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8. La force des mots : valeurs et violence dans les interactions verbales

Article
Publié : 30 janvier 2012

Le bashing : forme intensifiée de dénigrement d’un groupe


Geneviève BERNARD BARBEAU, CIRAL, Université Laval, Québec (Canada), genevieve.bernard-barbeau.1@ulaval.ca

Résumé

Plusieurs expressions contenant le mot bashing existent en anglais, ce qui donne lieu à différentes appellations pour désigner le dénigrement d’individus ou de groupes, laissant ainsi entrevoir la violence verbale dont ces derniers sont victimes. Certaines de ces expressions semblent aujourd’hui gagner en popularité dans le monde francophone. Cet article porte sur le concept même de bashing et sur l’emploi de ce mot en français. Si le bashing est assurément un phénomène social révélateur de tensions entre les groupes, on peut néanmoins se demander s’il s’agit simplement d’une expression à la mode synonyme de dénigrement ou s’il en constitue plutôt une forme particulière. Dans quel contexte bashing est-il employé ? Y a-t-il des actes de langage qui y sont associés ? Le bashing possède-t-il des caractéristiques sociodiscursives qui lui sont propres et qui, parmi les discours de confrontation, le particularisent ? Ces questions seront examinées à partir d’un corpus constitué des occurrences du terme dans les médias québécois francophones au cours des cinq dernières années, ce qui permettra de mieux cerner le phénomène qu’est le bashing et, plus précisément, de le circonscrire dans le vaste espace des discours « anti » qui servent à dénigrer et à stigmatiser certains individus et certaines communautés.

Abstract

The word bashing is used in many English expressions, giving rise to different terms which designate the denigration of persons or groups, making apparent the verbal violence of which they are victim. Some of these expressions appear to be gaining popularity in the French-speaking world. This article focuses on the concept of bashing itself and on the usage of this word in French. Although the social phenomenon of bashing reveals tensions between groups, it may be asked if, in French, the word bashing is only a popular synonym for denigration or if it is a particular kind thereof. In what context is the word bashing used? Are there particular speech acts associated with bashing? Does bashing have certain sociodiscursive characteristics that distinguish it from other types of confrontation discourse? These questions will be examined using a data collection of the occurrences of the term bashing found in Québec’s newspapers over the past five years, which will allow for a better understanding of the phenomenon of bashing, as well as to characterize it from other types of discourse that are meant to denigrate and to stigmatize certain individuals and communities.


Table des matières

Texte intégral

Il est généralement admis que les rapports entre les individus et entre les groupes s’élaborent d’abord et avant tout en discours. Le discours est en effet le véhicule idéal pour que les représentations que les individus ont d’eux-mêmes et de ceux qui les entourent circulent dans la communauté et deviennent collectivement partagées. C’est par le discours que sont transmis images, conceptions et savoirs – Paveau (2006) parlerait de prédiscours – qui contribuent à façonner la perception du monde qu’ont les êtres humains. Il n’est alors pas étonnant que ce soit également en discours que se manifestent de façon explicite les tensions entre les groupes, notamment par des marques d’opposition. Bien entendu, toute forme d’opposition n’est pas systématiquement condamnable puisque « l’expression du désaccord […] est fondamentale dans toute société démocratique » (Vincent et al. 2008 : 84). Or, quand l’opposition se manifeste de façon agressive, entre autres au moyen de qualifications péjoratives (voir Laforest et Vincent 2004) et de formes offensantes, exacerbant ainsi les tensions entre les protagonistes, il est possible de parler de dénigrement – soit l’attaque d’une cible dans le but de la rabaisser et de faire en sorte qu’elle soit méprisée par autrui –, voire de violence verbale, ainsi définie par Moïse et Auger (2008 : 10) :

« [P]rocessus de montée en tension interactionnelle marqué par des déclencheurs et des étapes séquentielles spécifiques, processus qui s’inscrit dans des actes de paroles repérables – malentendu, mépris, menace, insulte –, des rapports de domination entre les locuteurs, des télescopages de normes, des ruptures dans les rituels conversationnels et des phénomènes de construction identitaire. »

Cet article porte sur une façon particulière de nommer le discours « anti » qui sert à stigmatiser des individus ou des groupes : le bashing.

Dérivé du verbe to bash, qui signifie « strike hard and violently : she bashed him with the book ; fiercely criticize or oppose : the dispute will be used as an excuse to bash the unions » (Oxford Dictionary of English 2010), bashing, bien que pouvant désigner une attaque physique, est généralement employé ainsi : « Fierce criticism or opposition : union-bashing » (Oxford Dictionary of English 2010). Le Webster’s Third New International Dictionary of the English Language (2002), le Canadian Oxford Dictionary (2004) et le Collins Canadian Dictionary (2010) viennent préciser cette définition en ajoutant, respectivement, que bashing signifie « to attack […] verbally : media-bashing, celebrity-bashing », « deride, criticize : bashing the government, Toronto-bashing » et désigne « a malicious attack on members of a group : union-bashing ».

De nombreuses expressions contenant le mot bashing existent en anglais, ce qui donne lieu à différentes appellations pour désigner le dénigrement d’individus ou de groupes, laissant ainsi entrevoir la violence verbale dont ces derniers sont victimes : gay bashing, poor bashing, Muslim bashing, etc. Certaines de ces expressions sont également employées dans le monde francophone – en France, le 5 septembre 2011, Libération titrait « Le “PS bashing” version François Fillon ». De même, au Québec, l’expression Québec bashing, qui témoigne des relations souvent tendues entre les Québécois et les Canadiens des autres provinces, de même qu’entre francophones et anglophones, est bien ancrée dans l’usage, comme on le verra ultérieurement.

Or, malgré cet emploi somme toute répandu au sein de différentes communautés francophones, le phénomène qu’est le bashing y est très peu documenté. On ne trouve par ailleurs aucune définition de bashing dans les dictionnaires de langue française, à l’exception du Dictionnaire québécois français (1999), qui propose les équivalents suivants : « dénigrement systématique, critiques anti- (anti-Québec, etc.), volée de coups contre ; agression contre, chasse à, cassage de ». L’idée d’attaque verbale, tout comme c’est le cas dans les dictionnaires de langue anglaise, est ici aussi mise de l’avant.

Si le bashing est assurément un phénomène social révélateur de tensions entre les groupes, on peut néanmoins se demander s’il s’agit simplement d’une expression à la mode synonyme de dénigrement ou s’il en constitue plutôt une forme particulière. Dans quel contexte le terme bashing est-il employé ? Y a-t-il des actes de langage qui y sont associés ? Le bashing possède-t-il des caractéristiques sociodiscursives qui lui sont propres et qui, parmi les discours de confrontation, tels que définis par Vincent et al. (2008), le particularisent ? Ces questions seront examinées à partir d’un corpus constitué des occurrences du terme dans les médias québécois francophones au cours des cinq dernières années, ce qui permettra de mieux cerner le phénomène qu’est le bashing et de le circonscrire dans le vaste espace des discours « anti » qui servent à dénigrer et à stigmatiser certains individus et certaines communautés. Enfin, il sera question d’un type de bashing particulier, le Québec bashing.

L’emploi de bashing en français est bien évidemment un emprunt à l’anglais1. On peut alors se demander ce qui explique cet emprunt. Est-ce parce que bashing possède un sens spécifique qu’aucun mot français ne possède ? La connotation négative de bashing est-elle plus forte que celle, par exemple, de dénigrement ? Est-ce plutôt un effet de style ou le résultat de l’attrait de l’anglais ? Bien entendu, il s’avère difficile de répondre avec certitude à ces questions. Néanmoins, en examinant le contexte dans lequel est employé bashing en français, il est possible de repérer certains indices discursifs permettant de mieux comprendre le phénomène qui y correspond.

Pour ce faire, à partir des articles de journaux québécois francophones disponibles dans la base de données Eureka, j’ai identifié tous ceux qui contiennent au moins une occurrence du mot bashing et qui ont été publiés entre le 15 septembre 2006 et le 15 septembre 2011, ce qui, une fois les doublons enlevés, donne un total de 323 articles2 et de 73 expressions en -bashing différentes. Une attention particulière a été portée à l’environnement textuel entourant bashing puisque la combinaison « mot(s)+bashing » (cols bleus bashing) ou « bashing de+mot(s) » (bashing de cols bleus) donne accès à la cible du dénigrement. Dans la quasi-totalité des cas, les expressions empruntent la forme syntaxique anglaise « mot(s)+bashing ». De plus, bien que les articles retenus soient en français, les mots en combinaison avec bashing sont parfois en anglais (par exemple, separatist bashing, bank bashing, etc.) ; c’est le cas de 23,3% des expressions (alors que 28,8% contiennent une cible désignée en français et que 47,9% ne permettent pas d’identifier la langue désignant la cible – c’est notamment le cas des noms propres qui ont la même orthographe dans les deux langues : Canada bashing, Toronto bashing, etc.). On peut alors supposer que l’auteur a choisi de faire un emprunt « complet », c’est-à-dire qu’en plus de bashing et de la forme syntaxique de l’expression, il a également emprunté à l’anglais le mot permettant de désigner la cible de l’attaque, donnant ainsi à l’expression la forme exacte qu’elle revêtirait dans cette langue.

J’ai ensuite classé les expressions selon qu’elles désignent une attaque envers un groupe (Québec bashing3, police bashing, male bashing, etc.), un individu (Harper bashing4, Obama bashing, Benoît XVI bashing, etc.) ou un « citoyen corporatif » (Toyota bashing, Bombardier bashing, Microsoft bashing, etc.), qui constitue en quelque sorte un entre-deux aux premières catégories puisqu’il s’agit d’un collectif – une entreprise, une société – qui, par personnification, est individualisé. Il en ressort que, dans la très grande majorité des articles (279/323 ; 86,4%), bashing est employé en combinaison avec un ou des mots faisant référence à un groupe. Les expressions restantes sont partagées presque à égalité entre celles qui réfèrent à un citoyen corporatif et à un individu. Ces dernières expressions font d’ailleurs toujours référence à une personnalité publique, ce qui n’est pas étonnant compte tenu qu’elles se trouvent dans des articles journalistiques qui, en toute logique, s’intéressent aux événements d’intérêt public. Enfin, dans quelques articles, bashing est employé seul (faire du bashing, c’est du bashing, avoir le bashing facile, etc.) ou en combinaison avec des mots qui ne réfèrent à aucune des catégories précédemment mentionnées. D’emblée, on constate que le bashing semble être associé majoritairement au dénigrement d’un groupe, ce qui rejoint la définition qu’en donne le Canadian Collins Dictionary. Il s’agit donc d’un phénomène qui vise essentiellement à désigner la critique et le dénigrement d’une collectivité présentée comme un tout homogène.

Par ailleurs, j’ai également catégorisé les expressions selon le domaine auquel appartient la cible du bashing (géo-politique/idéologie, art/média, argent/travail, genre/sexualité, religion, sport, technologie), ce qui permet de constater que celle-ci relève généralement du domaine géo-politico-idéologique (270/323 ; 83,6%). Ainsi, le bashing désigne, du moins dans le corpus analysé, le dénigrement d’un groupe en raison de positions politiques et idéologiques qui lui sont associées : American bashing, franco bashing, PQ bashing5, syndicat bashing, etc.

Au-delà de ces considérations, toutefois, l’élément le plus important qui ressort du corpus est le poids de l’expression Québec bashing en comparaison avec celui des autres expressions. Alors que la plupart des expressions en -bashing ne se trouvent que dans un seul article – c’est le cas de 53 expressions, les autres étant présentes dans deux à dix articles –, Québec bashing figure dans 210 articles, ce qui représente 65% du corpus. L’emploi de bashing, dans l’usage québécois francophone, est donc pratiquement réservé à Québec bashing6. Plus encore, 219 articles (67,8%) contiennent une expression en -bashing qui est en lien avec l’identité québécoise francophone : 101 bashing7, français bashing, franco bashing, french bashing8, French Canadian bashing, PQ bashing, Québec bashing et separatist bashing. L’emprunt à l’anglais s’est donc spécialisé pour être appliqué au cas du dénigrement du Québec et des Québécois francophones et, à plus forte raison, des Québécois francophones souverainistes.

À titre comparatif, à partir de la même base de données, j’ai consulté les journaux canadiens de langue anglaise afin d’observer l’emploi qui y est fait de bashing. Le terme est beaucoup plus employé dans les médias anglophones que francophones : au cours de la période du 15 septembre 2006 au 15 septembre 2011, j’ai relevé 3310 articles contenant le mot bashing. Puisque cette étude porte sur l’usage de bashing en français, je me suis limitée à consulter les 100 premiers articles publiés en anglais afin d’obtenir une vue d’ensemble de l’usage de bashing dans cette langue. Il en ressort que, comme en français, les expressions en -bashing servent surtout à désigner une attaque envers un groupe, le plus souvent en lien avec le domaine géo-politico-idéologique. Or, aucune des expressions relevées ne possède un nombre particulièrement élevé d’occurrences. Au contraire, sur 100 articles, c’est l’emploi de bashing seul qui revient le plus souvent (this bashing has to stop, par exemple), dans 24% des articles, suivi de gay bashing (8%) et de union bashing (5%). L’emploi de bashing ne semble donc pas être associé à une cible particulière, contrairement à ce que l’on observe dans les médias québécois francophones.

Le bashing est un phénomène sociodiscursif, dire du mal de quelqu’un ou d’un groupe étant un acte de discours (ou de langage) au sens searlien (Searle 1969) du terme. Différents actes sont associés au bashing, notamment, mais pas exclusivement, l’insulte, la moquerie et le reproche, qui constituent non seulement des actes menaçants au sens où l’entend Goffman (1959, 1967 ; voir également Brown et Levinson 1978, 1987), mais qui, plus encore, possèdent un contenu et une visée potentiellement offensants. Toutefois, il importe de préciser que la présence de ces actes dans un discours est insuffisante pour que celui-ci soit qualifié de bashing. Il est primordial de tenir compte d’éléments contextuels et extralinguistiques pour définir adéquatement le concept de bashing.

Le bashing n’est pas un acte de discours en lui-même ; il correspond plutôt à l’interprétation qui est faite d’un (ou de plusieurs) acte(s) de dénigrement. On parle en effet de bashing pour désigner ce qui est perçu comme étant une attaque verbale faite par un tiers. Autrement dit, l’individu qui tient des propos désobligeants à l’endroit d’un groupe ne dira pas qu’il fait du bashing. Ce sont plutôt ceux qui reçoivent son discours, qu’il s’agisse de la cible du dénigrement ou d’un tiers non ratifié, qui vont le qualifier comme tel. C’est ainsi que le bashing correspond à la schématisation (au sens où l’entend Grize 1978) d’un affrontement social où la représentation que se font certains individus du comportement verbal d’autrui et d’un événement de communication, le tout en lien avec ses composantes prédiscursives, participe à la construction du rapport – et des tensions – entre les groupes.

De façon générale, les individus, en entrant en contact avec les autres, tendent à réaliser des alliances avec ceux qui leur apparaissent semblables et à se différencier de ceux qui leur semblent différents, voire à les exclure (Blommaert et Verschueren 1998 : 24). C’est là un des fondements mêmes de la construction identitaire. D’un point de vue collectif, un groupe se construit bien souvent en opposition à un autre : les femmes en opposition aux hommes ; les adolescents, aux adultes ; les immigrants, à la population « d’origine », etc. Le fait de se présenter ou d’être présenté comme appartenant à un groupe signifie généralement que l’on s’exclut ou que l’on est exclu d’un autre, car l’existence d’un groupe suppose implicitement l’existence de son opposé, de l’« anti-groupe ». En se positionnant dans un champ ou en se qualifiant, on sous-entend toujours un autre qui est l’inverse de soi. De façon corollaire, en présentant explicitement autrui, on se qualifie soi-même de façon contrastive.

Ce phénomène d’identification et de différenciation (Barth 1969) repose sur un processus d’axiologisation qui consiste, d’une part, à accentuer les différences perçues avec les autres groupes (eux) tout en les minimisant chez la communauté d’appartenance (nous) (Seca 2003 : 331) et, d’autre part, à valoriser son propre groupe et à dévaloriser l’autre (voir notamment Lambert 1972 ; Giles et al. 1977 ; Bres 1992, 1993). Comme le souligne Bres (1993 : 152), « [s]oient A et B, deux groupes en relation selon le rapport de domination. A produit de lui-même le stéréotype positif A+, de l’autre le stéréotype négatif B-. B produit de lui-même le stéréotype positif B+, de l’autre le stéréotype négatif A- ».

Dans le cas du bashing, l’opposition entre les groupes fonctionne selon cette même logique d’axiologisation : un individu appartenant à un groupe A produit un discours négatif à propos du groupe B, discours qualifié de bashing par les membres de ce dernier groupe ou, à l’occasion, par des observateurs externes. Il est important de souligner que, parfois, le dénigrement d’un groupe peut provenir de ce qui est en apparence l’un de ses propres membres, ce qui laisse entrevoir des tensions non seulement entre deux groupes en opposition, mais également au sein d’une même communauté. Ce serait le cas, par exemple, d’un Québécois francophone qui s’en prend à ses pairs dans un discours virulent. Or, aucun groupe n’est en réalité homogène et, parmi la communauté des Québécois francophones, il existe des souverainistes, des fédéralistes, des adhérents à la droite et à la gauche, etc., qui forment autant de groupes constitutifs du « supra-groupe » des Québécois francophones. Ainsi, celui qui qualifie son propre groupe négativement se présente comme un autre puisqu’il se distancie, voire s’exclut, de ceux qu’il dénigre.

Ce qui est considéré comme du bashing est sujet à interprétation et dépend, entre autres, des représentations qu’ont les individus du discours, de la personne qui le produit et du contexte d’énonciation. Malgré cet aspect subjectif, certains éléments contribuent à l’emploi du mot bashing pour désigner le dénigrement d’un groupe et peuvent être considérés comme des composantes de sens qui participent à caractériser le phénomène. C’est notamment le cas de la répétition d’une attaque verbale et de la récurrence de certains propos dénigrants. L’analyse du corpus médiatique permet de constater que la plupart des expressions en -bashing sont accompagnées de mentions à l’effet que le comportement ainsi qualifié se produit de façon régulière ou, à tout le moins, qu’il ne s’agit pas d’une occurrence unique : « on l’accuse de s’être plusieurs fois livré à du Québec bashing », « certains chroniqueurs et éditorialistes ne se gênent pas pour faire du union bashing », « le catholique bashing constaté au Québec est selon moi soigneusement entretenu par des médias », etc. En ce sens, le bashing s’apparente au dénigrement quasi systématique, ou du moins régulier, de certains groupes9. Dans le cas du Québec bashing, en raison du nombre très élevé d’occurrences de cette expression, cette conclusion est d’autant plus probante.

Cette idée de répétition permet un rapprochement entre le bashing et le harcèlement, où un individu est constamment tourmenté ou humilié par un tiers. On retrouve également sous le concept de bashing une forme d’acharnement sur une cible, acharnement considéré comme non fondé et injustifié (et donc injuste) par cette dernière. Ainsi, parler de bashing pour désigner un comportement verbal constitue en soi une prise de position contre ce comportement. Autrement dit, en employant le mot bashing, le locuteur dénonce ce qu’il juge être un discours inapproprié, condamnable. Les exemples présentés précédemment illustrent ce phénomène : accuser quelqu’un de se livrer au Québec bashing, c’est décrier ses propos ; indiquer que des individus ne se gênent pas pour faire du union bashing, c’est penser que ceux-ci ne devraient pas le faire ; considérer que les médias entretiennent soigneusement le catholique bashing, c’est sous-entendre que l’attitude des médias est déplorable. Plus manifeste encore est l’extrait suivant : « Il faut arrêter le col bleu bashing ». Qualifier un discours de bashing appelle donc à sa condamnation, qu’elle soit ou non explicite, et sous-entend que les propos tenus n’ont pas lieu d’être.

Il est également intéressant de constater que, très souvent, la cible réelle du bashing ne doit pas être comprise dans le sens strict de l’étiquette qui lui est apposée. Par exemple, quand on parle de boomer bashing, ce ne sont pas les baby-boomers en tant que personnes nées à une période spécifique qui sont ciblés, mais plutôt, par métonymie, ce qu’ils représentent, les valeurs qui leur sont associées, leur place sur le marché du travail, etc. De même, lorsqu’il est question de Québec bashing, ce n’est pas le Québec en tant qu’entité territoriale qui fait l’objet du dénigrement, mais tantôt ses habitants, tantôt son gouvernement et les décisions qu’il prend, tantôt certaines positions idéologiques, etc. Toute réalité ou presque est composée de diverses strates, et ce qui est ciblé par le bashing peut l’être pour une multitude de raisons. Le discours qualifié de bashing convoque donc toujours des représentations multiples et multidimensionnelles d’un même objet, et la généralisation qui en découle participe à l’accroissement de son effet argumentatif.

Par ailleurs, la force de frappe du bashing vient également du fait qu’il s’agit d’un discours en circulation. Selon Rosier (2003 : 69),

« la circulation des discours englobe des mécanismes d’appropriation (déclencheurs de circulation), de réalisation (c’est-à-dire de réénonciation) et de remises en relation discursives (propagateurs) relativement organisés entre des espaces discursifs (textes, genres de textes, formations discursives) par des agents de circulation. »

Dans le cas du bashing, les propos dénigrants circulent généralement dans la communauté depuis un certain temps et ce sont toujours sensiblement les mêmes préjugés qui sont véhiculés. Or, « [f]aire circuler des propos, c’est leur donner une seconde ou une troisième vie ; c’est leur offrir d’autres voix pour se faire entendre, c’est aussi leur donner de l’importance en leur accordant une certaine légitimité » (Vincent et al. 2007 : 197). Lorsqu’un discours « anti » circule, les conséquences sont d’autant plus importantes que les propos peuvent avoir un impact sur les relations entre les individus et entre les groupes et peuvent attiser les tensions entre ceux-ci. De plus, la circulation des discours de confrontation possède certaines caractéristiques qui lui sont propres et qui contribuent à l’intensification du conflit ; c’est le cas notamment de la lutte pour la domination d’un point de vue, des reprises stratégiques du discours par certains intervenants, de la montée en tension et de la personnalisation de la confrontation – c’est-à-dire que ce sont des individus ou des groupes qui sont la cible d’attaques, et non pas les discours qui sont tenus par ces derniers ou qui les concernent (Turbide et al. 2010). Ces éléments entrent en jeu et doivent donc être pris en considération lorsqu’il s’agit d’associer un discours au bashing et de le qualifier comme tel.

En outre, la circulation des discours fait en sorte que si des propos dénigrants sont prononcés, ce ne sont pas uniquement ceux-ci qui ont un impact dans la société, mais également tous les autres discours de même nature que les individus ont en mémoire (on retrouve ici l’idée des prédiscours de Paveau (2006)). Ainsi, la circulation des discours, si elle se manifeste entre autres par le discours rapporté (voir notamment Vincent et Dubois 1997 ; Rosier 1999, 2003 ; López-Muñoz et al. 2004, 2006), relève également de l’interdiscours et du préconstruit (Pêcheux 1975) puisqu’elle correspond à « la part constitutive pour un discours donné des objets et idéologies antérieurs, idéologies portées par des discours hégémoniques » (Fracchiolla et Moïse 2009 : 104). Lorsqu’un discours est qualifié de bashing, ce n’est pas uniquement sa teneur qui justifie cette appellation et qui explique l’ampleur de la controverse ou, du moins, du mécontentement, mais bien l’accumulation de discours semblables au fil du temps et le fait que chacun soit lui-même traversé d’une multitude d’autres discours de même type.

L’expression Québec bashing, de même que son poids dans l’usage québécois, témoigne de la place qu’occupent les tensions entre les Québécois et les Canadiens dans la société, tensions qui ont pour origine la Conquête britannique de 1759 et qui se sont accentuées à certains moments clés de l’histoire, contribuant ainsi au rapport de force entre les deux groupes (pour une analyse approfondie de l’évolution des sociétés québécoise et canadienne, tant sur le plan social que politique, voir, entre autres, Dumont 1993 ; McRoberts 1999 ; Gagnon 2003). Plus encore, selon Conway (1995), Bothwell (1998) et Facal (2003), c’est l’interprétation différente, voire incompatible, que font les Québécois et les Canadiens de l’histoire canadienne qui façonne le rapport entre ces deux groupes. Cette lecture différente des mêmes faits historiques contribue, selon les auteurs, à creuser le fossé entre les deux groupes et à renforcer l’idée qu’il existe bel et bien « deux solitudes » au Canada, pour reprendre l’expression de MacLennan (1945).

Le Québec bashing est une forme de dénigrement du Québec et des Québécois qui existe principalement au Canada anglais et chez les Anglo-Québécois, bien qu’il soit possible d’observer un discours anti-Québec chez les Québécois francophones qui se distancient, voire qui s’excluent, de leurs concitoyens, et ce, pour différentes raisons (opinions politiques, visions différentes de la société, etc.). Ce sont exclusivement les Québécois francophones qui sont la cible du Québec bashing, c’est-à-dire que les formules de type « les Québécois sont X » ne concernent que les Québécois francophones et, à plus forte raison, les souverainistes, ce qu’est venu appuyer le corpus médiatique analysé précédemment. Il semble d’ailleurs y avoir un amalgame entre Québécois francophones et souverainistes dans la majorité des discours anti-Québec bien que, dans les faits, les sondages montrent que ce n’est pas la majorité des francophones qui est favorable à la souveraineté du Québec.

Selon Potvin et al. (2004 : 10), le Québec bashing est une forme de racisme :

« [L]e racisme a connu des mutations et ne se manifeste pas seulement par des violences meurtrières ou par des discriminations à l’endroit des membres des "minorités visibles" au sein de ce[tte] sociét[é] (McAndrew et Potvin 1996). Il prend aussi la forme d’insultes ou d’accusations mutuelles que s’adressent régulièrement les francophones et anglophones au Canada […], notamment par l’intermédiaire des médias. »

Ces « insultes et accusations » revêtent différentes formes placées sur un continuum de gravité : les Québécois sont présentés, entre autres, comme souhaitant à tout prix briser l’unité nationale canadienne, repliés sur eux-mêmes, fermés à l’autre, xénophobes, racistes, et, à l’extrémité du spectre, des analogies sont parfois faites entre le nationalisme10 québécois et le mouvement nazi.

Au cours de l’histoire, récente ou non, différents épisodes pouvant aujourd’hui être qualifiés de Québec bashing ont été recensés. On peut penser, pour n’en nommer que quelques-uns, au rapport Durham (1839), qui visait l’assimilation des Canadiens français aux anglophones et dans lequel le gouverneur général de l’Amérique du Nord britannique affirmait que les premiers formaient « un peuple sans histoire et sans littérature », ou, plus récemment, à l’affaire Levine (1998), où, à la suite de la nomination d’un ancien candidat du Parti québécois à la direction de l’Hôpital d’Ottawa, un chroniqueur au Ottawa Citizen a établi, sinon une comparaison directe, du moins un parallèle entre le mouvement souverainiste et le nazisme11, et à Jan Wong, journaliste au Globe and Mail, qui a affirmé qu’une tuerie ayant eu lieu au Collège Dawson à Montréal en 2006 – de même que celles ayant eu lieu à la Polytechnique en 1989 et à l’Université Concordia en 1992 – avait entre autres pour causes la question linguistique, le racisme des Québécois et leur incapacité à intégrer les immigrants puisque le responsable de la fusillade n’était pas d’origine québécoise12.

On constate que les discours qualifiés de Québec bashing peuvent être particulièrement virulents et que la répétition des attaques contribue à la force de ces dernières. Il est intéressant de noter que même lors d’événements en apparence anodins mettant en scène la question québécoise, il n’est pas rare que de tels discours soient remis en circulation, ce qui témoigne de leur intériorisation et de la place prépondérante qu’ils occupent dans l’imaginaire collectif.

Le bashing est davantage qu’une façon différente de nommer le dénigrement. Il s’agit d’un phénomène qui possède des caractéristiques qui lui sont propres et qui le distinguent d’autres phénomènes appartenant à l’ensemble des discours contre et de la violence verbale. À la base du bashing se trouve un discours de dénigrement, certes, mais auquel s’ajoutent différentes composantes de sens. Le bashing désigne donc le dénigrement répété, voire systématique, d’un groupe, le plus souvent en raison de l’idéologie et des prises de position qui lui sont associées, et qui se manifeste par des actes de discours variés, participant ainsi à l’intensification des tensions entre différents groupes en opposition. Qui plus est, le bashing est caractérisé par les discours préalables qui le sous-tendent et qui circulent dans la communauté, ce qui fait en sorte qu’un discours qualifié de bashing porte en lui les traces de discours antérieurs qui jouent un rôle important dans la mémoire collective des individus et qui, encore une fois, contribuent à l’affrontement entre les communautés.

Il est toutefois important d’employer le mot bashing avec parcimonie lorsqu’il s’agit de désigner un comportement verbal potentiellement offensant. Tout discours contre un groupe n’est pas systématiquement bashing, tout comme il ne suffit pas de repérer une insulte dans un discours pour considérer ce dernier comme étant violent. Dans le cas du bashing, c’est l’accumulation des discours de dénigrement d’un groupe au fil du temps qui participe à la création du phénomène.

Enfin, comme tout discours « anti », le bashing aura une force de frappe plus importante s’il fait directement appel à l’action contre le groupe visé. La violence entourant le bashing sera donc encore plus marquée si les discours de dénigrement répétés ciblant un même groupe contiennent des marques d’incitation à la haine, au racisme, etc. Dans certaines situations, cela peut exacerber les tensions au point où des gestes physiquement violents sont posés. Les récents travaux sur les interactions conflictuelles et la violence verbale ont montré l’importance d’envisager le discours de confrontation sous différents angles : en tenant d’abord compte de ses composantes, certes, mais également en accordant de l’attention à son contexte de production et de réception, pour enfin mesurer ses répercussions dans la communauté. C’est également de cette façon que le bashing en tant que phénomène social peut être envisagé et que son analyse peut être menée.



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Notes de bas de page


1 On peut s’interroger sur le lien qui existe entre bashing et les expressions argotiques françaises bâcher quelqu’un, se prendre une bâche, etc. Bien que semblables d’un point de vue phonétique et relativement proches d’un point de vue sémantique – bâcher quelqu’un, se prendre une bâche, etc. désignant le fait de se moquer de quelqu’un, de se faire avoir, de faire face à une situation humiliante –, ces expressions ne partagent pas la même origine (bâche, si on le rattache au sens de « toile », vient du latin baccia, bachia, alors que l’origine de bashing est incertaine, mais les dictionnaires étymologiques font l’hypothèse d’une origine scandinave ou d’une contraction entre l’anglais beat/bang et lash/smash). Il est possible que les expressions contenant le mot bâche contribuent à l’emploi de bashing en français, mais on ne peut l’affirmer.
2 Dans un souci de représentativité, les calculs présentés ici sont fondés sur le nombre d’articles contenant au moins une expression en -bashing plutôt que sur le nombre d’occurrences de chacune de ces expressions.
3 Les États, les provinces et les villes sont regroupés sous la catégorie « groupe » puisque les expressions qui les contiennent font référence, entre autres, à leurs habitants et à ce qui les caractérise. Il en sera davantage question ultérieurement.
4 Stephen Harper, premier ministre canadien et chef du Parti conservateur du Canada.
5 Parti québécois, parti souverainiste et opposition officielle à l’Assemblée nationale.
6 Il est important de noter que, dans tous les cas, le contexte permet de conclure que c’est bel et bien le Québec en tant que province qui est la cible du bashing, et non la ville de Québec, capitale de cette même province.
7 L’expression 101 bashing fait référence à la Charte de la langue française, aussi connue sous le nom de loi 101, qui constitue la base de la politique linguistique québécoise.
8 Ici, french fait référence à la langue française, et non aux citoyens français.
9 Puisque le corpus analysé ici est constitué d’articles journalistiques, les cas de bashing recensés servent essentiellement à désigner des discours publics. Or, dans la mesure où il est possible de dénigrer des groupes de façon répétée lors d’interactions à caractère privé, il n’est pas exclu que de tels discours puissent être qualifiés de bashing.
10 Le sens donné à nationalisme diffère au Québec et en France. Au Québec, le nationalisme n’est pas associé à la droite politique.
11 « Not knowing he is one [un souverainiste] isn’t the same thing as knowing he isn’t one. [...] If you ran for the Nazis in 1979, never repudiated them, and won’t say if you’re one now, you are one. Right? […] One can claim that political beliefs should have nothing to do with one’s job. But if you hire someone with outrageous beliefs, you outrage the community. Obviously. How many Levine supporters think it would be OK if he was a Nazi ? [...] In Quebec, federalism and sovereignty are just two political options. On this side of the Ottawa river [en Ontario] it doesn’t work that way. Over here, Liberal, Conservative, Reform and NDP are political options. Separatists want to destroy our home and native land. [...] That’s why, although separatism is clearly not Nazism, it’s equally clearly on the wrong side of the line dividing opinions that don’t outrage the community from ones that do » (John Robson, « Why Levine has got to go », Ottawa Citizen, 22 mai 1998). Pour une analyse détaillée de cette affaire, voir Potvin (1999, 2000) et Potvin et al. (2004).
12 « What many outsiders don’t realize is how alienating the decades-long linguistic struggle has been in the once-cosmopolitan city. It hasn’t just taken a toll on long-time anglophones, it’s affected immigrants, too. To be sure, the shootings in all three cases were carried out by mentally disturbed individuals. But what is also true is that in all three cases, the perpetrator was not pure laine, the argot for a “pure” francophone. Elsewhere, to talk of racial “purity” is repugnant. Not in Quebec. […] To be sure, Mr. Lepine hated women, Mr. Fabrikant hated his engineering colleagues and Mr. Gill hated everyone. But all of them had been marginalized, in a society that valued pure laine » (Jan Wong, « Get under the desk », The Globe and Mail, 16 septembre 2006).



Pour citer cet article


BERNARD BARBEAU Geneviève. Le bashing : forme intensifiée de dénigrement d’un groupe. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 8. La force des mots : valeurs et violence dans les interactions verbales, 30 janvier 2012. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=2478. ISSN 1308-8378.




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Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378