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5. Communication et discours politiques : actualités et perspectives

Article
Publié : 5 juillet 2010

Quand la publicité politique se confronte au buzz journalistique : le cas des dérapages verbaux traités dans une rubrique de quotidien


Frédéric Torterat, Maître de conférences, Université de Nice / IUFM

Résumé

Cet article porte sur un type d'écart dans le cadre du discours politique, à savoir le dérapage verbal, tel qu'il est traité ici dans la plupart des neuf articles d'une rubrique du quotidien Le Parisien (décembre 2009). A la suite d'une présentation sommaire de la rubrique et du contexte éditorial dans lequel elle est parue, nous opérons un classement des discours cités, puis nous analysons les discours citants assortis de leurs commentaires, dont nous donnons quelques éléments de conclusion, au croisement de la linguistique du discours et de la sociologie des médias. Entre autres éléments, il apparaît que ce genre de rubrique journalistique montre comment le débat public se rematérialise presque instantanément au moindre dérapage verbal, confrontant ainsi la publicité politique à la temporalité des forums et de la blogosphère.

Abstract

This article returns on a specific intervention in Politic Discurse Domain, namely the gaffe, such as is described here in most of nine articles gathered in a section of Le Parisien daily paper (in December, 2009). We give a summary presentation of the section and editorial context in which it appeared, and we operate Discurses classification, through linguistic and sociologic dimensions of utterances. In this occasion, we analyze comments and expressions. From these elements, it seems that this kind of journalistic section shows how public place re-materializes almost immediately in the gaffe, making political publicity particularly sensitive to forums and blogs temporality.


Table des matières

Texte intégral

Brutales, émouvantes, cyniques, spontanées ou calculées, maladroites ou faisant mouche… L’année qui s’achève aura été jalonnée de petites phrases dont l’écho se fait encore entendre à quelques jours du Nouvel An. Le Parisien a fait le choix d’en sélectionner neuf pour mieux vous faire revivre les grands moments de l’actualité en 2009. Vous verrez qu’elles ne manquent pas de sel !

C'est dans ces termes que le journal Le Parisien présente, dans un chapeau reconduit d'article en article, une rubrique intitulée, par la Rédaction du quotidien, « Les Phrases de l'année 2009 ». Publiées sur une période très courte (entre le 21 et le 31 décembre 2009), les neuf contributions de cette rubrique portent principalement sur les dérapages verbaux de personnalités « médiatiques », pour la plupart politiques. Elle rend compte par ailleurs d'une amplification plus ou moins provisoire, qui n'appartient pas a priori aux supports journalistiques, et qu'on désigne couramment à travers le terme de « buzz ». Le bref répertoire en question, qui oscille entre l'anecdote et l'écrit dramatique, donne un contour représentatif à des formulations qui se caractérisent d'abord par leur incongruité et leur retentissement. D'autre part, l'inventaire que dresse la rubrique montre en partie comment les représentants des médias envisagent ces éléments de « mémoire discursive » (Courtine 1981) comme les signes de véritables faits de société, au-delà donc des simples faits divers (Cf. Lits & Dubied 1999).

Le corpus, qui rassemble près de 6000 mots (33900 caractères), correspond à des articles qui comprennent respectivement de 600 à 700 mots environ. En marge du chapeau qui les identifie, les corps de textes sont construits sur un canevas commun : une accroche, qui circonstancie les faits en quelques lignes (de manière plus ou moins narrativisée ou commentée), une brève présentation du contexte assortie du récit de l'événement, lesquels sont suivis, outre la présence d'un à deux intertitres, par des événements postérieurs à la « phrase » formulée par la personnalité.

Nous reporterons aux articles en reprenant, par commodité, l'ordre linéaire dans lequel ils apparaissent à l'intérieur de la rubrique, où sont respectivement cités Bernard Debré (1), Thierry Henry (2), Ségolène Royal (3), Frédéric Mitterrand (4), Christophe Soumillon (5), Dominique de Villepin (6), Daniel Cohn-Bendit et François Bayrou (7), Didier Lombard (8) et Michael Jackson (9)1. La plupart correspondent à une démarche similaire, à l'exception des textes (5) et (9), qui font partie du même ensemble, mais se révèlent à la marge de la ligne éditoriale revendiquée par le journal.

Cette ligne est ouvertement résumée dans le chapeau, qui insiste à la fois sur la variété des éléments discursifs et des contextes pris en compte, mais aussi sur leur mémorabilité, au sujet de laquelle cette forme de préambule parle d'un « écho (qui) se fait encore entendre ». L'« écho » en question renvoie à une médiatisation (quasi-)instantanée, que les articles nomment à travers les appellatifs de « polémique » ou de « coup » par exemple.

Sur les neuf personnalités citées, six sont des acteurs de la vie politique. Ces derniers regroupent toutefois une gamme de professions variées : ainsi la personnalité du texte 1 est-elle un député, celle du 3 une élue régionale qui a été présente au second tour des présidentielles de son pays, celle du texte 4 un ministre en exercice, celle du texte 6 un ex-premier ministre et candidat pressenti aux élections présidentielles à venir, celles du texte 7 deux (co-)présidents de partis politiques, et celle du texte 8 le président d'une entreprise nationale que sa nomination et ses interventions hissent sur la scène politique, au même titre que les élus.

Toutes les « phrases » relayées dans les contributions de la rubrique ne constituent pas forcément des dérapages « types », ou du moins fournissent-elles la démonstration qu'il existe, dans ce domaine, une certaine gradation. Effectivement, l'intervention verbale du professeur Debré (texte 1) est envisagée comme une maladresse, tandis que la déclaration de Ségolène Royal (3) apparaît comme « une démarche ». De même, alors que la concession du footballeur Thierry Henri (2) est présentée comme un propos honteux, celles de Frédéric Mitterrand (4) et de Didier Lombard (8) constituent, de l'aveu même de leurs auteurs, respectivement une « grosse connerie » et « une énorme bourde ». Cette gradation se confirme à travers les autres articles : là où nous assistons juste à quelque balourdise dans le texte 5, il en est tout autre dans le texte 6, où les interlocuteurs débattent sur des propos ignominieux. Seul a priori le dernier article, qui renvoie à la « formule » d'une personnalité du showbiz, ne porte pas sur un dérapage à proprement parler, mais il n'en demeure pas moins que la formule visée est non seulement déplacée, en ceci qu'il s'agit d'une redite (qui n'a rien d'un scoop), mais aussi décalée, en ceci qu'elle entre en contradiction complète avec l'événement tragique qu'elle précède2.

Les documents ne se prêtent pas, quoi qu'il en soit, à une classification préconstruite en termes de genre. Pluriels, autant qu'ils peuvent l'être sur ce type de support, les textes ont tous une part de narrativisation, de dramatisation et de commentaire, se révèlent tous diversement polémiques et anecdotiques, et donnent tous aux événements qu'ils relatent une dimension à la fois singularisante et généralisante, individuelle et collective. C'est en cela, à notre sens, qu'ils sont représentatifs d'une approche du fait social qui, sans pour autant nous inciter à parler de montage express, aborde l'événement avec une temporalité proche de celles de la blogosphère et des forums3.

Cette question de la temporalité n'a d'ailleurs rien d'anodin, en ceci qu'elle convoque indirectement celle du moment médiatique, lequel oscille entre la surenchère et ce qu'à la suite de Jankélévitch on peut appeler le « bon débarras », soit une période au cours de laquelle la personnalité politique assumera sa responsabilité, ou au contraire s'ingéniera à se déresponsabiliser des propos qui ont été tenus (en attribuant par exemple le « bruit » occasionné à d'autres ou en critiquant, ouvertement ou non, la médiatisation qui en est faite). Le buzz provoqué balance par là même entre deux processus contradictoires, l'ostension et la contraction, auxquels les modes de citation participent avec plus ou moins d'intensité.

Le flux quelquefois haletant des déclarations et la fatigue que cette accumulation peut entraîner chez les personnalités n'expliquent pas complètement la tenue de propos déplacés, qui apparaissent bien entendu dans des contextes très variés (où les éventuelles sollicitations du/des journaliste(s) n'ont rien d'automatique). Ces propos sont diversement péremptoires, diffamatoires, discriminatoires, voire orduriers, procéduriers et même comminatoires dans certains cas. En ce qui concerne notre corpus, si presque l'intégralité des « phrases » sont reprises d'entretiens en présence de la presse, ce n'est pas le cas du texte 2, qui prend appui sur un « communiqué » produit dans l'empressement, et éventuellement du texte 5, de source indéterminée. Dans toutes les autres contributions, les propos ont été tenus devant des journalistes et généralement en public, ce qui conforte le fait que la déclaration caractérise, plus que la phrase elle-même (les supports thématiques des textes 1 et 8 consistent plutôt dans un mot), le matériau qui unifie la rubrique. La « phrase » concernée est appelée « formule provocatrice » en (1), renvoie indirectement à un aveu en (2), et correspond à un « pardon » à deux reprises en (3), une « faute » en (4), une « charge » en (6), un « reproche » en (7), un « mot » en (8) et à nouveau une « formule » en (9), autant d'« objets socio-discursifs » (Angermüller v.d. 2008) que les rédacteurs s'approprient et commentent variablement.

Brièvement, on peut définir le dérapage verbal comme une production discursive individuelle, généralement non préméditée, qui présente un caractère intempestif et déplacé. En plus de ces caractéristiques, le dérapage verbal apparaît comme un propos tenu en présence de tiers, généralement en milieu collectif, et en rupture en tout ou partie avec les propos qui précèdent. Qui plus est, il s'inscrit dans un contexte où les circonstances en constituent un facteur atténuant ou au contraire aggravant4.

Dans le domaine du discours politique, ce type d'intervention consiste au mieux dans une formulation maladroite (Bougnoux 1998) ou comme le contraire de l'euphémisme (Schepens 2006), au pire comme une provocation, voire une accusation, mais s'identifie toujours comme une absence de contournement, qui se révèle aussi inappropriée qu'incongrue. Pour autant, et contrairement à ce qu'on pourrait être conduit à supposer a priori, ce type de « sortie » n'est pas forcément contreproductive pour son auteur : par moments délibérée (comme c'est le cas dans les textes 1, 3 et 6 du corpus), la formule constitue éventuellement l'objet même de l'intervention.

Rappelons que la dénomination de « dérapage verbal » intervient telle quelle dans les documents journalistiques, qui rapportent couramment le propos diffusé sous forme de discours direct, de même que les protestations qui ont suivi, lesquelles sont reprises pour leur part sous des formes diverses (discours direct, indirect ou narrativisé notamment)5. En voici une illustration, extraite d'une dépêche de l'AFP parue dans le quotidien Le Monde du samedi 9 février 2010 (page 9) sous forme de brève, et que le journal intitule justement « Dominique Bussereau dérape sur les harkis » :

Le secrétaire d'Etat aux transports, Dominique Bussereau, tête de liste de la majorité aux régionales en Poitou-Charentes, a présenté ses excuses, jeudi 4 février, après un dérapage verbal sur les harkis. Interrogé sur Europe 1 à propos de la présence de centristes sur la liste de Ségolène Royal, la présidente PS sortante, il avait déclaré : « Oui enfin, elle rassemble des harkis, hein, si vous me permettez l'expression, des gens qui vont un peu dans cette affaire parce qu'ils n'ont pas d'autres moyens d'être élus »6.

Bien que cette relation appartienne à l'initiative de tous types de rédacteurs (journalistes, mais aussi blogueurs, forumeurs et autres « messagers »), le journalisme en particulier politique s'approprie ce type d'écart (qui n'est donc pas forcément une erreur pour son auteur) en l'intégrant volontiers dans un débat, concret ou supposé, où l'informulé, et de ce fait le « présumé » (De Arruda Carneira 1992), prend autant de consistance que la formule elle-même. Comme l'explique à cet égard Martel (2008 : 9), « si, pour une raison ou pour une autre, l’interlocuteur n’est pas en mesure d’inférer ce qui est implicite, une partie du sens est perdue, la force argumentative attachée à ce procédé n’est pas optimale. On peut donc dire que la qualité de la performance communicationnelle de la contradiction dépend de la co-construction du sens ».

Indiquons que les jugements que portent les médias sur ces « phrases » reprises de personnalités s'appuient presque autant sur ce qu'elles contiennent que sur les conditions de leur « circulation » (Moirand 2006). Dans une chronique par exemple de Franck Nouchi parue dans Le Monde du mardi 16 mars 2010 (page 26), le rédacteur dénonce le fait qu'à la suite d'un entretien « d'une demi-heure » avec le chef de l'Etat, les responsables politiques du parti présidentiel aient tous tenus les mêmes propos. Enumérant les noms des personnalités concernées, le journaliste regrette ainsi que « tous [aie]nt dit la même chose, [aie]nt prononcé les mêmes phrases, dans le même ordre » (l. 8-11, deuxième colonne). L'article, qui conclut toutefois sur un « léger décalage » dans les propos prédiqués par un tiers, fustige de ce fait une récitation qui a justement pour objet d'écarter tout dérapage7.

Ces tendances confirment l'une des principales caractéristiques du dérapage verbal dans le cadre de la publicité politique, à savoir sa responsabilité individuelle, qui semble donc marginaliser le dérapage vis-à-vis des réponses collectives ou des déclarations mesurées des communiqués de presse.

Dans notre corpus en particulier, tout indique que les propos cités dépassent le cadre qui leur est assigné, ce qu'admettent généralement les personnalités elles-mêmes, pour peu qu'on soit en mesure d'entendre ce qu'elles ont déclaré postérieurement à leurs propos (le dérapage prémédité de S. Royal, dans le texte 2, s'accompagne des avis de ceux qui font une contre-publicité de son « discours », en parlant entre autres d'« opportunisme politique », mais d'aucun commentaire de sa part). Par exemple, Bernard Debré (1) admet que sa phrase a tout d'une provocation, Frédéric Mitterrand (4) avoue qu'il « aurai(t) dû calibrer (s)es propos », François Bayrou (7) concède en parlant de sa propre réaction qu'« on a toujours tort de se mettre en colère », et un « proche » de Didier Lombard (8) n'hésite pas à convenir du fait que ce dernier « n'est pas un homme de communication ».

Les discours cités dans les articles des Phrases de l'année (93 suivant notre décompte) le sont principalement sous trois formes, dont celle du discours direct avant tout, qui représente 89,25 % des citations, tout en intervenant dans un cadre monologal ou dialogal. Apparaît plus marginalement le discours indirect (9,68 %), ainsi qu'un cas de discours indirect « libre » (1,07 %). En voici des exemples significatifs (mis en italiques), respectivement pour le discours direct en cadre dialogal (A, texte 7), le discours indirect (B, 8), et le discours indirect libre (C, 5) :

(A) L'émission n'a commencé que depuis vingt minutes. Bayrou reproche à Cohn-Bendit sa proximité avec Nicolas Sarkozy : « Vous êtes allé trois fois à l'Elysée... », Cohn-Bendit : « J'y suis allé avec tous les présidents de groupe ». Bayrou : « Pourquoi vous sentez-vous mal ? », Cohn-Bendit : « Je ne me sens pas mal, je trouve ça ignoble de ta part parce que tu sais exactement ce qui se passe quand on est délégué européen... Ce genre de jeu devant les citoyens, eh bien mon pote je te dis : jamais tu seras président de la République parce que t'es trop minable... Trop minable. »

(B) Debout devant son pupitre, le ministre derrière lui, Lombard affirme prendre le problème à bras-le-corps et présente une série de mesures destinées à améliorer les conditions de travail.

(C) Le sang de Soumillon ne fait qu'un tour. Lemaire profite de son absence pour récupérer certains de ses chevaux, c'est de bonne guerre ! Et si lui en faisait autant ?

Les énoncés plus généralement rapportés peuvent être cités ou simplement mentionnés, et il conviendrait également de suggérer la possibilité de discours narrativisés (textes 8 et 9), mais nous nous en tiendrons là dans la présente classification. Plus spécifiquement, le fait que le discours direct soit le plus représenté demeure entièrement prévisible, d'une part, dans la mesure où celui-ci intègre une démarche qui revient à reprendre non seulement les propos qui ont été tenus, mais aussi la forme discursive qu'ils ont occupée dans le contexte de leur intervention, et, d'autre part, dans la mesure où l'emploi du discours indirect, de son côté, implique au contraire une reformulation du propos, et suppose donc une prise de responsabilité du rédacteur. Comme le rappelle a fortiori Marnette (2003 : 128) :

Ces types de discours rapporté ont pour particularité de créer une stratégie de discours qui permet aux journalistes de présenter les faits de manière directe et donc supposément objective (…), tout en paraissant détachés de ces faits en tant que rapporteurs.

Indiquons que les remarques métadiscursives (s'attachant à commenter ou à porter un jugement à la fois sur la formule et la formulation elle-même, ainsi que ce qui les contextualise), interviennent autant dans les discours cités que dans les discours citants. Pour ce qui concerne les premiers, B. Debré (1) déclare qu'« il faut replacer les choses dans leur contexte », ce à quoi l'un de ses détracteurs lui répond que, même lâchés dans l'empressement, « les mots ont un sens ». Dans un cadre analogue, F. Mitterrand (4) aurait voulu « dire les choses autrement », là où l'un des avocats de D. de Villepin (6) clame que « (l)es mots (de l'une des parties civiles) installent une violence inouïe ». De son côté, D. Cohn-Bendit (7) parle d'un « jeu devant les citoyens », et l'un des « proches » de D. Lombard (8) proteste du fait que le propos « est allé trop loin » (l'un des contradicteurs répliquant dans la foulée que « ce n'était pas un lapsus »).

Pour ce qui relève des seconds (les discours citants), et en marge du terme de « polémique », qui apparaît 7 fois dans le corpus, les rédacteurs emploient plusieurs sortes d'appellatifs (comme « formule provocatrice » en 1, « mots forts » en 2), mais n'hésitent pas, ici et là, à commenter directement la démarche pour ainsi dire verbale des personnalités, comme c'est le cas dans 3, où il est écrit que S. Royal « occupe le terrain », dans 4, où F. Mitterrand visiblement « rumine sa faute », ou par exemple dans 6, où il est indiqué que « le coup avait été (…) orchestré ». Ces commentaires deviennent encore plus significatifs quand le journaliste indique, dans 6, que si « le contenu de la charge ne surprend personne, la violence des termes, si », et parle de « règlements de comptes politiques et personnels ». De même, alors que le commentaire de 7 traite de « la violence de cet échange », celui de 8 estime que le « mea culpa (de la personnalité) est peu convaincant »8. Un tel encadrement des discours est d'autant plus révélateur dès lors qu'il s'agit de désigner « le ton » qui est donné, ce à quoi recourt l'auteur du quatrième article quand il écrit, à la toute première ligne de sa contribution : « Frédéric Mitterrand n'aura pas mis longtemps à découvrir le poids des mots en politique ».

Plusieurs procédés récurrents apparaissent dans les articles de la rubrique, en marge des genres discursifs représentés (lesquels, comme le rappelle Von Münchow (2009), sont notamment « déterminé(s) par des "champs d’activité" » des auteurs). Confirmons juste que les contributions concernées narrativisent beaucoup moins les événements relatés qu'elles ne les dramatisent à proprement parler. Autrement dit, elles construisent une trame autour de productions interlocutives qu'elles circonstancient variablement, qu'elles commentent plus ou moins, et qu'elles judiciarisent en partie (quand il s'agit de revenir sur les propos incriminés, présentant ainsi les faits à la manière d'un réquisitoire ou d'un plaidoyer dont elles convoquent les attendus et les témoins).

Parmi les procédés récurrents que nous pouvons répertorier (dont font partie l'insinuation et l'allusion, que nous ne traiterons pas ici), ceux de l'intensification, de l'intitulation et de l'amplification sont les plus généralisés. Pour ce qui relève de l'intensification, celle-ci passe notamment par les verbes, incidents ou non, qui spécifient la présence des citations. Certains d'entre eux sont peu connotés, tels que maintenir (1), annoncer (2, 4, 8), confier (3, 8) ou interviewer (5), là où d'autres impliquent une certaine intensité, comme c'est le cas par exemple de renchérir (1), insister (1, 2), assener (1, 5), s'offusquer (4), réagir (1, 4), marteler (1), lancer (3, 5, 9) ou se déchaîner (2, 3, 8), parmi lesquels on remarquera une présence significative de verbes proches du domaine juridique, comme appeler (3), plaider (5), avouer (2), défendre (1, 8) ou (contre-)attaquer (5).

L'intensification s'appuie également sur des constructions diverses, dont certaines, qui visent à mettre en scène les « petits mots » et les « petites phrases » des personnalités, rapprochent les récits impliqués des fictions narratives. C'est notamment le cas de l'infinitif dit de narration (Torterat 2008), dont voici les deux exemples (en italiques) de notre corpus (resp. des textes 1 et 3) :

« (…) Une grippette, ça veut dire qu'on n'est pas vraiment malade, qu'en aucun cas on ne peut en mourir... Bernard Debré est un bon chirurgien, un bon urologue, mais il ne connaît rien à la grippe. » Et de le renvoyer à ses livres d'histoire : « Autrefois, la grippe se disait aussi follette. (...) ».

Devant plus de six cents personnes invitées par le Parti socialiste sénégalais, l'ancienne rivale de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007 parle depuis une demi-heure lorsqu'elle lance : « Quelqu'un est venu vous dire ici que l'homme africain n'était pas entré dans l'histoire », une allusion au discours controversé prononcé par Sarkozy un an et demi plus tôt dans la même ville (lire encadré). Et Royal de poursuivre : « Pardon pour ces paroles humiliantes et qui n'auraient jamais dû être prononcées et qui n'engagent pas la France (...) ».

Ces constructions sont moins anecdotiques qu'il n'y paraît à première vue, car elles favorisent moins l'information que la diffusion qui en est effectuée, rendant ainsi l'événement au moins aussi fugace qu'informatif.

Cette intensification prend les contours d'une dramatisation de l'événement, non pas au sens où elle noircit le tableau (si l'on nous passe le mot), mais où elle construit une représentation dialogique, quasi-scénique, des productions verbales. C'est le cas de certaines citations qui reprennent les marques de l'oralité, au fil de discours cités qui apparaissent alors comme faiblement « redressés » (Torterat 2010), avec une présence plus ou moins effective des disfluences propres à l'oral :

Elle a travaillé son texte jusqu'à la dernière minute (…). Le texte, c'est sa sauce à elle (3).

Bayrou : « Très bien. Je ne suis pas sûr que vous puissiez, vous, employer le mot ignominie. », Cohn-Bendit : « Si, je peux, ça fait partie du langage » (7).

La machine s'emballe. « Ça a fait un buzz énorme dans France Telecom. En un quart d'heure, tout le monde était au courant. » (8)

Les réticences, reprises, interjections, extrapositions et autres disfluences de l'oral ne font pas toujours l'objet d'un redressement minimal, compte tenu du fait qu'il s'agit bien de montrer un discours en action, avec ce qu'il comporte d'incorrections et d'intempestivité. Nous hésiterons en revanche à en déduire que cette manière de rapporter les propos relève d'un journalisme de communication, tant cette question n'a pour le moment recueilli que des réponses peu garanties. Comme le dénonce à ce sujet Mathien (2001 : 108), « (l)e paradigme de "journalisme de communication" paraît difficilement "monnayable" en soi dans les échanges scientifiques, et a fortiori pour mesurer un changement ou une "révolution" paradigmatique, en raison de la polysémie du mot "communication" ». Effectivement, dans la mesure où la communication se définit comme « un ensemble de savoir faire relatifs à l'anticipation des pratiques de reprise, de transformation et de reformulation des énoncés et de leurs contenus » (Krieg-Planque 2006 : 34), il serait réducteur de lui faire correspondre le secteur tout entier du journalisme, ou quelque supposé genre journalistique, même si la confusion existe quelquefois chez les principaux concernés9.

Un autre procédé, courant dans les quotidiens, consiste à garnir les articles de toutes formes d'intitulations. C'est bien sûr le cas des titres et des intertitres, mais également de formules positionnées en début ou en transition de paragraphe, lesquelles donnent ici les contours des buzz qui fondent en grande partie la rubrique. Les dix intertitres présents dans la rubrique reprennent pour 70 % d'entre eux des propos cités, mais avec une certaine variété : tantôt ceux-ci relatent une phrase postérieure à l'événement, tantôt la phrase événementialisée elle-même, tantôt le commentaire d'un détracteur ou du journaliste. Mais c'est dans le corps des textes que l'encadrement et l'accompagnement des discours deviennent vraiment significatifs.

Outre la formule de première ligne que nous avons reprise du texte 4, où il s'agit du « poids des mots en politique », nous relevons les expressions de « sortie très médiatique » en 1, de « tempête médiatique » en 3 (à deux reprises), de « violente polémique » et de « lumière médiatique » en 8, ou encore de « rumeurs » en 9. Ces expressions sont généralement reprises, au fil des textes, par des mots et des locutions qui s'en font « l'écho ». Dans les Phrases de l'année du Parisien, il s'agit des éléments suivants :

Texte 1

Texte 2

Texte 3

Texte 4

Discours cité

(DCÉ)

(la) phrase

(ce) foin

(la) surenchère

(cette) phrase

discours (2)

propos (injurieux)

contenu (exact)

paroles (humiliantes)

(son/le) texte (2)

(sa) sauce (à elle)

intervention

propos

(ce genre de) propos

Discours citant

(DCT)

(ses) propos

polémique

mots forts

parodies / moqueries

pardon

discours (5)

grandes lignes

pardon

polémique

(les) mots

(ce) langage

(la) charge

scandale

amalgame

polémique

Texte 6

Texte 7

Texte 8

Texte 9

DCÉ

(ces) mots

sous-entendu

ignominie (2)

échange

bourde

expression

réponse

buzz

mot (3)

DCT

termes

(le) coup

(la) charge

(les) termes

(la) polémique

sortie

allusion

lapsus

tollé

pirouette

paroles

minidébats

débat (2)

échange (2)

allusion

déclaration

polémique (4)

(un simple) mot (3)

intervention

allocution

(flot de) paroles

mea culpa (2)

maladresse (2)

(ses) propos

apparition (publique)

Vu qu'il s'agit de traiter des faits marquants et de contribuer à leur mémorisation, pour ainsi dire à leur résonance, la présence d'intitulations diverses et des expressions qui les relayent se justifie facilement.

Certains des mots et locutions repris ci-dessus rejoignent donc tout naturellement le processus d'amplification (Cf. le media-hype de Vasterman 2005), lequel revient de contribution en contribution. Celui-ci permet en particulier d'insister sur la médiatisation du dérapage, et sur ce qui l'inscrit précisément dans un mécanisme d'enchérissement journalistique. De manière plus ou moins significative, les rédacteurs pratiquent une forme d'auto-citation, en parlant par exemple de « gros titres » (1) ou de « remous » (3), voire, en 8, d'une « machine (qui) s'emballe ». Et c'est bien de buzz dont il s'agit, que ce dernier soit désigné directement à travers le terme d'« unisson » (5), de « grand débat » (7), d'« énorme (lapsus) » (6), plus indirectement de « foule » (9), ou d'un individu qu'il convient de ne pas « laisser seul face au monde » (2). Ces amplifications en deviendraient presque lyriques, pour peu qu'on envisage les « braises encore chaudes du scandale » du texte 4, l'« essaim de micros et de caméras » du texte 6 (qui parle aussi, en désignant le tribunal, de « champ de bataille »), ou bien de la « forêt de caméras et d'appareils photo » décrite en 8.

Sur ces données, l'analyse du corpus nous conduit à faire correspondre, au terme de buzz, non pas une simple diffusion médiatique, mais une accumulation d'enchérissements diffus. Le buzz journalistique renverrait ainsi à une combinaison d'amplifications qui n'a quelquefois pour objet que de maintenir une certaine intensité, quand bien même elle porterait sur un non- ou un pseudo-événement, pour reprendre des termes répandus, ou pourquoi pas, de manière plus philosophique, sur une « pseudo-concrétude » de l'événement. Cette participation de certaines rubriques de quotidiens à la temporalité du buzz contribue à apparenter les articles de presse à des écrits en tension, comme s'il s'agissait pour ces contributions de devenir les porte-voix d'une critique immatérielle qu'elles contriburaient à re-concrétiser, à replacer au premier rang des préoccupations et des débats, autrement dit à rematérialiser. Il conviendrait sans doute, à ce titre, de distinguer le journalisme d'information de celui d'intervention, dans la mesure où les démarches qui leur correspondent ne sont pas analogues.

Dans tous les cas et sur ce point, on pourrait donner, à la suite de P. Bouvier, une version « endoréïque » de ces « phrases » et de ces « petits mots » qui persistent malgré leurs auteurs, dans une mémoire (interdiscursive) qu'un buzz éphémère a « déclenché », pour reprendre un terme du texte 3. Car ces propos existent « encore » (chapeau) par eux-mêmes, simultanément « montrés, exprimés ou masqués, à dessein, par les membres de l'ensemble populationnel » (Bouvier 2001 : 71). Comme l'explique l'analyste, « leurs expressions ou leurs réceptivités aux interpellations dépendront des contextes de l'époque », de sorte que « méthodologiquement », pour le linguiste comme pour le sociologue qui les pratiquent, « ce sera au fil d'une présence continue, d'une observation distanciée de par la nature de l'enquête, qu'une forme particulière d'échange dialogique se construit » (ibid.).

Bien que le terme de buzz soit en partie connoté péjorativement, notamment dans le milieu de la presse quotidienne « papier », cette tendance rédactionnelle existe sur tous types de supports, y compris ce dernier. La rubrique du corpus ici présenté s'affranchit d'une éventuelle critique en profitant de l'ambiance pour ainsi dire festive de la période du Nouvel an, et en invitant les lecteurs à envisager les contributions concernées sous l'angle du divertissement. Un tel inventaire montre pourtant de quelle manière certains journaux quotidiens se saisissent de propos individués, à la faveur d'une compilation d'instantanés d'opinion publique. En partie liés à l'éphémère, qui est l'« un des principaux médiathèmes publicitaires » (Drouet 2003 : 124), ces morceaux choisis témoignent à notre sens de la tendance qu'ont certains faits médiatiques de se politiser au gré de citations plus ou moins replacées dans leur contexte (Lèbre 1992, Meteva 2002), avec pour principal enjeu de faire « circuler » de (possibles) erreurs propres à la communication, notamment dans le cadre de la publicité politique.

Dans la mesure, effectivement, où agir politiquement revient à « mettre en scène », l'intervention inappropriée provoque une rupture de l'information politique, en ceci qu'elle témoigne du fait que les locuteurs impliqués ont, dans un court instant, oublié ou écarté le fait de produire un discours « sur mesure », mésestimant ainsi, pour d'aucuns, la portée de leur propos (mais aussi la longévité des représentations collectives). Or, à l'heure où les personnalités, en particulier politiques, tentent d'infléchir l'agenda médiatique et de le co-produire en partie (Champagne 1995, Neveu 2003), l'événementialisation du dérapage verbal est l'une des contreparties de la connivence qui s'établit entre discours politique et discours journalistique, qui s'influencent mutuellement, et s'assortissent ici et là de ce que nous appellerons volontiers un esprit de forum. A ce titre, là où la déclaration politique revendiquée comme telle rejoint un collectif d'opinion, le dérapage en donne une version singulière, pour ainsi dire une forme de contradiction.

Ces « petites phrases » prennent une dimension sociétale en ceci qu'elles sont plus ou moins révélatrices d'un point de vue, et d'une certaine manière d'aborder, le temps d'un propos marquant, l'altérité du tiers, voire une communauté d'opinion. Pour autant, ces démarches s'inscrivent dans une certaine pluralité, ce qui nous incite à dépasser une version sociocentrée ou médiacentrée de la communication politique.

Une rubrique telle que celle des « phrases de l'année » procure quoi qu'il en soit un échantillon représentatif des déclarations quotidiennes telles qu'elles sont pratiquées dans le monde politique et par ailleurs, tout en restant un mode de médiation possible dans la chaîne communicationnelle (Cf. Sovea 2007, qui parle de « brouillage »). Il paraîtrait toutefois hasardeux d'en faire le reproche aux médias qui en font une publicité régulière, dans la mesure où ces « petites phrases » représentent autant un objet du discours médiatique que du discours politique.

Qu'on nous permette dans cette vue de clôturer cette brève analyse par la reprise, non pas de la formule incriminée, mais de la conclusion qu'en tire l'une des personnalités citées dans la rubrique, à savoir Frédéric Mitterrand (3), lequel est ministre de la Culture. Celui-ci déclare, non sans une certaine ironie :

ce qui me surprend, ce n'est pas l'intensité de la violence en politique, c'est sa permanence.

Cette phrase-là vient à contre-courant, à moins que ce point de vue ne soit dû à la « sensibilité très singulière », comme l'écrit le rédacteur de l'article, d'une personnalité que les ressorts de la publicité politique auraient pris tout à coup au dépourvu. Le buzz journalistique : un fâcheux contretemps pour le monde politique ou la possibilité, en passant, d'« occuper le terrain » ? Sans doute les deux à la fois.



Liste des références bibliographiques

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Notes de bas de page


1 Voici la liste des intitulés : « Bernard Debré : "La grippe A reste une grippette" », par Hélène Bry (21-12) ; « Henry : "La solution la plus équitable serait de rejouer le match" », par David Opoczynski (22-12) ; « Ségolène Royal : "Quelqu’un est venu ici vous dire que l’homme africain n’était pas entré dans l’histoire. Pardon pour ces paroles humiliantes" », par Rosalie Lucas (23-12) ; « Frédéric Mitterand : "L’arrestation de Polanski est absolument épouvantable" », par Nathalie Segaunes et Pierre Vavasseur (24-12) ; « Christophe Soumillon : "J’ai douze heures pour perdre trois kilos" », par Clotilde François (25-12) ; « Dominique de Villepin : "Je suis ici par l’acharnement d’un homme, Nicolas Sarkozy" », par Timothée Boutry et Geoffroy Tomasovitch (28-12) ; « Cohn-Bendit à Bayrou : "Mon pote, je te dis : jamais tu seras président de la République, parce que t’es trop minable" », par Béatrice Houchard (29-12) ; « "Il faut mettre un point d’arrêt à cette mode du suicide" : Didier Lombard, au cours d'une conférence de presse le 15 septembre 2009 », par Sébastien Lernould (30-12), et « Michael Jackson : "This is it" », par Hubert Lizé (31-12). L'ensemble du corpus est accessible à partir de l'url suivante (juin 2010) : http://www.leparisien.fr/politique/les-phrases-de-l-annee-2009-29-12-2009-759418.php. Nous remercions A. de Georges pour sa relecture d'une première version du présent article.
2 Rappelons que le « roi de la Pop », M. Jackson, est mort peu après avoir dit « This is it » (C'est fait !), laissant entendre alors que les difficultés se trouvaient derrière lui.
3 Cf. Lopez-Muňoz (2006), qui parle au sujet des forums d'un « caractère foncièrement immédiat et fugace », voire de « principe d'immédiateté ».
4 Voici la définition qu'en donnent Potvin et al. (2008 : 32) : « il y a dérapage lorsqu'un discours contient un ou plusieurs de ces mécanismes [qu'ils énumèrent, comme la dichotomie négative, l'infériorisation, la généralisation ou la victimisation, etc.], qu'ils soient explicites ou implicites ». Nous ne souscrirons pas à ce point de vue, qui à notre sens recoupe des « mécanismes » très disparates.
5 Cela vaut bien sûr pour ce qu'on nomme le « métajournalisme », à propos duquel Lemieux (2000 : 99) indique que « les médias méritent (aussi) d'être critiqués pour leurs dérapages », ce que pratique par exemple l'Observatoire Acrimed, sur le site duquel on trouve notamment la critique d'un « dérapage mémorable » à l'URL : http://www.acrimed.org/article1444.html. A noter que d'autres initiatives citoyennes existent, ainsi sur Mediapart à l'URL : http://www.mediapart.fr/club/blog/helene-g/120909/kestudi-derapages.
7 Franck Nouchi conclut son article sur le commentaire suivant : « Cela [les résultats du scrutin], visiblement, les « éléments de langage » arrêtés en début de soirée ne permettaient pas de l'admettre », donnant ainsi une connotation juridique à l'euphémisme employé par l'un des responsables politiques, pour désigner les consignes du chef de l'Etat. L'euphémisme cité par le chroniqueur du Monde n'a d'ailleurs pas tardé à circuler dans la presse, à la manière précisément d'un buzz, comme en témoigne cet extrait d'un article de Christine Ollivier, « Modestie de rigueur à l'UMP », paru dans France Soir du lundi 22 mars 2010 (page 4) : « Ballet de voitures officielles à Matignon. De Rama Yade à Eric Besson en passant par Roselyne Bachelot et Eric Woerth, les ténors de la majorité sont venus chercher leurs « éléments de langage » avant de partir sur les plateaux de télévision ».
8 Il serait opportun de faire une analyse lexicométrique des mea culpa présents dans le domaine de la publicité politique, en lien notamment avec le principe de responsabilité et les différentes médiations sur lesquelles ils prennent appui. Concrètement, le mea culpa constitue plus qu'une « excuse » aux dérapages verbaux diffusés dans la presse : intimement lié à l'identité d'une communauté politique, il renvoie à ce que nous appellerons volontiers un rattrapage auquel les médias prennent diversement part, éventuellement du fait des consignes qui leur sont données par les équipes de rédaction.
9 En témoigne cet extrait d'un autre article du même France Soir que nous citons supra en note (rubrique anonyme « L'Homme du jour », page 6) : « Organisée par le ministère de l'Education nationale et le Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information (Clemi), la Semaine de la Presse a pour but de favoriser la rencontre entre le monde éducatif et celui de la communication ».



Pour citer cet article


Torterat Frédéric. Quand la publicité politique se confronte au buzz journalistique : le cas des dérapages verbaux traités dans une rubrique de quotidien. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 5. Communication et discours politiques : actualités et perspectives, 5 juillet 2010. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=1807. ISSN 1308-8378.




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Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378