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4. Visions du monde et spécificité des discours

Article
Publié : 11 janvier 2010

Le stéréotype dans la presse sportive : vision de l’identité à travers l’altérité


Valérie Bonnet, Maître de Conférences en Sciences de l’Information et de la Communication, Université Toulouse 3, Laboratoire d'Etudes et de Recherches Appliquées en Sciences Sociales, équipe Psycom, valerie.bonnet@free.fr

Résumé

Le discours de la presse sportive est un puissant relais des stéréotypes, qu’il entretient et  accentue. Le compte-rendu médiatique accentue la métaphore des relations intergroupes qu’est la compétition sportive, schéma d’opposition structurel inhérent à ce système de pratiques doublé d’un système de représentations et de valeurs que constitue le sport. Les stéréotypes constituant de puissants indices de lisibilité du discours, ils possèdent également une dimension axiologique qui renvoie aux valeurs sportives. Les images langagières évoquant les entités nationales, s’adjoignent d’autres mythes qui viennent justifier les correspondances entre le jeu et les particularités de chaque nation. Nous proposons donc de nous intéresser à la vision des nations européennes que proposent les médias sportifs en nous intéressant à une pratique particulièrement territorialisée : le rugby. Le petit monde du rugby européen se connaît donc bien, et développe une identité hémisphérique par rapport aux nations du Sud, les compétitions internes à l’espace du vieux continent occasionnant également la construction d’images de l’autre comme d’une image de soi.

Abstract

The speech of the sports press is a powerful relay stereotypes, it maintains and enhances. The report highlights the media metaphor of intergroup relations that is the sporting competition, opposition structural pattern inherent in the system of practices coupled with a system of representations and values that constitute the sport. Stereotypes are powerful indicators of clarity of speech; they also have a psychological dimension which refers to sporting values. The language evoking images of national entities adjoin themselves to other myths that form the basis matches between the game and the peculiarities of each nation. We therefore propose to concern ourselves with the vision of European nations that offer the sports media in our interest to a particular practice territorialized: rugby. The small world of European rugby knows so well, and develops an identity by comparison with hemispheric nations of the South, competitions internal space of the old continent also causing the construction of images of the other as an image of itself.


Table des matières

Texte intégral

Le discours médiatique est un puissant relais des stéréotypes, qu’il entretient, renforce. Parmi les différents discours des médias, le discours de la presse sportive est particulièrement sujet à ce phénomène. En effet, le compte-rendu médiatique accentue cette métaphore des relations intergroupes qu’est la compétition sportive, schéma d’opposition structurel inhérent à ce système de pratiques doublé d’un système de représentations et de valeurs que constitue le sport. Les raisons en sont fonctionnelles : les stéréotypes constituant de puissants indices de lisibilité du discours (en ce qu’ils constituent un code sémiotique facilitant au sein de la communauté des lecteurs-amateurs), ils possèdent également une dimension axiologique qui renvoie aux valeurs sportives. Aux images langagières évoquant les entités nationales, s’adjoignent d’autres mythes qui viennent justifier les correspondances entre le jeu et les particularités de chaque nation. Sont ainsi exhumées les dynamiques autoréférentielles (stéréotypie endogroupale), mais aussi différentielles, voire, dans le meilleur des cas, comparatistes (stéréotypie exogroupale, dynamique identité/altérité).

Nous proposons donc de nous intéresser à la vision des nations européennes que proposent les médias sportifs français en nous attachant à une pratique particulièrement territorialisée : le rugby. En effet, les compétitions européennes rugbystiques sont des terrains d’identité et d’altérité, ce sport étant majoritairement pratiqué dans les îles britanniques, dans le sud de la France, et de manière marginale, en Italie du Nord. Le petit monde du rugby européen se connaît donc bien, les compétitions internes à l’espace du vieux continent occasionnant également la construction d’images de l’autre comme d’une image de soi. Autre point d’intérêt, le Tournoi des V élargi aux VI Nations (Angleterre, Écosse, France, Irlande, Pays de Galles, Italie), compétition fondatrice du rugby européen, présente la particularité de faire s’affronter les nations et non les clubs, ce qui constitue un intérêt méthodologique non négligeable en matière d’analyse des stéréotypes nationaux en Europe.

Dans ce dessein, seront dépouillés deux corpus : l’un diachronique (50 ans – 1954-2004 – de chroniques du Midi Olympique, l’hebdomadaire français du rugby1) afin d’évaluer la pérennité ou l’évolution des phénomènes observés, et l’autre « synchronique » qui nous permettra d’effectuer une analyse contrastive de ceux-ci (les comptes-rendus de matchs de 2004 et 2005 proposés par le site internet Sports.fr2). Le corpus exploité étant français, seront analysés en priorité les comptes rendus de matchs impliquant la France, notre problématique étant centrée sur la dynamique identité/altérité.

Au plan méthodologique, seront convoquées les notions de stéréotype, de lieu commun, de stéréotype discursif et de cliché3. Le stéréotype étant une notion transverse qui touche, entre autres, la stylistique, l’analyse de discours et la psychologie sociale, ce sont ces différentes disciplines qui seront sollicitées. En raison du terrain qui est le nôtre, nous référerons également à la sociohistoire du sport. Si les deux premières disciplines nous fournirons les outils nécessaires à l’analyse discursive, les deux dernières permettront de déterminer les soubassements et les mécanismes des processus de stéréotypisation étudiés. En  effet, comme le souligne Semprini (1994 : 8) à propos du lieu commun, mais cette remarque est aisément transposable au stéréotype, nous sommes face non pas à de « simples saisies  représentationnelles du monde », mais  à une activité réflexive socialement située, « réflexive parce qu’ayant un effet en retour sur les acteurs qui l’ont eux-mêmes engendrée et socialement située, parce que non analysable en dehors de la situation  (…) qui en a rendu possible l’émergence ».

Après avoir fait l’inventaire des stéréotypes touchant les équipes engagées dans la compétition, et analysé leur mode de construction textuelle, nous nous attacherons à en déterminer la causalité avant de nous pencher sur la fonctionnalité de ceux-ci. Enfin, ce travail nous permettra de nous attacher à la permanence de certains stéréotypes, et d’élargir notre propos à la problématique des mécanismes présidant à leur énonciation, à leur appropriation et à leur reprise.

Le milieu du rugby a coutume d’établir des ponts entre le style de jeu et la nation qui produit celui-ci ; ces liens présentés comme les soubassements explicatifs d’un comportement sur le terrain, présentent, dans les faits, un fort caractère évaluatif. Les médias procèdent à cette évaluation par l’exploitation de stéréotypes, de clichés et de lieux communs touchant tant la pratique que les joueurs. Cependant, l’examen du corpus fait curieusement émerger un déséquilibre dans la construction de ces éléments doxiques : s’ils sont pléthore à propos des nations anglaises et françaises (ainsi que l’indique le corpus ci-dessus), si, dans une moindre mesure, les Irlandais subissent un traitement similaire4, on constate que les Italiens, les Gallois et les Écossais sont curieusement absents de cette galerie de stéréotypes.

Plus globalement, les autres participants britanniques au Tournois des VI Nations forment une masse indistincte, définie par référence aux Anglais ou, dans le meilleur des cas, aux Irlandais (ainsi, les Gallois sont présentés comme « les cousins des Irlandais » (Sports.fr, Irlande/Galles – 19/03/2005))5.

Il semblerait donc que le discours de l’altérité construit par les médias soit fondé sur une polarité franco-anglaise, par assimilation des quatre autres nations à l’Anglia6.

C’est donc à ces deux nations que nous allons nous intéresser.

Il ressort de l’analyse du corpus que les rugbymen du XV de la Rose sont de rudes adversaires, vaillants, de véritables machines à gagner caractérisées par leur absence de sentiments, de solides gaillards qui ne craignent pas l’affrontement physique : le « XV de la Rose (...)  fait rarement des sentiments » (Sports.fr, France/Ecosse  – 05/02/2005), il joue « sans fioritures et en force... » (Sports.fr, France/Angleterre  –13/02/2005), de manière « trop simpliste » (Midi Olympique, France/Angleterre – 1977). Si « le rugbyman britannique n'est pas un combattant qui se rend, sans avoir épuisé toutes ses ressources » (Midi Olympique, France/Angleterre – 1970), les Anglais sont aussi « prévisibles, stéréotypés à l'excès dans leur roborative tactique de perce-muraille au ras des regroupements » (Sports.fr, France/ Angleterre  – 27/03/2004).

En ceci, ils seraient l'antithèse des Français :

Durant une première période d'un rêve bleu, ils ont pris une véritable leçon de rugby total et conquérant, assaisonnée de ce fameux French Flair, celui qu'ils ne posséderont jamais. (Sports.fr, France/Angleterre – 27/03/2004).

Les Français, quant à eux, sont présentés comme de véritables artistes : on évoque le « petit Mozart castrais », ou un « récital du Stade de France » (Sports.fr, France/Ecosse – 09/02/2005). Leur jeu est empli de  « rythmes » (Midi Olympique, France/Angleterre – 1996), alimenté par la « petite musique des passes » (Midi Olympique, France/Irlande – 2002), car la France sait faire « chanter son jeu » (Midi Olympique – Galles/France – 2000), créer « une symphonie » (Midi Olympique, France/Irlande – 2002).

Si l’allégorie musicale semble être l’artefact le plus couramment utilisé dans la description du jeu français, d’autres domaines artistiques sont également convoqués dans les constructions métaphoriques quasi lexicalisées, qui ressortent du cliché : on évoque un « échange d'orfèvre » (Sports.fr, France/Italie   – 19/03/2005), ou encore un essai « considéré, à juste titre, comme un petit chef-d’œuvre » (Midi Olympique, France/Galles -1957)…

Le stéréotype discursif musical, associé au cliché artistique sur lequel il s’appuie, alimentent le stéréotype et autorisent une qualification des qualités des joueurs au croisement des champs artistiques et sportifs ; sont évoqués le brio, le panache, la virtuosité, le talent des joueurs français.

En effet, en s’appuyant sur le lieu commun qui présente la virtuosité du sportif comme une pratique artistique, ces métaphores musicales, naturalisées en stéréotypes discursifs, participent de l’élaboration du stéréotype, construction de lecture qui apparaît par l’assemblage d’éléments épars au sein du discours médiatique. Le but de celle-ci est double, construire une image, une identité du rugby français, et inscrire la pratique du XV de France dans un style :

  • Les Bleus revenaient à la hauteur des Gallois grâce à un drop victorieux de Frédéric Michalak, ultime hommage à Jean Prat7. (Sports.fr, France/Galles   – 26/02/2005).

  • Boniface, qui se retrouvait ailier, avait d’abord conclu un bel essai classique8 (Midi Olympique, France/Irlande – 1956).

Ce rapide examen des attributions endogroupales fait émerger une qualification esthétique des phases de jeu comme des actions françaises :

  • Vannier s’intercala dans l'attaque, échappa à trois ou quatre Gallois, d'un coup de rein superbe. (Midi Olympique, France/Galles -1957).

Cependant, tout comme les Anglais, les Français sont présentés comme possédant les défauts de leurs qualités ; ils sont perçus comme étant souvent imprévisibles, parfois décevants, ainsi que le souligne C. Pociello :

par un processus spontané de positionnement culturel – ou par l’imposition de stéréotypes nationaux –, on lui prête volontiers cette capacité déconcertante d’initiatives individuelles, développées dans le cadre d’une discipline collective – assez lâche au demeurant – et portant à l’inventivité à la turbulence et à la prise de risques dans un goût vivace de l’offensive. (Pociello, 1998 : 156).

Il convient de souligner ici le contraste dans la composition textuelle du stéréotype anglais et du stéréotype français. En effet, ce dernier émerge par une construction de lecture, un calcul interprétatif des métaphores, des clichés et réfections de clichés. Les faisceaux d’analogie dégagés et articulés entre eux permettent l’instauration d’une nouvelle vision du monde (cf. Le Guern, 1973 : 96) par une exploitation de certains des effets pragmatiques de la métaphore qui permettent la modification de systèmes de valeur (comparer quelqu’un à un concertiste n’est pas le comparer à une muraille), l’imposition d’une manière de voir. En effet, le pittoresque de la métaphore lui confère un fort rendement heuristique et cognitif. Si la répétition en affaiblit le caractère pragmatique, et le conduit à devenir un stéréotype discursif, cet affaiblissement est compensé par la capacité qu’a le stéréotype à transformer la mémoire  collective par naturalisation, et à structurer notre manière de voir (cf. Lakoff & Johnson, 1985). En ceci, l’exploitation de métaphores trouve sa conjonction avec l’activité créatrice du lieu commun, qui, ainsi que nous l’avons signalé précédemment, est institutrice de mondes9.

Toute compétition sportive suppose des relations intergroupes concurrentes, qui induisent des revendications d’identité 10 dont l’expression est explicitée et radicalisée par cette forme de relations agonales qu’elle constitue. Cette radicalisation se matérialise, non pas par l’exagération, mais par une forme de dépouillement, d’épure qui ne montre que l’essentiel. Il semblerait donc que cet essentiel, aux yeux de la presse sportive, soit, dans le cadre du Tournoi des V(I) Nations, l’opposition sportive entre la France et l’Angleterre :

La thèse de l'accident face aux Gallois retenue, rien de mieux qu'un succès face à l'ennemi intime français pour se remettre d'aplomb et se relancer après cette septième défaite en douze matchs. (Sports.fr, France/Angleterre  – 13/02/2005).

En effet, l’analyse du corpus indique que les matchs France/Angleterre charrient un nombre de stéréotypes bien supérieur aux autres rencontres. Bien plus, aux stéréotypes touchant ces deux nations, il convient d’ajouter les stéréotypes concernant les rapports entre celles-ci.

Cette opposition axiale, tout comme la construction de l’identité française, est marquée par la forte présence de métaphores. Cependant, à la différence des métaphores ontologiques, ces métaphores s’appuient sur l’histoire de ces deux nations. En effet, les conflits qui ont émaillé les relations entre la France et l’Angleterre donnent aux journalistes de nombreuses opportunités de métaphores guerrières, forme de recadrage ludique11, dont la bataille de Fontenoy et  des guerres napoléoniennes constituent les bornes temporelles :

Mais, au coup de sifflet final, l'équipe de France conservait trois petits points d'avance, une marge suffisante pour conclure une campagne parfaite lors du Tournoi des VI Nations 2004. Cette fois-ci, ce sont les Français qui ont tiré en premier... (Sports.fr, France/Angleterre   – 27/03/2004).

Il était, une fois, un petit caporal, qui s'empara d'une armée en déroute et qui, rappelant ses grognards disponibles revenus de toutes les retraites, s'en fut sur les chemins du tournoi cueillir successivement le chardon, le trèfle et le poireau pour finir par la plus recherchés des fleurs, la rose. (Midi Olympique, Angleterre/France –1981)12.

Ce procédé proche de la captation13 permet de donner toute sa dignité à cet affrontement. En convoquant la grande histoire par le biais de stéréotypes discursifs (« tirer les premiers », « une armée en déroute », « le petit caporal »), l’affrontement franco-anglais prend une importance qui dépasse la simple opposition sportive. La dimension dialogale de ce procédé, fondé sur l’exploitation d’un espace socioculturel, lui permet d’élaborer une médiation symbolique  visant à doter l’identité française de valeurs positives14, phénomène également perceptible dans les inversions de clichés :

  • À 13-9, la victoire restait possible aux cœurs anglais, mais Jean Prat achevait l’Anglais par un drop perfide15. (Midi Olympique, Angleterre /France – 1955).

  • C'était non seulement rapide, saisissant, imprévu, mais plein de virtuosité foudroyante et secrète, comme tout ce début de rencontre, dominé au possible par l'armada française.  (Midi Olympique, France/Irlande – 2003)

  • Clive Woodward, l'entraîneur du XV de la Rose, avait fanfaronné16 toute la semaine précédant le match. (Sports.fr   –27/03/2004)

Le lieu commun de l’ennemi intime anglais émerge en partie de relations antérieures, reformulées et reformatées au contexte d’interaction. Cette exploitation d’un modèle  préexistant par les journalistes français, cette « appropriation située » (Semprini, 1994 : 9) rendue disponible pour le lecteur, possède une causalité fonctionnelle : elle permet, in fine, de valoriser l’identité française. Et, dans les faits, le topique du petit caporal croise le lieu commun du petit dont l’audace assure sa victoire sur le grand, archétype largement présent dans l’imaginaire socio-culturel.

Le stéréotype endogroupal français ainsi construit par le faisceau des lieux communs, clichés et métaphores prend sa source dans l’histoire du Tournoi des 6 Nations. Selon Pociello (1998), l’Équipe de France, aux alentours de 1900, était composée d’athlètes fins, graciles, individualistes et rapides, n’avait d’autre choix que d’opter pour un style de jeu différent de celui imposé par les adversaires britanniques, qui recherchaient un combat physique direct17. Par la suite, ce comportement sur le terrain sera essentialisé par la doxa qui en fera la marque des Français. Production circonstanciée, engendrée par l’interaction entre les équipes, ce stéréotype sera relayé et naturalisé par ces acteurs que sont les médias, connaissant ainsi la pérennité que l’on sait. Nous pouvons dès lors poser l’hypothèse d’un soubassement contrastif du stéréotype.

Ceci explique en définitive pourquoi les rapports entre la France et l’Angleterre sont davantage producteurs de stéréotypes que les rapports entre les autres nations18.

La psychologie sociale définit les stéréotypes comme des croyances partagées concernant les caractéristiques personnelles, généralement des traits de personnalité, mais souvent aussi des comportements, d’un groupe de personnes (Leyens, Yzerbyt & Schadron, 1994). Dans cette perspective, parler de « stéréotypes » fait référence à la fois à un contenu mais aussi à un processus de stéréotypisation, c’est-à-dire à un mécanisme psychosocial qui amène les personnes à élaborer des stéréotypes.

C’est ce processus qui nous intéresse ici. Tajfel (1978) montre que les individus aspirent à une identité sociale positive, i. e. ils veulent appartenir à des groupes socialement valorisés. Le critère de la valeur n’est donc pas absolu, mais relatif : l’endogroupe a de la valeur s’il est perçu comme supérieur à l’exogroupe ; sa valeur est donc construite en oeuvrant à cette supériorité. Parmi les stratégies visant à résoudre les effets, préjudiciables à l’estime de soi, d’une identité sociale négative, il convient de citer la créativité sociale, qui permet aux membres de l’endogroupe de réinterpréter positivement les caractéristiques de celui-ci, ou de créer de nouvelles dimensions de comparaison qui pourront les avantager (Bourhis, Gagon & Moïse, 1994) et la redéfinition des attributs, par laquelle le groupe désavantagé définit ses attributs négatifs traditionnels comme appréciables. (Capozza & Volpato, 1994 : 33-34).

Le stéréotype est ici l’un des outils de mise en œuvre de ces stratégies collectives, tout comme ces stratégies collectives participent du processus de stéréotypisation. La valeur constituant un critère relatif, l’inversion axiologique ne fonctionne pleinement que s’il est des éléments de comparaison, d’autant que les relations agonales générées par la compétition suscitent les besoins de revanche, autre élément de réévaluation de l’identité sociale. La réécriture du cours de l’histoire, la référence aux mythes qui exploitent une modification des rapports de force oeuvrent donc dans ce sens tout comme ils soulignent la définition contrastive dégagée plus haut. La réinterprétation positive des caractéristiques de l’équipe de France (vitesse, improvisation, jeu d’évitement, individualisme), la redéfinition de celles-ci comme appréciables, le déplacement de la comparaison du paradigme techniciste au paradigme stylistique, permettent aux médias de disposer d’un schéma explicatif et justificatif des maladresses françaises face à la forte technicité de leurs adversaires.

Cependant, on peut se demander pourquoi cette construction contrastive ne touche que les Anglais, et non les autres membres du Tournoi. Hamilton (1981) montre que nous sommes sensibles aux données saillantes de notre environnement, et que ce phénomène est fondamental dans les phénomènes de catégorisation et de stéréotypisation. Ainsi, l’équipe d’Angleterre possédant une position prédominante dans le Tournoi des V, puis des VI Nations, elle focalise l’attention des commentateurs. Ce phénomène trouve dans le substrat des relations conflictuelles des deux pays un terreau particulièrement fertile à la pérennisation de cette opposition. En effet, comme le souligne Pociello « les journalistes sont très habiles pour dégager la thématique folklorique du choc des communautés, des classes ou des races. » (Pociello, 1983 : 278).

Cette construction axiale, qui s’appuie sur un substrat politico-historique, répond également d’une nécessité journalistique. En effet, le journaliste effectue une épure des figures qu’il exploite, une forme de bipolarisation des relations agonales qui répond d’une logique d’économie de moyens, et dans laquelle les Anglais représentent l’archétype de l’adversaire. Ce point est justifié par la célèbre enquête de Tajfel et Wilkes (1963) qui montre que la catégorisation d’objets en classes distinctes accentue tant les différences entre les classes (effet de contraste) que les ressemblances au sein de classes (effet d’assimilation)19.

La conception axiale dégagée précédemment rejoint la notion de style de jeu (cf. supra). Selon Pociello (1983, 1995, 1998), celle-ci est générée par la nécessité de dramatisation des duels sportifs, phénomène qu’il a dénommé « l’effet Carpentier »20 :

Produit à la fois par la dissymétrie des morphologies et par la recherche inéluctable de l’opposition des styles, le dit effet facilite la distribution des rôles entre les protagonistes du drame. (Pociello, 1983 : 233).

Cet effet Carpentier, qui encourage les processus de catégorisation des protagonistes, permet de surcroît un effet de jubilation qui ressort de diverses dimensions (esthétiques, éthiques, culturelles). En d’autres termes, il donne tout son sel au spectacle sportif, et on comprend tout l’intérêt qu’il présente dans le compte rendu médiatique, d’autant qu’il est aisément rattachable aux schémas socioculturels fortement présents dans les mythes, dont certains ont été évoqués plus haut. Dès lors, si l’émergence d’une manière de jouer a été imposée par la réalité du terrain, la pérennité du stéréotype ainsi généré est à imputer aux ressorts même du sport comme aux nécessités journalistiques. Cette pérennité passe par la notion de style, forme d’essentialisation de cette manière d’être. Ce processus d’essentialisation permet non seulement de donner une stabilité à la structure du réel ainsi créée, il autorise également une différenciation plus marquée entre catégories. Le « nous » se distingue alors du « eux », non pas grâce à de simples attributs de surface, mais à des essences qui leur donnent sens (cf. Corneille & Leyens, 1994 : 54).

Essentialiser passe, entre autres, par l’acte de dénomination21, ce qui sera chose faite au cours des années 60, durant lesquelles apparaît l’expression French Flair :

L’expression nous vient des Anglais, eux, si fortement imprégnés de logique, de discipline et d’analyse tactique. Il leur fallait trouver un mot pour désigner cette capacité française à apporter au jeu une touche d’extravagance inexplicable, sortie de nulle part, absente de tous les manuels techniques. En même temps, stigmatisant l’effronterie désordonnée des Français, les Britanniques ne cachaient pas un soupçon de moquerie. (Herrero, 2003 : 213)

Ces stéréotypes rugbystiques français trouvent leur substrat dans les stéréotypes nationaux22 :

Ces (…) stéréotypes d’ « indiscipline », de « fierté » et de « panache » seront (…) attribués aux Français comme autant de défauts rédhibitoires par les Britanniques. Ceux-ci nous reprochent en effet (…) ce besoin inouï de parade dans les guerres et ce goût, pour eux inexplicable, de la « mise en scène » dans tous les combats au cours desquels nous avons toujours fait preuve, à leurs yeux, d’une insupportable « arrogance ». Les Britishs stigmatiseront cette fâcheuse tendance des Français à déployer exagérément tous ces signes dans les sports, comme en toutes occasions (dans les rapports politiques, sociaux, diplomatiques), toujours fortement dramatisés. (Pociello, 1998 : 156).

Pociello (1998 : 161-162) avance une opposition culturelle jansénisme/ catholicisme, civilisation rurale/civilisation urbaine, qui aurait vu sa transposition dans le spectacle sportif durant l’entre-deux-guerres, période durant laquelle les champions français l’emportent pour la première fois sur leurs alter ego anglais, et ceci dans un contexte de forte concurrence géopolitique.

Mais le point qui nous occupe, plus que les ressorts de cette opposition paradigmatique, est le fait que le stéréotype exogroupal anglais à propos des Français correspond au stéréotype endogroupal cultivé par ces mêmes Français :

Il est dans notre façon de jouer, de vivre  et d’appréhender ce jeu  une dimension libertine et impertinente que les Anglais ne peuvent dominer et encore moins comprendre. Imprévisible, violent et mal élevé, le rugby français intrigue les Anglais (…) le french flair les angoisse et les déboussole. (Herrero, 2003 : 32).

Nous pouvons arguer ici d’un phénomène de retournement de stigmates (Goffman, 1975), réponse à une appréciation jugée dévalorisante, et qui se caractérise par la construction d’une identité « polémique », forme de sur-affirmation de soi-même par une valorisation des traits stigmatisés par les autres. Ce processus, assez proche de celui de la créativité sociale, se traduit par une modification des axiologies associées aux traits du noyau central.

Élément de valorisation de l’identité culturelle, ce stéréotype endogroupal, récurrent dans divers domaines de l’activité humaine, possède une particulière consistance, ce qui lui confère un caractère auto-confirmatoire. En effet, le stéréotype, en ce qu’il constitue la plus figée des représentations sociales, possède les fonctions de celles-ci, et notamment « certaines fonctions dans le maintien de l’identité sociale et de l’équilibre sociocognitif qui s’y trouve lié » (Jodelet, 1989 : 49). Processus historique de légitimation d’une nation, sommes toutes étrangère au rugby au regard des Britanniques, cette appropriation française du stigmate, qui peut être étendue à d’autres domaines que la pratique sportive, permet de répondre à la stigmatisation tout en préservant l’équilibre des rapports entre nations.

Les médias ont été un puissant relais de cette position polémique, sous tendue par une phraséologie caractéristique (résumée dans l’expression rugby champagne qui s’oppose au rugby de tranchée des Anglais). Cependant, ce relais eut fait long feu si le public ne s’était pas, à son tour, approprié cette identité culturelle. La définition du french flair, extraite du Dictionnaire amoureux du rugby citée plus haut, les mentions des rapports antagonistiques avec les Anglais que l’on retrouve dans cette assertion de J. Prat à ses coéquipiers sur le point de flancher  « Ces Britanniques vous ont emmerdés pendant cent ans, vous pouvez bien tenir cinq minutes », indiquent bien le substrat doxique des stéréotypes médiatiques étudiés ici.

Il convient dès lors d’invoquer la notion de discours circulant. Celui-ci est « une somme empirique d’énoncés à visée définitionnelle sur ce que sont les êtres, les actions, les évènements, leurs caractéristiques, leurs comportements et les jugements qui s’y attachent. » (Charaudeau, 2005 : 97). Ces discours circulants ayant un caractère doxique, ils colportent des systèmes de normes et de valeurs pouvant être mobilisés dans plusieurs types de discours situés, comme le discours d'information médiatique et sportif.

Les discours circulants possèdent, entre autres, trois fonctions (fonction d’institution de contre pouvoir, fonction de régulation de la quotidienneté sociale, fonction de dramatisation ; cf. Charaudeau, 2002 & 2005), qui résument pleinement le rôle qu’a joué l’instance médiatique dans cette construction stylistique/polémique :

  • fonction d’institution du contre-pouvoir, assurée par la « parole de transcendance » liée à l’autorité du journaliste, autorité validée par son statut d’expert, le contre pouvoir étant lié ici à la contestation de l’ordre du rugby, d’une conception « autre » de celui-ci et revendication d’une dignité de la nation française,

  • fonction de régulation, forme de relais des discours ordinaires justifiant les habitudes comportementales, établissant les axiologies. Cette fonction de régulation permet la construction de la visibilité  au plan européen, au moyen de divers artefacts. Ainsi, la construction de l’image du rugby français par la production de discours auto-justifiants, construction d’une phraséologie, etc.,23

  • fonction de dramatisation présente dans les structures narratives des articles et comptes-rendus, soulignée par C. Pociello (cf. supra), et qui construit une opposition structurale nécessaire au média (exploitation de l’effet Carpentier)

Ces discours circulants charrient des savoirs de connaissance (compétences sportives, compétences d’appréciation du jeu) et des savoirs de croyance (croyance en la qualité sportive d’une nation, appropriation des stéréotypes, adhésion au schéma archétypal David vs Goliath, etc.), éléments fondateurs de l’identité des communautés discursives (cf. Charaudeau & Maingueneau, 2002 : 106). En d’autres termes, les membres de cette communauté se reconnaissent dans ces savoirs, et les discours circulants témoignent de ceux-ci. Cette circulation produit un partage des représentations et permet la formation de jugements et d’opinions.

C’est là que le stéréotype prend toute sa place, car, tout comme ses variantes, le cliché et le lieu commun, il repose sur des savoirs partagés (cf. Amossy 1991) de socle doxique, et renvoie à une opinion publique qui circule dans une communauté à un moment de son histoire.

Ces communautés discursives se doublent de communautés communicationnelles24, et de communautés sémiologiques25. Le stéréotype, par son appartenance à l’interdiscours est un ingrédient indispensable de la communication, en termes d’efficacité ; mot de passe, il participe de la construction desdites communautés.

Se pose dès lors la question de la circulation et la pérennité de ces stéréotypes. A ces communautés correspondent respectivement trois sortes de mémoires : une mémoire des discours (des savoirs de connaissance et de croyance évoqués plus haut), une mémoire des situations de communication  qui se constitue autour des dispositifs et des contrats (nécessité de reproduire et de charrier des discours subjectifs et partisans), et mémoire des formes manière de dire, de parler (utilisation de métaphores, de clichés et de lieux communs). Ceci explique la pérennité de clichés qui ont émergé il y a quelques 50 années, et dont les soubassements doxiques sont sujets à caution. En effet, le XV de France a acquis toute sa dignité dans le tournoi, son jeu a bien évolué depuis le début du siècle et aux guerres napoléoniennes ont succédé deux guerres mondiales dans lesquelles l’Angleterre a été l’alliée de la France. Arguer d’une jeunesse rugbystique des Français et réactiver l’animosité envers la perfide Albion constitue donc un travail de filtrage de la mémoire qui permet de justifier des résultats irréguliers tout en donnant du panache aux victoires de l’équipe de France. Les médias remplissent ainsi un rôle fondamental dans la reproduction de la mémoire, par le resurgissement des souvenirs qu’ils provoquent, mécanismes de ce que Moirand (2007) appelle la mémoire discursive médiatique26.

À l’issue de cet excursus, on constate donc que l’exploitation de la stéréotypie dans la presse française touche plus particulièrement les nations françaises et anglaises. Cette saillance vise à construire une vision de l’identité à travers l’altérité.

En effet, même si l’ambivalence des deux nations est soulignée, cette ambivalence n’a pas la même valeur, si les Anglais ont les défauts de leurs qualités, on peut dire que les Français ont les qualités de leurs défauts. Si ce fait est aisément imputable au genre du journalisme sportif en soi, genre qui accepte la subjectivité par des phénomènes de supporterisme délégué, on constate que les fondements stéréotypiques ne sont pas les mêmes. C’est par l’utilisation de lieux communs, de métaphores récurrentes que se construit le stéréotype endogroupal des Français, alors que celui des Anglais est beaucoup moins riche en la matière, si ce n’est, sommes toutes, les stéréotypes discursifs guerriers omniprésents dans le journalisme sportif, et particulièrement dans les sports de balle ou d’affrontement. Les métaphores utilisées pour construire le stéréotype endogroupal français sont sémantiquement pleines. Elles supposent donc un calcul interprétatif qui permet un rendement maximal de la communication, en ce qu’elles possèdent une dimension persuasive par un transfert de valeurs de la source à la cible de la métaphore. En utilisant des métaphores peu courantes, voire atypiques dans un sport d’affrontement que l’on caractérise de seul sport de combat collectif (la  musique, les arts) et où la force est privilégiée (métaphore de la petitesse et de la jeunesse), les journalistes construisent une identité autre, à contre courant, et qui, de ce fait, frappe d’autant plus les esprits. Ce travail de dynamique du stéréotype, de transformation de la mémoire collective, permet à la nation française de trouver sa place dans le monde du rugby européen.

Les origines de cette construction stéréotypique sont à chercher dans la vision exogroupale des autres nations à l’égard du XV français, qui voient en celui-ci les représentants d’un peuple arrogant, un maillon faible et une équipe peu régulière. En alimentant ce stéréotype par des métaphores et des réfections de clichés inspirés des relations guerrières entre la France et l’Angleterre, par un choix de références susceptibles d’inverser l’axiologie de ce jugement, les Français se sont ainsi construit une identité polémique fondée sur les principes de la créativité sociale qui leur a permis de se créer une identité positive au plan sportif. Jouant d’une saillance perceptrice et par une forme d’opportunisme rhétorique, les médias ont ainsi alimenté le fertile terreau antagonistique que la France entretient avec « ses meilleurs ennemis » (sportifs ou non), celui-ci leur permettant de maintenir un schéma d’opposition structurale extrêmement fonctionnel en matière de presse sportive (effet Carpentier). La prégnance de l’Angleterre, imputable à ses résultats sportifs et à sa prédominance dans le Tournoi, est in fine un artefact de construction de l’identité française. Ainsi que le souligne Ricœur, le soi ne s’appréhende qu’à partir de l’autre. La dimension dialogale de l’identité rejoint le dialogisme du stéréotype.

La pérennité de cette vision, qui possède une validité toute relative, est à chercher dans la stabilité des perceptions cognitives mais aussi dans le fonctionnement même du stéréotype. Si celui-ci permet de construire une identité, il permet également de fonder la communauté constituée par le lectorat de la presse sportive.

En effet, les communautés se définissent entre autres par leurs activités langagières, au sens où elles produisent et gèrent un certain type de discours, en accord avec des normes reconnues et attendues. Ces activités langagières, porteuses de discours circulants, peuvent prendre la configuration de formes discursives plus ou moins figées, auquel le degré de récurrence donne valeur de signe de reconnaissance. Moirand (2003) souligne en effet que les discours que l’on pense éphémères ne le sont pas totalement, et qu’il est des expressions qui deviennent des désignations ou des caractérisations privilégiées, des porteuses de mémoire (cf. Moirand, 2003 : 83). Cette manière de dire est certes révélatrice d’une identité, décelable pour les seuls membres de la communauté, mais aussi d’un positionnement. Comme le souligne Moirand « un média est un intermédiaire, et donc le lieu de rencontre des communautés langagières qui construisent les mémoires collectives  et discursives des sociétés actuelles » (2007 : 157).



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www.Sports.fr (dates mentionnées dans le texte)

Notes de bas de page


1 Ces comptes rendus ont été compilés dans un numéro hors série du journal au prix d’une sélection : une seule rencontre par an a été retenue.
2 Site web thématique.
3 Pour une bonne compréhension, nous définissons le stéréotype comme une représentation collective figée, fruit d’une construction de lecture, le cliché comme « un fait de style ou une figure de rhétorique usée », le lieu commun comme « une opinion partagée et couramment énoncée par le vulgaire » (Amossy, 1991 : 33). Nous réserverons le terme stéréotype discursif à des expressions récurrentes dans un genre discursif, standardisées, mais qui, contrairement au cliché, ne sont pas figées ou usées.
4 La stéréotypisation des Irlandais est très proche de la stéréotypisation des Anglais : on évoque une muraille verte, un rideau vert, infranchissable et indifférencié. A noter que le vert renvoie à la couleur des maillots, mais également à la perception que l’on a de ce pays, particulièrement verdoyant.
5 Les paradigmes désignationnels, tous relevant de stéréotypes discursifs, réfèrent le plus souvent aux emblèmes et symboles des nations (le dragon, le trèfle, le poireau, les couleurs : le rouge, le vert) (cf. Bonnet, 2007a).
6 L’Italie possédant une histoire récente en la matière, elle souffre d’un défaut de saillance perceptive qui freine le processus de stéréotypisation au sein de notre corpus. Pour l’explication en ce qui concerne l’assimilation à l’Anglia, cf. Infra.
7 Joueur du XV de France des années 50 qui se caractérise par son talent de compétiteur. Il mit en place un système de jeu offensif que l’on appelle l’attaque classique.
8 Un  essai classique, donc inscrit dans un style, dans une école de référence, qui s’oppose, dans le même article, au  splendide essai de Mulligan-O’Reilly.
9 « Le geste déictique déployé par le LC feint une référence à un monde externe, mais en réalité génère et institue ce monde au sein même de l’interaction. » (Semprini, 1994 : 11).  
10 Cette logique et cette quête reposent sur un rapport fondamentalement équivoque entre la pratique et son spectacle. C’est-à-dire, à la fois sur une complicité et une méprise entre les acteurs et les spectateurs, sur une relation d’ambiguïté entre le héros et les communautés qu’ils incarnent. (Pociello, 1983 : 236-237).
11 Cf. Goffman, Les cadres de l’expérience
12 Il convient de noter que les allusions à Napoléon sont l’objet d’une déclinaison récurrente :
13 Stratégie de réinvestissement d’un texte ou d’un genre de discours dans un autre. Elle permet de transférer sur le discours citant l’autorité attachée au texte source. (Voir Charaudeau et Maingueneau, 2002 : 93-94).
14 Moirand (2007) souligne que les textes à énonciation subjective (comme le compte rendu de matches impliquant les nations), fonctionnent tout particulièrement sur le mode de l’allusion.
15 Réfection du cliché « perfide Albion ».
16 Allusion à la capacité qu’auraient les Français à fanfaronner.
17 Ici, le travail d’épure conduit à mettre en place un système d’opposition reposant sur une polarité nous vs eux, ce « eux » indistinct étant constitué des différentes nations britanniques, la saillance de l’équipe d’Angleterre, alimentée par des années d’affrontements guerriers et une prédominance dans le Tournois a conduit à un recentrement de cette polarité sur celle-ci
18 Une analyse des matchs n’impliquant pas la France nous indique que les comptes rendus ne convoquent pas les mêmes stéréotypes.
19 Ce qui explique que les autres nations anglaises soient assimilées à l’Anglia (cf. supra). Le fighting spirit irlandais, la rudesse écossaise et la sauvagerie galloise ne sont finalement que des dérivés de l’orgueil, la détermination et l’incroyable confiance des Anglais qui n’ont jamais baissé les yeux dans les tempêtes de l’histoire. Herrero, 2003 : 30). On notera le caractère ambigu de l’adjectif britannique qui renvoie, en fonction du contexte, à l’Anglia ou à l’ensemble des nations britanniques.
20 Du nom du boxeur G. Carpentier, en référence à son combat contre le britannique Bombardier Wells, beaucoup plus lourd et grand que lui, qui fit de lui une idole des années 10. 
21 On arrive, à partir d’un verbe, d’un adjectif ou d’une expression désignant une relation, à former des essences (« le joueur », « le patriote », « la mère »), caractérisant certaines classes d’êtres dont elles expliquent le comportement (Perelman & Olbrechts-Tyteca, 1958 : 440).
22 Dans les sports traditionnels d’affrontement (rugby, football, base-ball) on peut montrer que les oppositions des styles répondent d’abord strictement à des nécessités tactiques imposées à la fois par la logique inéluctable de la compétition et par la quête à la fois inlassable de dignité (sociale) et d’identité (culturelle) des communautés combattantes. (Pociello, 1983 : 236).
23 N’oublions pas que le journaliste, même s’il a une parole de transcendance, est un citoyen. Dans le cadre du discours sportif, et dans le cas que nous étudions, i. e. l’affrontement entre nations, celui-ci s’autorise la subjectivité, et devient un supporter délégué, ce qui, au passage, lui confère sa légitimité (cf. Bonnet, 2007b). C’est pour cette raison que le citoyen est à la fois producteur et consommateur des discours circulant dans les médias.
24 Qui se fondent sur une reconnaissance commune de dispositifs et de contrats de communication, comme le lectorat de la presse sportive.
25 Qui se caractérisent par une manière de dire, utilisation d’un discours subjectif et de métaphores, l’adoption de stéréotypes, de clichés.
26 « rappel d’un discours autre, en relation avec la mémoire individuelle (personnelle et autobiographique) et les mémoires collectives, acquises au fil des événements, des images et des discours auxquels on est exposé, y compris dans les médias. » (Moirand, 2007 : 147).



Pour citer cet article


Bonnet Valérie. Le stéréotype dans la presse sportive : vision de l’identité à travers l’altérité. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 4. Visions du monde et spécificité des discours, 11 janvier 2010. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=1417. ISSN 1308-8378.




GSU   Ovidius   Turku   Nantes   Agence universitaire de la Francophonie
Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378