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4. Visions du monde et spécificité des discours

Editorial
Publié : 16 janvier 2010

Présentation du numéro



Les langues segmentent diversement le continuum du réel qui entoure les diverses communautés linguistiques et chaque discours encode une vision du monde.

La formation des concepts dans une langue informe sur le mode selon lequel le monde s'organise pour la communauté linguistique qui la parle, sur l'existence des zones directement conditionnées par l'organisation sociale et historique spécifique.

Le 4-ème numéro de la revue Signes, discours et sociétés propose une réflexion sur les indices de ce découpage spécifique identifiable aussi bien en langue que dans les réalisations discursives.

Conçu comme une exploration des visions du monde que nous héritons à travers la langue et de leurs reflets dans les diverses communautés linguistiques le présent numéro réunit une diversité d'articles qui relèvent de positionnements et d''approches différents.

Dans sa contribution, Melchior Ntahonkiriye s'attache à investiguer l'alternance codique dans la société diglossique postcoloniale de Burundi et montre que l'alternance des différents segments linguistiques est en rapport direct avec le poids social, politique et culturel associé aux deux systèmes culturels en contact.

L'article de Mamadou Diakité se propose de démontrer que la traduction peut être utilisée comme opérateur de positionnement et exprimer des relations conflictuelles autour d'enjeux socio-politiques.

Eve-Marie Goepfert analyse le travail de définition et de traduction du phénomène de peopolisation par les narrateurs des récits médiatiques et s'oriente vers la médiatisation d’un évènement privé qui mobilise monde civique, monde de l’opinion et monde domestique, en construisant les contours d’un évènement et de personnages.

Fred Hailon aborde dans son article l’idéologie du discours journalistique qui porte sur la qualité de l’altérité dans la presse d'information quotidienne en France. Il étudie les représentations politiques à partir du commentaire dans l’énonciation et à travers les marques d’altérité que le locuteur de presse pose dans son discours. Ces mises à distance entre mots autres et mots « à soi » permettent de prendre en compte une circulation entre supports, ceux-ci construisant ainsi leur image de discours argumenté.

A travers l’observation de certaines productions journalistiques, Nabila Bestandji analyse les stéréotypes en tant que pivots placés au centre de tout processus de dénomination/interprétation de la réalité et porteurs de valeurs spécifiques d'une société. Le stéréotype véhicule des valeurs spécifiques à une communauté et assure « une description du sens en usage, fondée sur une reconnaissance de la norme sociale et culturelle ». Il participe à la compréhension des individus impliqués dans le processus d’interprétation / compréhension du réel.

Valérie Bonnet pose que le discours médiatique en général et le discours de la presse sportive en particulier constituent de puissants relais des stéréotypes, qu’ils entretiennent et renforcent. L'auteure s'intéresse à la vision de certaines nations européennes que proposent les médias sportifs à travers  les stéréotypes qui  permettent de construire une identité et de fonder la communauté constituée par le lectorat de la presse sportive.

Considérant que les readymades linguistiques laissent apparaitre une vision du monde qui repose sur des préconstruits culturels, Christine Pernet étudie, à partir d’un corpus de textes de catalogues de jouets, ces expressions qu'elle rapproche des stéréotypes et qui peuvent constituer non seulement des moyens entrant dans la construction des stratégies persuasives mais aussi des indices des représentations de l’auditoire dans les discours issus du champ promotionnel.

Edgard Abesso Zambo relève dans sa contribution que le discours jurisprudentiel francophone camerounais convoque  des termes et des constructions appartenant aux langues camerounaises qui constituent des stéréotypes culturels profondément ancrés dans le contexte socio-culturel analysé.

 Nourredine Bakrim étudie  la construction des identités individuelles sous la contrainte des différents préconstruits énonciatifs dans ce genre textuel et discursif particulier qui est le Curriculum Vitae.

Patrick-André Mather s'intéresse au fonctionnement spécifique des règles conversationnelles dans des cultures différentes ce qui peut constituer une source importante de malentendus. Pour ce faire l'auteur brosse un tableau d’une réalité culturelle, linguistique et pragmatique de la société portoricaine, à savoir une façon bien particulière de s’exprimer et d’interpréter les intentions de ses interlocuteurs.

Patricia von Münchow défend dans son article une position consistant à opposer la langue au discours lorsqu’il s’agit d’établir leur rapport avec la/une culture et montre comment l’articulation de ces trois éléments peut être conçue à l’intérieur de l’approche transculturelle qu’est la « linguistique de discours comparative ». L'auteure explique comment on arrive à accéder à ce qu’on appelle des « cultures discursives » à partir de l’étude des genres et  met en évidence la nature mobile de la notion de « culture discursive » en linguistique de discours comparative.

Toutes ces approches et tous ces angles d’attaque différents montrent bien la multiplicité des regards qu’on peut poser sur la problématique complexe des rapports entre la langue et les visions du monde, aussi bien du point de vue des paradigmes théoriques que du point de vue des contextes d’analyse possibles. Les parcours proposés par les auteurs des articles dans ce numéro de Signes, discours, sociétés enrichissent la mosaïque des recherches sur les découpages linguistiques et discursifs de nos visions du monde et nous offrent une diversité riche de sens, de perspectives d’analyse mais aussi d’objets d’analyse et, enfin, d’écritures académiques, tributaires certainement aux différents horizons de pensée de leurs auteurs. Nous saluons cette diversité et vous souhaitons bonne découverte de sa consistance !

Le comité de rédaction



Pour citer cet article


Présentation du numéro. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 4. Visions du monde et spécificité des discours, 16 janvier 2010. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=1432. ISSN 1308-8378.




GSU   Ovidius   Turku   Nantes   Agence universitaire de la Francophonie
Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378