coup de sifflet se fait entendre.) Citoyens, celui qui siffle est un lâche (Oui ! Oui ! – Vive adhésion. – Mouvement. Voix nombreuses : Parlez ! Parlez ! ) » (Gambetta, 1881, IX : 429).

La violence du propos s’attaque à ceux qui sont indignes de la République. Les milliers d’autres personnes sont aussi accusées, mais elles ne sont pas indignes. Le ton de Léon Gambetta à leur égard est dur, mais il reste parfaitement poli :

« Comment, vous seriez impuissants à rétablir l’ordre et à assurer la liberté de la tribune ? » (Gambetta, 1881, IX : 429).

Ce qui semble en jeu dans cette interaction, ce que l’orateur cherche à faire toucher du doigt à son public, c’est la fragilité de la République : des irresponsables (à ses yeux) empêchent la démocratie de fonctionner. Très pragmatiquement, Léon Gambetta a finalement pu s’exprimer ce jour-là à Charonne. Sous un hangar, sans sonorisation, malgré la présence de 300 opposants, il tient à peu près cinq bonnes minutes à la tribune. Il aurait vraisemblablement pu continuer plus longtemps. Nous proposons donc une lecture inverse de celle que l’on admet habituellement dans l’historiographie : Léon Gambetta ne s’est pas laissé entraîner à des propos d’une violence non maîtrisée, il n’a pas été empêché de parler par ses opposants le 16 août 1881 à Charonne, mais a contrario a choisi d’exprimer une violence ciblée, puis décidé de ne pas parler, pour former un public, y compris par la provocation. Le témoignage de l’interaction avec le public est donné par la très hagiographique République française.

« Pendant près de dix minutes, la foule est restée serrée autour de l’estrade, visiblement stupéfaite de l’issue de la scène à laquelle elle venait d’assister et quelque peu honteuse de n’avoir pas pu l’empêcher. » (Gambetta, 1881, IX : 432).

Sur l’ensemble du corpus des discours de Léon Gambetta, la violence des propos reste toujours au service des principes. À l’Assemblée Nationale, contrairement à l’image que l’orateur donne de lui-même dans la presse, il reste mesuré et ce, malgré les attaques souvent très virulentes (entre autre de dictature) dont il fait régulièrement l’objet. Il en donne lui-même la raison le 21 mai 1871 :

« Messieurs, je vais laisser la parole à l’honorable duc d’Audiffret-Pasquier, mais auparavant et comme j’ai été personnellement visé par le discours que vous venez d’entendre, vous me permettrez de dire un seul mot : familier de la tactique habituelle de cet avocat de l’Empire aux abois, je ne tomberai pas dans le piège : je ne réponds pas en ce moment. (Bravos et applaudissements à gauche et sur un grand nombre de bancs au centre gauche. – Rumeurs sur quelques bancs à droite. – Mouvement prolongé.) » (Gambetta, 1881, II : 282).

Le 24 décembre 1878, Léon Gambetta met en garde son public parisien :

« Messieurs, nous ne sommes pas ici pour nous applaudir, mais pour échanger nos idées et nos sentiments. Je vous remercie de vos témoignages de sympathie, mais je vous demande seulement de la régler, car il faut savoir régler ses sentiments comme sa raison. » (Gambetta, 1881, VIII : 304).

Léon Gambetta ne ménage pas ses publics et son propos se fait parfois violent contre toute forme d’ovation. L’un des thèmes centraux de ses discours consiste à insister sur le nécessaire apprentissage de la liberté. Les Français, selon le leader républicain, se caractérisent par un tempérament passionné, ardent. Ils sont trop prompts à se donner un maître ; ils aliènent, sans y prendre garde, leur liberté individuelle. Seuls des hommes libres, des hommes régénérés, peuvent vivre en République, ce contrat solennel qui nécessite la plus parfaite égalité entre tous les citoyens. Le gouvernement impersonnel est un gage de cette liberté et de cette égalité. Mais Léon Gambetta se montre inquiet, y compris pour ses propres publics. Dans cette interaction fondatrice, cette forme de violence envers soi-même semble acceptée par un public qui, par ailleurs, n’en tient strictement aucun compte. Le public répond aux reproches par des tonnerres d’applaudissements ! Malgré les efforts de l’orateur en la matière, ses exhortations répétées ne semblent guère couronnées de succès. La leçon est encore à refaire en 1881, dans la presque totalité des villes où il prononce des discours.

Bordeaux, 26 juin 1871 :

« N’applaudissez pas, Messieurs ! L’heure est beaucoup trop solennelle pour que nous ayons, les uns et les autres, d’autres paroles que celles de l’estime et de la confiance réciproque. (Très bien !). » (Gambetta, 1881, II : 16).

Grenoble, 26 septembre 1872 :

« Mes chers amis, je vous remercie de vouloir bien me donner cette marque publique de sympathie ; mais permettez-moi de vous le dire, j’ai cru remarquer qu’ici et ailleurs, – mais ici surtout, – vous criez plus souvent : – Vive Léon Gambetta ! que Vive la République ! et c’est le seul chagrin que vous me faites. » (Gambetta, 1881, II : 368).

À Avignon, le 9 février 1876, le ton se fait plus dur :

« Messieurs, privons-nous de ces applaudissements bruyants, de ces manifestations. Nous sommes ici pour causer de nos affaires, pour nous entendre ensemble ; eh bien, il y a entre nous assez de liens de sympathie mutuelle pour qu’il ne soit pas besoin de les exprimer à chaque fin de phrase. (Marques d’adhésion.). » (Gambetta, 1881, V : 84).

La rhétorique se veut au service du déploiement de l’horizon d’attente d’une République sage et opportuniste. Le reproche frontal ne fonctionnant pas, l’orateur utilise parfois le registre du pathos comme ici au Château de la Borde, le 3 octobre 1873 :

« Notre généreux pays a trop souvent commis la faute de donner aveuglément sa confiance […] il a suffi, à certaines époques, qu’un homme, ou qu’un groupe d’hommes, ou qu’un parti apparût sur la scène politique et dît au peuple français : "tu veux la paix, je te l’assurerai, je te donnerai par surcroît la prospérité ; mais avant tout, il me faut un blanc-seing ; il faut que tu t’en rapportes toujours à moi, il faut que tu abdiques entre mes mains". Et quand le peuple a consenti, dans un moment de stupeur et d’égarement, dans une heure d’aveuglement, quand il a ainsi donné le blanc-seing qu’on lui demande, toujours le châtiment arrive, prompt et inexorable, parce que je ne me lasserai pas de le répéter, toute faute est châtiée : l’arrêt, l’arrêt terrible, apparaît et s’exécute (Sensation. Marques d’approbation). Oui, nous avons péri en septembre 1870 parce que la nation s’était donnée au maître et parce qu’elle l’avait accepté, toléré trop longtemps. (Oui ! – Très bien !) ». (Gambetta, 1881, IV : 82).

Ce peuple instinctivement généreux, possède le défaut de sa qualité : il est trop prompt à se laisser entraîner. Aux explosions effroyables, aux colères aveugles, à la brutalité sauvage, aux tempêtes et aux orages, répondent lucidité, clairvoyance, intelligence, savoir, raison, intelligence. Et Léon Gambetta se donne lui-même à voir comme quelqu’un qui cherche à s’assagir, à calmer sa propre violence. Cet ethos est essentiel au sein de l’interaction. Il entre en écho avec la caricature qui est régulièrement faite de lui-même depuis ses débuts en politique, ici lors de la plaidoirie qui l’a fait connaître :

« Léon Gambetta poursuit sa catilinaire, s’anime, s’exalte, couvre de sa voix sonore la voix de son adversaire, l’anéantit, le submerge – le mot est de lui – et, les cheveux épars, la robe en désordre, ses vêtements ouverts, sa cravate enlevée, son col nu, semblable à un autre O’Connel rugissant à la tribune, l’avocat menace, tempête, accuse, écrase et retombe épuisé sur son banc, tandis que des applaudissements éclatent, saluant à la fois la réparation qui commence et le tribun qui s’est révélé. » (Gheusi 1909 : 266).

Les archives et les correspondances témoignent pourtant de la difficulté de Léon Gambetta à préparer un discours et de l’importance des publics dans la clarification de ses idées, ce qu’une analyse des discours en termes d’interaction corrobore complètement. À l’évidence, le « bouillonnant » Gambetta qui appelle tout un chacun à s’assagir, prêche tout autant pour lui-même que pour ses publics.

Léon Gambetta ose donc ce rappel sur « les hauteurs de Belleville », la plus rouge des circonscriptions, celle de la Commune de Paris, mais cette fois le public ne réagit pas.

« Messieurs, je tiens à le dire ici, parce que jamais je ne vous ai trouvés rebelles au bon sens et à la sagesse, parce que, entre Belleville et moi, et de nous deux, c’est souvent moi qui suis le plus emporté, je le dis parce qu’on ne connaît pas assez, je le dis pour nos nouveaux alliés, nos récents collaborateurs : ils ne savent pas encore ce que c’est que la force de la démocratie ». (Gambetta, 1881, IV : 232).

Ce discours est considéré dans les ouvrages actuels comme celui du grand reniement de Léon Gambetta, et par conséquent comme celui du grand jeu rhétorique3. Dans l’ensemble des discours, celui du 23 avril 1875 fait apparaître une fréquence importante de réactions du public : il est donc possible de considérer que le public de Léon Gambetta réagit, directement, à la rhétorique mise en œuvre le 23 avril 1875 à propos des problèmes institutionnels.

Le discours s’organise selon un plan relativement simple : l’introduction sur l’histoire commune de Belleville et de Léon Gambetta – lien mythique s’il en est –, la première partie sur les dangers vécus depuis 1873, la troisième partie sur l’avenir de la France, et la conclusion sur les attentes des ouvriers de Belleville, ne font qu’accompagner le thème principal, objet de la très longue deuxième partie. En introduction, Léon Gambetta situe le « Je » face au « Vous » des commettants, dans le cadre du « Nous » que forme le contrat et le public réagit par un acquiescement régulier. L’image préalable que Léon Gambetta cherche à donner de lui correspond donc en partie à leur vécu commun.

En revanche, lorsque l’orateur évoque la nécessaire violence à soi-même, lorsqu’il se présente comme d’un caractère emporté en se comparant avec le « Vous » de son public, celui-ci ne réagit pas. Il en va là de la représentation de soi, telle qu’elle est véhiculée par les média. Belleville est toujours représenté comme un milieu populaire agité. Léon Gambetta est lui aussi considéré comme un républicain bouillonnant. Mais il ne s’agit pas pour autant d’une identité commune. Tout sépare l’homme de gouvernement des ouvriers révolutionnaires de Belleville. L’image que Léon Gambetta cherche à construire ne provoque pas de réaction. À la violence nécessaire sur soi évoquée par le tribun répond une autre violence dans l’interaction : celle du silence du public. Au cœur de cette violence se joue l’héritage révolutionnaire.

Cet événement discursif n’est pas loin de devenir une véritable messe républicaine, reléguant dans l’ombre d’autres possibles de cet horizon d’attente. Entre républicains de gouvernement et républicains socialistes, la question de l’amnistie à l’égard de la Commune ne fait que dire la violence paradoxale de la tension entre l’Un (la République Une et Indivisible) et le multiple (les classes sociales).

Lorsque le 22 avril 1873, Léon Gambetta parle pour la toute première fois devant le public de Belleville (dont une bonne partie a vraisemblablement vécu activement l’épisode de la Commune), la violence du propos tient dans la négation même du sens de l’événement :

« Après les douleurs du siège, alors que pendant l’insurrection Paris était livré en victime aux haines furieuses attisées contre lui, vous avez eu le spectacle de toutes les communes de France, grandes et petites, se jetant au milieu des combattants, les adjurant de mettre bas les armes, essayant de faire triompher les idées d’apaisement et de conciliation » (Gambetta, 1881, III : 335).

Ce discours fait partie de ceux dont la fréquence globale de réaction du public est forte. Le long silence qui s’installe à l’évocation – parfaitement reconstruite – des événements est donc signifiant. En 1873, le divorce entre Léon Gambetta et le monde ouvrier ne s’exprime encore que par la violence du silence. Il faudra attendre la République définitivement installée pour qu’une réelle violence verbale, de forme classique, s’installe entre républicains de gouvernement et socialistes.

Dans son discours devant les électeurs de Belleville, cette fois en 1875, Léon Gambetta va chercher le registre du rire en employant le terme de pétroleurs qui renvoie explicitement à la Commune de 1871. Le discours invoque ici le « Nous » pour parler des pétroleurs, non le « Vous » absolument impossible. L’autocensure semble prendre alors la forme d’une « captation » dans son sens double, rhétorique et d’hypertextualité. Rhétoriquement, il s’agit bien d’une stratégie de séduction/persuasion. En utilisant l’ironie, Léon Gambetta veut créer la connivence : il ne fait pas partie de ceux qui ont massacré les partisans du socialisme. Du côté hypertextualité, on peut l’analyser comme une forme de subversion pour disqualifier le texte source, celui des Conservateurs. La stratégie consiste donc à ne pas dire le socialisme pour quelque part s’en revendiquer l’héritier. Pour autant, il y a là violence, celle du silence de l’orateur à l’égard d’un événement majeur vécu par son public.

Comme l’analyse Nicole Loraux (1997) à propos de la cité athénienne de Périclès, la guerre intestine finit par ne plus pouvoir se dire. L’illégitimité du conflit amène l’invention de l’amnistie pour oublier le passé dans le consensus. Dès lors, l’invention grecque du débat contradictoire se clôturant par un vote, pose problème : en tant que tel, il est en effet, la manifestation de la victoire d’un logos sur un autre. D’où l’invention de précautions oratoires multiples pour effacer le caractère politique du désordre. La division de la guerre civile ne peut plus se dire. L’amnistie se veut amnésie. À la violence des attaques suit la violence du silence de part et d’autre.

Le programme opportuniste est clairement défini par la formule employée régulièrement par Léon Gambetta « il n’y a pas une mais des questions sociales ». À terme, pour le leader et ses partisans, la République devra reposer sur deux grandes forces politiques : une force conservatrice et une force de progrès. Dans cette logique, le socialisme ne peut plus faire sens. Il n’est autre que la version « sociale » de la République elle-même. La disparition du néologisme « socialisme » dans le champ discursif de la République triomphante s’accompagne d’une série de paradigmes, tous d’une grande violence. Il est question des démagogues, des utopistes ou encore de programme en l’air, de formule vague, de coterie, de promesses chimériques, de fantaisies révolutionnaires, de cosmopolitisme détestable. Cette violence du propos, classique dans sa forme, ne s’adresse qu’à quelques-uns, encore minoritaires, à ceux qui commencent à s’organiser en mouvement4. Elle a néanmoins pour objectif de mettre en garde les publics populaires républicains qui peuvent être tentés de s’éloigner de la République sage et opportuniste, de moins en moins sociale. D’un côté donc, un mouvement socialiste qui cherche à s’organiser, de l’autre une double violence dans le discours de Léon Gambetta : violence classique du dénigrement, et violence paradoxale de l’autocensure.

Ce type de violence qui s’inscrit dans l’horizon d’attente de cet événement discursif fonde la relation entre orateur et public au sein de cette nouvelle République « opportuniste ». Léon Gambetta, pour autant, ne reste pas silencieux à l’égard de la Commune au sein de l’arène parlementaire. Le 22 juin 1880, alors président de la Chambre des députés, il lui est fait reproche de soutenir la candidature d’un ancien « Communard » aux élections législatives partielles qui doivent avoir lieu à Belleville. Le leader opportuniste invoque alors clairement la stratégie politique de l’oubli :

« Eh bien, Messieurs, je le sais, je l’ai vu, je l’entends tous les jours, ne pensez pas, ne pensez jamais qu’il y ait un autre moyen de supprimer ces récriminations éhontées sur la guerre civile autrement que par une mesure d’abolition complète, absolue ; ne le pensez pas ! Pourquoi ? Parce que vous ne referez pas l’histoire ; parce que vous ne pourrez pas aller de quartier en quartier dans tout ce Paris qui a mené cette vie tragique et épouvantable qui va du 4 septembre au 26 mai ; parce que vous ne pourrez pas refaire la vérité dans ces cerveaux obscurcis et dans ces âmes troublées ; tant que restera une question d’amnistie, vraie ou fausse, posée sur une tête indigne ou sur une tête obscure, vous pouvez être convaincus que, toujours et nécessairement, vous verrez une grande masse s’égarer qu’il eût fallu recueillir, vous verrez des esprits s’enflammer et s’exaspérer qu’il eût été fort simple de maintenir dans la ligne droite » (Gambetta, 1881, IX : 40).

La violence de ces propos à l’égard des idées socialistes ne saurait se manifester devant des publics populaires. Mais la violence du silence consacre à partir de 1880-1881, la rupture entre deux horizons d’attente. Si l’on reprend la notion forgée par Patrick Charaudeau du « contrat de communication » (Charaudeau 2002 : 141) qui permet aux partenaires d’un échange langagier de se reconnaître l’un l’autre avec les traits identitaires qui les définissent en tant que sujet de cet acte et de reconnaître la visée de l’acte qui les surdétermine, il est possible d’analyser cette interaction comme une forme de violence : les traits identitaires fonctionnent peu à peu comme un mythe et la visée de l’acte amène progressivement le clivage.

Pour conclure, lorsque meurt Léon Gambetta en 1882, le divorce est acté entre deux conceptions de la République. La violence dans les interactions entre militants républicains de différentes sensibilités redevient en quelque sorte plus classique. Républicains opportunistes, républicains Intransigeants, républicains socialistes s’affrontent ouvertement. La violence redevient de même nature que celle des années du Second Empire ou de l’Ordre Moral : l’ennemi est clairement défini. La violence paradoxale de l’interaction entre fondateurs de la Troisième République et publics populaires caractérise donc une période charnière, spécifique, celle des années 1870-1880 durant laquelle la République s’installe et doit gérer l’héritage révolutionnaire.

Les grands discours dits des Pères fondateurs de la Troisième République (ceux de Paul Bert, Louis Blanc, Jules Ferry, Charles Floquet, Léon Gambetta, Eugène Spuller) ont toujours été objet d’analyse pour les historiens, au titre de sources à interroger pour dégager une idée républicaine. Une lecture courante amène à rechercher l’émergence d’Un discours Troisième République, d’une doxa. Le fait de relire les discours des grands orateurs des années 1870-1882 pour leur redonner toute leur dimension d’oralité remet en cause la vision historiographique classique des débuts de la République : ce qu’il convient d’analyser est une posture nouvelle, entre oralité et écrit, entre grands rassemblements populaires et comptes rendus de presse. La parole n’est plus seulement celle des tribunes parlementaires classiques. La presse républicaine orchestre complètement ces moments de « rencontre » entre orateurs et larges publics. La presse d’opposition s’en empare pour les dénigrer. La presse écrite s’articule avec cette oralité, non pas en simple écho, mais dans une dynamique qu’il convient de problématiser comme l’entrée dans l’ère moderne des médias, au sens où peuvent l’analyser Gilles Feyel (2007) ou encore Dominique Kalifa (2001). Dans cet univers de réflexivité du discours, les publics populaires font partie des sujets d’énonciation. Comme l’a montré Marcel Gauchet à propos de l’émergence des droits de l’homme (Gauchet 2001 : V), au-delà du texte fondateur de la Déclaration des droits, trop souvent considéré comme un objet refroidi, il s’agit de porter le regard sur les chocs d’opinion, la violence des argumentaires, le laborieux croisement des langages pour faire apparaître les fractures et les conflits. De même, la triple violence qui se joue dans l’interaction entre un leader charismatique et des publics populaires républicains exprime pleinement ces chocs d’opinion. Comme l’analyse Dominique Maingueneau, la violence reste intrinsèque à tout discours politique :

« Le discours politique n’est pas un discours constituant, comme peuvent l’être le discours philosophique ou le discours scientifique, qui se fondent de manière réflexive, mais il se situe à la jointure entre ces discours constituants et les multiples niveaux de la doxa, de l’opinion commune. Les positionnements politiques sont ainsi obligés de s’appuyer dans des proportions variables sur les discours constituants en faisant prédominer tel ou tel : le discours religieux pour les théocraties, le discours scientifique pour les technocrates, la philosophie des Lumières pour la République française, etc… Mais la mise à mort du Christ ou de Socrate est là pour nous rappeler que si le politique doit s’appuyer sur des discours constituants, il les domine aussi, dès lors qu’il dispose du pouvoir » (Maingueneau 2010 : 88).



Liste des références bibliographiques

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TOURNIER, M. (2002) : Des mots en politique. Propos d’étymologie sociale, 2, « Langages », Paris, ENS Editions.

Notes de bas de page


1 Pour la fréquence des réactions du public, il s’agit de comptabiliser les réactions, quelles qu’elles soient, et de les diviser par le nombre de pages du discours. Cet indice permet de corriger certaines impressions de lecture : des discours qui semblent porteurs de réactions à la première lecture, s’avèrent de fréquence de réactions très moyenne. Ce peut être par exemple en raison d’une forte concentration de réactions à un moment particulier du discours dans un ensemble par ailleurs silencieux. Le croisement des réactions avec les lexèmes (indice de fréquence des lexèmes par discours), la répartition des réactions par thèmes et par type de public, ainsi que les types de réaction (sans oublier les blancs) nuancent ensuite cet indice brut.
2 Nous nous inscrivons ici dans le cadre de l’analyse argumentative du discours (Amossy 2000) : approche langagière, communicationnelle, dialogique et interactionnelle, générique, stylistique, textuelle.
3 En effet, Léon Gambetta vient ici défendre l’existence constitutionnelle d’un Sénat alors que dans un discours prononcé le 28 février 1873 devant l’Assemblée Nationale, il en avait condamné catégoriquement l’existence. Mais le contexte a changé et la méthode « opportuniste » consiste à réformer pas à pas.
4 En 1879 apparaît un mouvement qui prend le nom de « Fédération du parti des travailleurs socialistes de France ». La grammaire de la dénomination des partis est importante et fait écho à l’autocensure du mot « socialisme » par les Pères fondateurs. Maurice Tournier en propose une étymologie sociale (Tournier 2002). Le parti à l’ancienne doit devenir un parti moderne dans son propre renouvellement sémantique, lequel aboutira en 1882 à l’éclatement entre fédéralistes (Fédération des Travailleurs Socialistes) et marxistes centralisateurs (Parti des Ouvriers Socialistes Révolutionnaires et Parti des Ouvriers Français).



Pour citer cet article


DONTENWILLE-GERBAUD Aude. Violence paradoxale des interactions entre Léon Gambetta et ses publics populaires. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 8. La force des mots : valeurs et violence dans les interactions verbales, 30 janvier 2012. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=2555. ISSN 1308-8378.




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Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378