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5. Communication et discours politiques : actualités et perspectives

Editorial
Publié : 7 juillet 2010

Présentation du numéro


Michel Bourse, Université de Nantes (France), Université de Galatasaray (Turquie).

La communication politique se différencie essentiellement des autres espèces de communication par sa finalité. Dans les sociétés démocratiques représentatives, le sujet politique s’exprime dans l’espace public en utilisant la communication politique, qui repose sur l’adhésion de l’émetteur au message qu’il délivre. Cette démarche se différencie de la publicité politique, utilisée de plus en plus dans nos démocraties modernes : elle véhicule plutôt des « référents » puisés dans l’imaginaire collectif et non la politique stricto sensu. La publicité politique repose en effet sur une disjonction entre l’émetteur (généralement non identifié comme porteur du message) et le destinataire. La publicité politique fait ainsi largement appel à l’imaginaire pour provoquer l’adhésion à une idée. On peut penser que le déclin des « idéologies » dans les démocraties représentatives contemporaines n’est pas étranger à ce mode de communication du politique tendant de plus en plus vers l’usage de la publicité politique. À tel point que, depuis les années 80, l’homme politique s’entoure de conseillers en communication, équipés et expérimentés, généralement issus du secteur privé de la publicité ou des médias. Au début du 21e siècle, la tendance dominante est à une communication politique « euphémisée », légère, rassurante et empathique, comme pour se prémunir de toute « révolte » ou de tout « bouleversement » dans une société de plus en plus envahie par les images d’un monde extérieur en crise. En même temps force est de constater que toute communication politique obéit à une politique de communication qui innove au gré des scrutins électoraux. À l’instar d’entreprises, cette communication est sur-mesure. Elle prend en compte une veille informative, l’analyse des « théâtres d’opération », des cibles. Les élections américaines l’ont prouvé, la communication-produit à laquelle se confond aujourd'hui souvent la communication politique, est désormais incontournable : le « buzz», les réputations et les blogs sont devenus de vrais outils de campagne.

Ces phénomènes nous semblent être au cœur de l’interrogation sur le politique aujourd’hui. C’est pourquoi ce numéro 5 de la revue Signes, Discours et Sociétés invite à une réflexion sur la communication politique et sur les discours politiques. Les articles rassemblés dans ce numéro sont loin d’épuiser la richesse de la problématique qui entoure la notion de communication politique ; ils sont toutefois représentatifs, au-delà de la diversité d’approches proposées, des évolutions qui se manifestent dans les sociétés démocratiques. Par-delà la diversité des positionnements et des approches, deux axes thématiques traversent la réflexion dont nous font part les auteurs des contributions ici rassemblées : dans quelle mesure la nouvelle communication politique appelle-t-elle une nouvelle information politique ? Dans quelles mesures les évolutions dans la façon d’adresser des messages politiques engagent-elles une réflexion sur les conditions de l’échange politique dans les démocraties gouvernées ?

Pierre-Yves MODICOM montre, à partir de l’analyse des différentes campagnes de communication du parti présidentiel français UMP en 2009, que l’utilisation d’une palette de supports et de techniques très large témoigne d’un déplacement des méthodes de la communication traditionnelle au profit du marketing politique. Les techniques du marketing stimulant le désir mimétique et le recours au récit plutôt qu’à l’argumentation favoriseraient la transmission d’une vision de l’action politique conforme à sa redéfinition idéologique par le parti. Le déplacement de l’objet du discours politique correspondrait donc à celui de ses supports.

Marina CIOLAC analyse, à partir d’une approche communicative et sociolinguistique, cinq discours de vœux télédiffusés prononcés par le président Sarkozy (France) et le président Băsescu (Roumanie). Cette analyse comparative permet de démontrer que les vœux présidentiels sont influencés non seulement par les paramètres culturels et psychologiques de l’émetteur et par son parcours politique, mais aussi, et surtout, par les traits socioculturels et historico-politiques de la société à laquelle il appartient.

Dimitris TRIMITHIOTIS étudie les rapports entre discours politique et communication, en s’appuyant sur une approche du processus de production de ce discours (ses acteurs, leurs activités pratiques et discursives et leurs interactions). Sa proposition principale est celle du lien qui s’observe entre trois niveaux : la scène (programmes électoraux), les coulisses (comités de soutien des partis) et le public (les électeurs). Ses constats permettent d’appréhender la relation entre champ politique et société non seulement à partir de la transmission-réception des messages politiques, mais également à partir de la participation implicite des électeurs à la production du discours électoral, par l’intermédiaire de la communication politique.

Joseph KEUTCHEU s’intéresse plus précisément à l’investissement de plus en plus visible de la communication politique par des acteurs du champ journalistique. Il montre que les pratiques braconnières récurrentes dans la presse, notamment la transgression des normes langagières mettent à mal le discours politique et relativisent le procès de pacification des règles du jeu politique et de civilisation des mœurs politiques au Cameroun. Il procède ainsi à une analyse sémiologique d’une centaine de « unes » de la presse camerounaise pour exhumer les paroles violentes et outrancières qui violent la police du bien dire et tournent en dérision les règles de la civilité démocratique.

Halime YÜCEL analyse les publicités politiques turques dans les journaux réalisées pour les élections législatives de 2007 par trois partis politiques. Dans la première partie de son travail, elle analyse l’expression du discours des publicités politiques en prenant en compte la forme de ces publicités, c’est-à-dire la relation texte/image, la forme des textes, les photographies et les emblèmes, ainsi que le sujet, l’anti-sujet et le récepteur du discours. Dans la deuxième partie elle analyse le contenu de la publicité politique, en cherchant à montrer comment les partis politiques se présentent eux-mêmes, présentent leur leader et leurs idées sur la Turquie actuelle.

Edgard ABESSO ZAMBO s’attache à analyser la rupture introduite par le président camerounais Paul Biya quand il décide s’adresser aux Camerounais par le biais d’une lettre. Le fait qualifié d’« inédit » a été commenté par les médias du point de vue du mode de communication. Son article vise à montrer, à partir de quelques titres et commentaires des médias, que cette lettre présidentielle, inscrite dans la logique de la communication politique, a surtout connu, par le rôle des médias, l’écho d’une nouvelle politique de communication.

Adeline VASQUEZ-PARRA analyse l’une des grandes stratégies de communication utilisée par le Président Obama : le réseau social ou grassroot networking. Elle montre comment la stratégie du réseau social a permis de dessiner un cadre d’action collective pour assurer, entre autre, une continuité narrative entre la société américaine et ses mythes culturels et sociaux.

Louis-Marie KAKDEU traite des différentes formes de promesse dans les discours politiques en Afrique Noire Francophone. Il montre comment d’un statut de simple acte de parole, la promesse à valeur sensationnelle est devenue une véritable stratégie de communication permettant de faire face aux attentes multiples et non concordantes des différents acteurs.

Miroslav STASILO analyse l’évolution du discours politique en France et en Lituanie, quand les présidents élus et les candidats vaincus réagissent à l’annonce des résultats des élections présidentielles. Les candidats vaincus utilisent un vocabulaire plus personnel, des phrases plus courtes, utilisent moins les phrases subordonnées, argumentatives, complexes et plus les constructions prépositives et affirmatives, typiques du discours publicitaire.

Jacquinot BAMBA BISSELE s’intéresse plus spécifiquement aux discours politiques adressés à la jeunesse. Ceux-ci créent un univers imprégné d’imaginaires spécifiques : adresse d’information, de formation et de ralliement, ils présentent des figures illustres de l’histoire nationale camerounaise censées inspirer cette jeunesse. On assisterait alors sur la durée à l’érection et à l’« étoffage » d’un panthéon dans la mémoire collective des jeunes.

Frédéric TORTERAT s’attache plus précisément au dérapage verbal, tel qu’il est traité dans neuf articles d’une rubrique du quotidien Le Parisien (décembre 2009). Il analyse ainsi les discours citants assortis de leurs commentaires au croisement de la linguistique du discours et de la sociologie des médias. Entre autres éléments, ce genre de rubrique journalistique montre comment le débat public se rematérialise presque instantanément au moindre dérapage verbal.

Geneviève LEMIEUX-LEFEBVRE s’intéresse aux formes de qualification péjorative présentes dans les discours politiques tenus lors de la campagne électorale menée au Québec à l’hiver 2007. Pour effectuer son analyse, elle a concentré son attention sur l’ensemble des extraits vidéo présentés lors des bulletins télévisés de fin de soirée, ce qui lui a permis de proposer une véritable typologie des actes de langage dépréciatifs distincts, comme l’insulte, l’ironie, la moquerie, l’avertissement, le reproche et la critique.

Christelle DELARUE analyse le phénomène de la reformulation à partir de l’exemple du connecteur « c’est-à-dire » au sein d’un corpus d'interviews radiophoniques. Outil didactique et pédagogique ou moyen de correction, ce connecteur de reformulation prototypique assure la stabilisation et la crédibilité du discours. Il existe cependant des situations de reformulations frontalières, où l’équivalence n’est plus aussi évidente. La communication politique, contrainte de s’adapter aux électeurs et visant une réussite quasi immédiate, ne peut ignorer ces modes de fonctionnements, aussi individuels et conjoncturels soient-ils.

Julie PEGHINI analyse comment l’idéal qui a donné forme et continuité au principe et modèle de gestion des différences à Maurice, l’« unité dans la diversité », est devenu un poncif bâti par les discours politiques. Cette volonté doit être régulièrement réaffirmée puisque l’unité et l’harmonie prônées ne vont pas de soi dans un contexte communautariste, où les dérapages ethnocentristes et les discours sectaires ne sont pas rares. Son article s’attache ainsi aux discours politiques et met en lumière deux tendances contradictoires mais complémentaires sur lesquelles ils s’appuient : la tendance intégrative et la tendance divisionniste.




Pour citer cet article


Bourse Michel. Présentation du numéro. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 5. Communication et discours politiques : actualités et perspectives, 7 juillet 2010. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.infodocument.php?id=1931. ISSN 1308-8378.




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Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Bucarest (Roumanie) et Saint Clément d'Ohrid (Sofia, Bulgarie) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378