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4. Visions du monde et spécificité des discours

Article
Publié : 11 janvier 2010

Découpage du réel et stéréotypisation dans le langage médiatique : Etude du cas de deux quotidiens francophones : El WatanLe Monde après les attentats du 11 septembre 2001.


Nabila Bestandji, Maitre Assistante et doctorante en sciences du langage, Université d’Alger (Bouzaréah), Alger, Algérie, best.nabila@yahoo.fr

Résumé

Le sens de toute chose nait de notre découpage du réel, de notre perception, de notre jugement. Sa construction est donc une opération délicate et extrêmement subjective dans le sens où elle a besoin du regard de l’énonciateur impliqué dans un contexte précis et posé face à un énonciataire déterminé. Le réel devient multiple et son découpage lié à la représentation de celui qui le perçoit. De là apparaissent les stéréotypes, les clichés et autres moyens qui aident les personnes à se retrouver, à croiser les mondes pour construire ce qu’ils nomment : « réalité ».

Abstract

Sense of any thing, arisen from our division of the reality, from our perception, from our judgment. His construction is thus a delicate and extremely subjective operation in the sense or it needs the glance of the enunciator involved in a context in front of a enunciatee. The reality becomes multiple and its division connected to the representation of the one who perceives it. From there appear stereotypes, clichés and other means which help the persons to meet themselves, to cross the worlds to build what they name "reality".


Table des matières

Texte intégral

La langue est un instrument de communication qui porte les idées des énonciateurs et leur permet d’interagir avec le monde qui les entours. Grâce à elle, les locuteurs peuvent donner leurs points de vue, partager, ordonner le réel, etc. Les mots deviennent des miroirs qui reflètent la vision de l’homme ; ils disent et confessent, en plus de leur sens premier, tout ce que l’individu pense de sa société et de celle des « autres »1. Ainsi, les mots s’organisent en systèmes qui se chargent de façonner nos idées, de les représenter, de les propager. C’est grâce à lui que les schémas mentaux, dans lesquels la « réalité » est catégorisée et rangée2, sont mis en mots et que l’individu peut s’exprimer.

A travers l’observation de certaines productions journalistiques, nous essayerons de comprendre le mode de pensée des journalistes et de voir où leurs intérêts se recoupent et sur quels sujets ou à quel moment ils divergent. Le corpus que nous allons exploiter va nous aider à voir si des étiquettes ont été utilisées pour désigner le « nous », les « autres », les « morceaux du réel » ; étiquettes qui sont censées avoir pour vocation d’aider la lecture du monde par les lecteurs posés en contrebas d’une information possédée par l’instance énonciatrice médiatique. Pour cela nous nous arrêterons sur un concept clef fonctionnant comme un pivot placé au centre de tout ce processus. Ce concept est celui de « Stéréotypes ». Nous verrons comment ce dernier se constitue comme porteur des valeurs spécifiques d’une communauté et comment il fonctionne comme lanterne éclairant la compréhension des individus impliqués dans le processus d’interprétation / compréhension du réel.

L’homme est un être communicant qui manifeste depuis toujours un besoin de partage. Cette nécessité, évidente dans la vie en communauté l’oblige à utiliser deux ensembles de systèmes basiques ayant pour but de lui permettre de vivre en société et de partager avec ses membres une complicité servant à l’inscrire comme membre à part entière du groupe. Le premier système prend corps au travers de la langue car c’est l’instrument le plus fiable pouvant servir à la communication ; le deuxième est le système de pensée construit autours de concepts, d’idées partagées et généralement figées devant refléter les connaissances acquises du monde dans lequel il vit.

Tout ce qui l’entoure est interprétable, tout porte un nom et possède une définition connue, assimilée et partagée de sa communauté, de son univers3. Ces deux systèmes sont interdépendants. En effet, la langue exprime nos pensées, elle représente nos idées, notre idéologie4, et ces dernières ne peuvent exister, se manifester, que par le biais de la langue qui a, depuis toujours été considérée comme une arme redoutable servant à vaincre, à convaincre, à persuader, à manipuler ou tout simplement à informer.

Dans notre article, nous allons essayer de donner un aperçu de cette complicité, nécessaire, qui existe entre ces éléments et cela suite à une situation de crise telle que les attaques du 11 septembre 2001. Pour cela, nous allons nous atteler à fouiller cette matière, qui est le langage, et cela dans le but d’avoir une idée sur le mode de pensée des journalistes.

Apres les attentats du 11 septembre 2001, les univers mentaux ont été perturbés ; une déferlante d’informations, inédite et difficilement assimilable s’est abattue sur les lecteurs. La plus forte nation au monde et la plus sécurisée d’entre toutes a perdu en quelques heures, environ, 3000 citoyens. Le danger venant du ciel s’est abattu, sans avertissement, sur des symboles stratégiques des Etats Unis. Le World Trade Center considéré comme l’emblème de la réussite et de la prospérité a vu ses bâtiments s’écrouler sous l’impact de deux avions civils lancés à pleine vitesse contre les façades des bureaux abritant un grand nombre de sociétés. De même le Pentagone, centre névralgique de la sécurité nationale, a été lui aussi percuté de front par un autre appareil défiant le symbole de l’armée américaine.

Ces événements ont été repris dans les journaux du monde entier, les rédactions se sont mobilisées pour décrire et expliquer la situation mais aussi pour l’analyser afin de mener les énonciataires de leurs discours à saisir la suite des évènements qui allait se dérouler, non seulement sur le sol américain mais aussi en dehors de ses frontières. Pour ce faire tout à été mis en place : Unes, images chocs, grands titres, couleurs, gestion de l’aire scripturale ; mais aussi consultants, politiciens, reporters ; tout et tout le monde étaient mobilisés pour construire l’actualité.

Dans notre article nous aimerions creuser plus cette réflexion en nous penchant sur les productions de discours médiatiques et plus précisément sur deux quotidiens francophones appartenant à deux sphères : socio-géo-politico-culturelles différentes. Pour cela nous partirons de la réflexion suivante : « Ce n’est pas la réalité qui compte mais la façon dont les gens se la représentent et croient la voir »5.

Afin de bien mener notre travail, nous placerons notre réflexion dans le champ de l’analyse du discours médiatique et nous essayerons à travers l’observation de notre corpus (dans cette étude nous allons concentrer notre attention sur les premiers jets post attentats du Monde et El Watan c'est-à-dire les deux numéros du 12 septembre (pour El Watan) et 13 septembre (pour Le Monde)) de comprendre comment la réalité se façonne dans les colonnes des quotidiens ? Comment les journalistes (et pourquoi) font usage de certaines techniques afin d’accrocher leurs lecteurs ? Quels sont les mots qu’ils utilisent pour décrire la « réalité », pour se décrire et pour décrire l’« autre » ?

Afin de pouvoir travailler sur les représentations, il est nécessaire de bien choisir sa matière. Dans notre étude, le corpus que nous avons exploité est extrait de deux quotidiens francophones à très forts tirages (en 2001, tous deux ont été classés comme numéros un des ventes), c’est des journaux, d’apparence, non partisans qui travaillent à traiter l’information en profondeur, proposant ainsi des enquêtes et des reportages devant servir à mieux expliquer l’actualité.

Ainsi, choisir un tel support est un moyen efficace de constater le genre de représentations et de stéréotypes, non seulement distillés par les journalistes, mais aussi, partagés par les lecteurs de ces quotidiens ; en effet, la fidélité du lectorat prouve qu’il recherche dans leurs pages et leur clones des images qui lui parlent, des mots et des schémas dans lesquels il se retrouve pour conforter ses opinions et pour poser ses jugements.

Si par exemple le journal change de ligne éditoriale et adopte des idées contraires à ce qu’attend habituellement le lecteur, ce dernier n’aura qu’un seul reflexe ; celui de délaisser le quotidien afin d’en chercher un autre dans lequel il lira ce qu’il sera conforme à son mode de pensé. Le journal devient, en plus d’un lieu de compréhension et d’information, l’écho de la pensé des lecteurs.

Le travail sur deux quotidiens appartenant à des sphères différentes, oblige et installe le contraste. Grâce à cela vont apparaître les différences (si différence, il y a) entre les représentations des lecteurs correspondant à une partie d’une communauté déterminée. En effet, Le Monde appartient à l’univers occidental judéo-chrétien et El Watan au monde arabo musulman. Face à un événement tel que les attentats du 11 septembre 2001 qui implique le choc entre deux mondes, car les auteurs des attentats faisaient partie d’un des « groupuscules extrémistes » « islamiste » (El Watan page 2) ayant comme objectif d’infliger une punition  aux Etats Unis « pour des positions, des soutiens qu’ils jugent partiaux » (El Watan, page 2) en s’inscrivant comme « allié d’Israël » (Le Monde page 6), montre bien la nécessité de croiser les regards des deux quotidiens afin de voir comment ces derniers ont géré une situation pareille, et comment ils ont représenté cet événement qui, à lui seul, a bouleversé la face du monde par la violence de son impact ; choc dont les ondes se sont faites ressentir sur tous les plans, militaires, économiques, politiques, etc. Aucun pays n’a été épargné et même si certains d’entre eux comme l’Afghanistan (Octobre 2001) et par la suite l’Irak (en 2003) ont plus ressenti les répercussions de ses actes, toute la plateforme mondiale a été touchée par les effets négatifs de cette crise sans précédent.

Au fil des pages, l’histoire se construit et les journalises décrivent leur réalité, ils parlent de l’événement, des victimes, des auteurs des acteurs, des politiciens impliqués dans les événements, des lieux, des répercussions futures, etc. Tout est décrit grâce aux mots et aux images qui travaillent en tandem pour représenter le monde, les « autres », mais aussi pour donner une image d’ « eux » du « nous », de leur communauté, de leurs idéaux, de leurs valeurs, de ce qui finalement construit et cimente leur groupe6.

Evénements majeurs de ce siècle, les attentats perpétrés sur le sol américain ont été décris de diverses manières. Les journalistes du Monde ont annoncé « L’Amérique sous le choc d’un « Pearl Harbor » terroriste » (page 2), l’acte est décrit dès le départ comme un acte « terroriste », qui a causé un nombre important de victimes, victimes qui ont tenté pendant des heures d’ « échapper à l’enfer » (page 3). Des scènes de panique sont décrites en détail, les gestes, les regards, les paroles, les émotions sont rapportées. Tout est fait pour créer un effet de compassion, de solidarité avec les Etats-Unis qui « ont subi, (…), la pire attaque de leur histoire » (Une).

De par les commentaires, les lecteurs revivent l’événement, phrase après phrase, ils sont plongés dans cette réalité reconstruite par les mots des journalistes. Des noms, des adjectifs, des verbes à consonance subjective sont employés à cet effet. Des recours à des références historiques sont rappelés à la mémoire des lecteurs. En effet, parler de Pearl Harbor, revient à raviver les images et les sentiments portés par l’histoire, la peur, la violence sont mis en avant et les mots « terrorisme / terroristes » viennent donner la touche finale à ce tableau qui se construit sous les yeux des lecteurs en forçant les traits de la cruauté et de l’illégitime de cet acte7.

Les réactions de cet événement sont reprises mais une en particulier est mise en avant car elle fait contraste avec l’ambiance générale du journal. Cette réaction est celle des habitants de Ramallah dans la bande de Gaza dans laquelle « des palestiniens ont bruyamment exprimé, mardi 11 septembre au soir, leur joie de voir l’allié américain d’Israël frappé par la plus grave catastrophe de son histoire » (page 9). Le journal met aussi en avant l’accent sur le fait que « Yasser Arafat est sous le choc, Naplouse exulte » (page 9) comme pour insister sur le fait que le dirigeant palestinien n’a absolument aucune contrôle sur son peuple. Idée qui lance celle de l’anarchie et de l’impuissance face à certaines réactions ou actions.

En ce qui concerne El Watan, ce dernier ouvre le bal de l’actualité en annonçant en première page : « L’apocalypse » (Une), l’incident est décrit comme une « attaque » (page 2) qui a engendré un « climat apocalyptique qui sévit aux états unis et qui s’est largement propagé au canada » (page 2), cet événement est décrit comme « tragique ». Au fur et à mesure que les colonnes se déroulent la nature des attaques se précisent et des mots comme « terrorisme », « monstruosité horrible », « panique » « désolation », viennent construire le sens et poser le référent de l’insécurité, de l’agression, de la solidarité morale face à un peuple devant faire « un bilan terrifiant » (page 3) du nombre de ses victimes. D’autres référents à l’histoire apparaissent en page 3 sous les titres : « Déjà en 1993… » et « La série noire des attentats anti-américains » ; ces derniers font appel à la mémoire collective des lecteurs et à leurs connaissances encyclopédiques. En effet, ce rappel de l’histoire donne une idée sur le type d’événement face auquel le monde est posé et contribue à les aider à saisir la suite des informations.

Comme dans le journal Le Monde les scènes de liesse populaire à Gaza ont été décrites mais sans trop montrer l’hostilité des habitants de cette ville, les Palestiniens sont présentés comme des personnes effrayées et aussi choquées que le reste de la population mondiale : pour eux : « les organisations palestiniennes sont trop faibles pour lancer une telle opération » (page 3) et « c’est Dieu qui a fait tomber ces avions » (page 3), les journalistes prennent donc des distances avec les auteurs des actes, et attendent plus d’informations pour trouver des coupables.

La tendance, donc, est lancée ; les journalistes du Monde montrent fortement leur solidarité fac à cet acte et prennent déjà position face à l’évènement et face au peuple américains ; ils se mettent rapidement à lancer des pistes, à donner noms, des nationalités, à fixer le regard sur des dirigeants, sur des « Etats voyous » (page 10) ou sur des chefs terroristes. Un sentiment d’indignation et d’incrédulité ressort et une forte subjectivité se ressent. De son coté le journal El Watan, prend aussi position contre cet acte, néanmoins il nuance ses réactions, les modalisateurs employés sont moins nombreux, et le discours est moins subjectif quantitativement et qualitativement par rapport au journal Le Monde. Les descriptions des scènes de panique ou de liesse dans certaines parties du monde sont, elles aussi, moins nombreuses. Tout est fait comme pour essayer de maitriser les événements, les commentaires et les réactions dans une période où tout est en mouvement.

Acteurs et figurants de l’événement ont été mis au premier plan. Le sort des victimes, dans des situations aussi extrêmes comme celle-ci, joue un rôle important dans les jugements et les prises de position des énonciataires. Dans le journal Le Monde, les scènes de panique ne pouvaient être décrites sans la présence des personnages. Chacun d’eux portait un rôle différent : des policiers, des pompiers, des civils américains ou français, des passagers, des membres d’équipages8, etc. gravitait dans un espace toujours très bien dessiné et nommé par le quotidien. Des qualifications telles que : « désemparés, dépassés, abattus, découragés, etc. » décrivent les gens présents sur les lieux dans des phrases telle que : « les gens pleurent, se serrent dans les bras les uns les autres, ne veulent pas y croire » (page 4). Les correspondants parlent de personnes qui « tombent, se bousculent, se piétinent, aident, se soutiennent » (page 4) des individus dont « les pas se sont ralentis, les visages reflétaient l’incompréhension, puis la crainte » (page 4). Tout est donc mis en avant pour faire réagir le lecteur, le stéréotype de la peur, du danger, de la panique et de la solidarité9 sont activés grâce aux nombreuses images employées et prenant corps à travers de longues descriptions où l’action et le mouvement sont mis en avant. Néanmoins le visage des morts est camouflé voir presque inexistant, des phrases comme : « des centaines de personnes sont brulées de la tête aux pieds » (page 4) sont très rares, on parle de « chiffre terrifiant » (page 4) et on annonce que « Le nombre de blessés ne cesse de grandir » (page 4) et cela à travers la voix du père Koger Fawcett, porte-parole du Saint Vincent Hospital.

Des chiffres commencent à tomber, et les journalistes du Monde reviennent aux paroles de personnes interviewées pour faire un pronostic du nombre de morts attendus : « les morts (…) vont se compter «en centaines, peut être en milliers » ». Plus loin dans un article dédié aux « deux sœurs jumelles », les journalistes sans donner de chiffres sur les victimes éventuelles des attentats, parlent des deux tours et du nombre de personnes qui habituellement affluent vers elles et déclarent : « elles étaient d’ailleurs fréquentées par prés de 100 000 visiteurs chaque jours et pas 40 000 à 50 000 personnes représentant de 300 à 5000 firmes » (page 5). Ce nombre extraordinaire a pour objectif de renforcer le sentiment de peur, de cruauté, d’indignation en posant dans le psychisme des lecteurs que les auteurs des attentats se sont attaqués à des dizaines de milliers de civils sans défense.

De son coté le journal El Watan dote les victimes sans visage d’adjectifs subjectifs tel que : « innocentes, apeuré, atterrés, etc. » des adjectifs qui viennent renforcer le sentiment de malaise et de solidarité avec ces personnes. Des scènes, au Pentagone, dans lesquelles « Des agents des « secret service », (…) courent dans toutes des directions et éloignent sans ménagement les curieux » (page 3) ou dans lesquelles « des policiers à moto et à pied poussent également les touristes, pour la plupart des personnes âgées » (page 3) sont mises en avant ; « des tireurs d’élite sont postés sur le toit de la présidence » (page 3) mettent l’accent sur la gravité de la situation et la probabilité de l’imminence d’une autre catastrophe.

Par ce biais les stéréotypes de l’insécurité, de la guerre et de l’apocalypse sont ravivés. La panique ambiante découle des lignes des articles ; on voit ainsi « des milliers de gens qui quittent en courant les bureaux » (page 3), la parole est relayée aux passants qui déclarent : «  je rentre chez moi… j’ai trop peur » (page 3) « il vaut mieux filer d’ici », l’idée de la fuite d’un danger inconnu mais imminent et pesant se dessine. Le stéréotype de la sécurité est brisé grâce aux paroles des new yorkais qui déclarent « nous n’étions pas autant en sécurité que nous le pensions » (page 3), cette représentation est renfoncée par les réactions, des personnes présentes, rapportées par les journalistes qui en plus des scènes de panique, des traumatismes offrent aux regards des lecteurs des comportements chargés d’émotions où les personnages se lamentent ou tremblent d’émotions et dans lesquels « des employés, agglutinés sur les trottoirs, discutent à voix haute » (page3)

1. Les Etats-Unis

Suite aux attentats du 11 septembre 2001, les frontières des Etats Unis ont été fermées et placées sous haute sécurité « L’Amérique se coupe du monde » (page 15) et « des avions de chasse dans le ciel donnaient une impression de guerre » (page 7). Les quelques images émanant de ce territoire ont figé le regard de la communauté mondiale qui s’est fixé sur un pays et plus précisément sur une ville : New York.

Ni Washington, ni même la Pennsylvanie n’ont eu la même attention. L’impact des deux avions sur les tours de World Trade Center « symbole de la paix » (page 5) a monopolisé l’attention de par son ampleur et sa symbolique. C’est un nombre élevé de civils qui a été touché. En Effet, les victimes du World Trade Center ne sont ni des militaires ou des employés du gouvernement ni même des personnes sans corps ni visages comme en Pennsylvanie ; leur mort n’a pas été subite mais s’est produite en direct sous les yeux des millions de personnes regardant l’événement, simultanément et en direct, sur des centaines de chaines de Télévisons.

Dans le journal Le Monde, cette ville a été mythifiée; les scènes sont décrites de près, les journalistes par le recours aux paroles de personnes présentes à ce moment là sur les lieux, décrivent la ville en mouvement. Cette dernière est souvent humanisée : « New York est mutilée » (Une), « Manhattan est défigurée » (page 7), les tours jumelles « ont été arrachées emportées », les journalistes donnent vie aux lieux, ils décrivent l’avant et l’après attentat mettant l’accent sur le fait que « les Twins étaient éclairées, c’est un endroit magique. Aujourd’hui c’est un cimetière » (Une).

Les lieux symboliques de l’Amérique ont été touchés, principalement, les symboles de l’hyperpuissance, de la prospérité américaine et le symbole de la défense nationale. A travers ces deux lieux deux stéréotypes puissants sont ébranlés, le stéréotype de la prospérité et de la sécurité sont démolis. Toutes les idées reçues et largement ancrées dans le psychisme de la grande majorité de la population mondiale ont été remises en question, idées qui auparavant allaient de soit. « La journée du 11 septembre 2001 marque l’entrée dans une nouvelle ère » (page 18) ; par son billet, les idées reçues et les stéréotypes vus comme : « des images figées présentes « dans nos têtes », sorte de moules ou de clichés qui nous conduiraient à percevoir la réalité au travers d'un filtre »10 ; ont été fauché à leur base et les informations constituant le soubassement de l’acquis11 dans la vision de gens se sont écroulées en même temps que les tours.

Des verbes tel que « faucher, attaquer, traumatiser, arracher, emporter » sont employés pour décrire l’acte qui a défiguré le visage de l’Amérique. New York et ses gratte-ciel changent, donc, de visage, « l’atmosphère a changé » (page 4). Les journalistes font de nombreux parallèles entre l’avant et l’après ils disent que « le ciel était bleu : pas de nuages. La chaleur était supportable, comme une annonce de l’été indien. Dans les rues, les gens se pressaient, comme toujours, mais semblaient joyeux, insouciants » (page 4) alors que maintenant ils « semblent soudain petits et fragiles » (page 4), le stéréotype de l’invincibilité laisse la place à une image de vulnérabilité. Le panorama se transforme il prend l’allure d’un « paysage lunaire » (page 4) né de ce qui semble être « un jour de guerre » (page 4). La ville se paralyse « deux autres emblèmes de la ville, l'Empire State building et la Chrysler Tower, ainsi que le bâtiment des Nations unies, avaient été également évacués. La gare centrale de New York, où convergent tous les trains de banlieue, était fermée. Les bus et les métros avaient cessé de circuler. Toutes les routes, les ponts et les tunnels menant à Ille de Manhattan étaient coupés dans le sens de l'entrée. Le réseau téléphonique étant endommagé et les portables inutilisables, des files d'attente interminables se formaient devant les cabines téléphoniques » (page 4).

Dans le journal El Watan l’actualité s’est aussi focalisée sur la ville de New York qui a été défigurée « les deux prestigieuses tours, symbole de la haute finance mondiale et du prestige économique américain » (page 2) sont tombées en ruine sous l’impact des avions de ligne lancées à toute vitesse sur leurs façades.

Comme pour le journal Le Monde, El Watan ce concentre sur le climat qui règne sur la ville de New York. On peut d’ailleurs lire « Le climat d’apocalypse qui sévit aux états unis s’est largement propagé au canada » (page 2)

Par ces mots tout un savoir partagé ressort à travers des stéréotypes faisant référence à la fin du monde, à l’épouvantable, au catastrophique, mais aussi à l’impuissance des hommes face à un événement qui les dépasse, un événement venu ou envoyé du ciel. Les images de la peur et de l’impuissance, prennent la place de ceux de la puissance de la sécurité ; tout, dans les écrits du journaliste, reflète la panique, l’incompréhension et l’appréhension.

Le lecteur a besoin de comprendre de voir et le journaliste a besoin d’expliquer et de montrer. Pour cela et comme pour le journal Le Monde, les journalistes plongent dans les rues de la ville ; le regard se fait précis : les noms des rues sont donnés, les bâtiments sont nommés et des événements passés sont relatés, événements qui peuvent selon les journalistes avoir des rapports directs avec les événements du présent. Sous le titre : « Déjà en 1993… », les journalistes travaillent à raviver la mémoire collective12 en rappelant qu’il y a eu déjà un attentats contre les intérêts américains sur le WTC commis par des « intégristes islamistes qui ont tous été condamnés à de lourdes peines de prison » (page 3).

Placés dans un univers en plein mouvement et devant rendre compte d’une suite d’évènements très difficile à couvrir (car les journalistes étaient placés en face de faits dont les auteurs n’avaient pas encore signé l’acte), les journalistes ont du travailler dans l’urgence. Pour cela le recours aux images intériorisées mais aussi aux sous-entendus et aux présupposés étaient nombreux, tout ce qui pouvait jouer comme raccourci de sens était employé. Les lecteurs, posés face à l’information devaient savoir et comprendre où se placer par rapport à l’événement. De là a commencé une énumération des pays alliés et de ceux présumés responsables des attentats.

A la lecture du Monde, le lecteur savait que : le Japon, la Chine, l’Asie du sud est, le Canada, l’Algérie, le Vatican, Israël mais aussi l’Europe13 représentée par des pays tel que : La Suisse, l’Allemagne, l’Espagne, etc., se plaçaient comme des nations qui condamnait les attentats ; à cette liste les journalistes ont rajouté la Russie « du moins dans sa partie non islamisée [qui selon eux] va devenir le principal allié des Etats-Unis » (page 18). Cette phrase est très révélatrice à travers les non-dits employés dans cet énoncé. En effet l’emploi de la négation et des l’adjectif « islamisée » montre bien que cette tranche de la population est bannie des rangs des alliés, cette idée est confortée par d’autres énoncés tel que : « … aux yeux de l’opinion américaine et de ses dirigeants, l’islamisme, sous toutes ses formes, risque d’être désigné comme le nouvel ennemi » (page 18). Cela montre bien que les ennemis d’hier représentants les deux blocs Est / Ouest se sont dissouts au profit de deux autres blocs musulmans (islamisé) / judéo-chrétien (non islamisé).

Des Etats tels que : la Palestine, le Pakistan, l’Irak, l’Arabie Saoudite, sont vus comme des « Etats voyous » (page 15) et sont selon Le Monde porteurs d’« une nouvelle barbarie apparemment sans contrôle, qui paraît vouloir s’ériger en contre-pouvoir » (page 18). Le quotidien français enchaine son énumération en mettant l’accent sur le sentiment de haine qui « des faubourgs de Djakarta à ceux de Durban, en passant par ces foules réjouies de Naplouse et du Caire, se concentre contre les Etats-Unis » (page 18) ces idées sont renforcées par des commentaires au sein des articles comme celui fait par une française habitant à New York (Anne) qui déclare suite aux attentats « Maintenant, ce sont les palestiniens à Gaza, qui vont se réjouir et applaudir » (page 7).

Nous retrouvons le même phénomène dans le journal El Watan, les journalistes font appel aux commentaires et aux paroles de personnages politiques tel que le Premier Ministre canadien qui déclare dans l’une de ses interventions que c’est : « les droits des nations civilisées du monde entier qui sont visés par l’attaque d’aujourd’hui » (page 2) à travers cette phrase une idée ressort, idée reprise dans un grand nombre de lignes des quotidiens ; celle de l’existence d’un monde ou de nations civilisées ce qui sous-entend une idée souvent martelée par les medias qui est celle de l’existence, aussi, d’un monde « sous développé » voire « barbare » qui s’oppose au premier par ses principes et ses valeurs. Par ces mots le ministre canadien porte son pays vers le rang des alliés qui est lui-même, par la suite, grossi par une liste de pays tel que : l’Allemagne, la France, l’Angleterre, Israël, etc. Ces prises de positions faites par les dirigeants entrainent non seulement la nation qu’ils représentent mais aussi les peuples dont ils sont les représentants. Par ces mots, les politiciens se mettent en bloc et se désignent comme alliés des états unis.

Le monde se divise en blocs « Sud / Nord » par le biais de la mémoire collective, l’ancienne image des blocs ennemis est réactivée mais aussi redéfinie ; les camps se forment sous les yeux des lecteurs qui eux même sont amenés à faire un choix selon les données et le paramètres que les journalistes leurs offrent, les valeurs sont mises en avant et le choix est inévitable.

En somme, des étiquettes apparaissent autour de mots tel que, nord, sud, civilisé, barbare, musulman, chrétien, intégriste, modéré, etc. qui jouent à renforcer certains stéréotypes et représentations et cela dans le but d’expliquer une actualité brulante et souvent complexe.

Suite aux événements du 11 septembre, les interrogations sur les auteurs des actes ont commencé. Les deux quotidiens se sont lancés dans des spéculations sur l’identité de ces derniers. Un enjeu très important s’est fait sentir et des interrogations se sont cristallisées autours des questionnements suivants : « qui « attaque » l’Amérique ? » (Le Monde, page 3), « qui pourraient être les commanditaires et les auteurs de ces abominations ? » (El Watan, page 2).

Ces questionnements reflétaient les interrogations auxquels les lecteurs voulaient trouver des réponses logiques, des coupables idéaux, de parfaits personnages pouvant expliquer le pourquoi de ces actes.

N’ayant pas de pistes sérieuses les deux quotidiens se sont mis à fouiller dans le passé, à réveiller leurs mémoire, à poser des pistes en usant de sous-entendus, d’allusions, de présupposés mais aussi d’insinuations formant un discours implicite mais néanmoins chargé de sens14. Les suspects, ont été vite désignés, pointés du doigt, comme coupables ou comme éventuel responsable des évènements et cela même si « « l’ennemi » toujours invisible, toujours inconnu » (Le Monde, page 3) reste toujours dans l’ombre. En effet, les médias nourris par les évènements du passé ont lancé des hypothèses des les premiers jets des journaux et déjà, nous avons les mêmes noms, qui reviennent : Palestine, Afghanistan, Iran, Irak, etc. Les pistes extrémistes américaines ont vite été écartées et déjà un nom ressort : Ben Laden15 dont les actes sont toujours liés à une zone géographique : Le Moyen Orient.

Le regarde se fige, se concentre sur lui, il devient le représentant de ce que Le Monde présente comme une « nébuleuse d’associations et de groupes, plus ou moins autonomes, fonctionnant sous l’égide du dissident saoudien (…) » (Le Monde, 13 sept. 2001 page 2). Les identités se reconstruisent au fur et à mesure que le récit se déroule et que l’histoire se coupe en deux tranches, un « avant les attentats », et un « après les attentas », entre les deux l’événement décrits souvent comme « « un Pearl Harbor » terroriste » (Le Monde, page 2), ou comme le jour de « L’apocalypse » (El Watan, Une).

Dans le journal Le Monde, par exemple, les accusations ont commencé à se mettre en place des les premières colonnes, il fallait trouver un coupable à cet acte, et même si aucune inculpation directe n’a été faite, le regard s’est fait pesant vis-à-vis de certains états ou certains dirigeants. Iran, Irak, Palestine ont été nommés et même si les journalistes ont pris la précaution dans certains cas de mettre entre guillemet les citations de ceux qui ont assumé la responsabilité de désigner, ils ne sont pas non moins impliqués dans leurs énoncés car tout est une question de choix16, et le fait de choisir ces passages allait sûrement influencer implicitement le regard des lecteurs, qui n’ont que les échos des journalistes pour les informer. Dans ces cas le vraisemblable est souvent perçu comme vérité par les lecteurs.

Par ce biais Le Monde pose sous le regard des lecteurs le nom de certains états ou groupes composés des « commandos engagés » (page 18) dans une cause contre les états unis, des « kamikazes » (page 18), les Palestiniens, certains groupes venant « des faubourgs de Djakarta et ceux de Durban en passant par ces foules réjouies de Naplouse et du Caire » (page 18), sous-entendant par cela leur possible, implication dans les faits.

La stratégie énonciative était tout à fait différente dans le journal El Watan. Ce dernier n’a jamais prodigué d’accusations nominatives (du moins dans le journal analysé) ; celui qui a commis l’acte est désigné par : le mot « terrorisme » et qualifié par une série de mots tel que : barbare, monstrueux, horrible, effrayant ce qui montre la désapprobation des journalistes mais aussi leur prise de distance vis-à-vis de celui ou de ceux qui ont organisé ou commis les attentats.

Les journalistes ont plus concentré leur analyse sur le pourquoi des actes. Ils ont pour cela décrit l’Amérique comme : « la première puissance mondiale, chef de file d'une mondialisation aux relents d'impérialisme décriés » (page 2), ils l’ont décrite comme une nation forte, prospère mais arrogante et orgueilleuse qui a accumulé les ennemis, une nation dotée d’une politique qui porte en elle le péché d'orgueil qui naît du sentiment gonflé de puissance, une nation qui a trop « dangereusement joué avec  feu » (page 2). Cette description ne c’est pas arrêté là, elle se poursuit par la désignation de ces alliés. Un allié en particulier ressort (et cela dans les deux quotidiens), l’état d’Israël. Washington est vu comme un gouvernement agresseur qui « s'aligne sur Israël et l'encourage dans sa politique du pire » (page 4) contre des états tel que la Palestine ou le Liban.

Par ces énoncés El Watan laisse aller le regard vers ces pays tout en évitant les accusations directes et cela en posant le doute sur  leur éventuelle implication directe ou indirecte déclarant que « le danger ne pouvait pas provenir que de l’ennemi extérieur » (page 3), ou que « Les consignes de vigilance [ont été] lancées aux ressortissants américains et aux missions diplomatiques américaines, particulièrement celles implantées dans les pays jugés à risques (…) » (page 3).

Vue comme les représentants d’un pays, la prise de parole des politiciens marque la prise de position de leur nation vis-à-vis d’une situation donnée. Face aux attentats du 11 septembre, les acteurs de la scène politique ont du, rapidement, donner leur opinion sur la situation afin de clamer leur appartenance à un clan. Les journalistes des deux quotidiens ont de ce fait repris les commentaires des hauts placés des gouvernements afin de montrer les tendances de chaque pays.

Le journal Le Monde par exemple, donne la parole au président américain G. W. Bush qui « a formulé un avertissement à certains états sans les nommer : « nous ne ferons aucune distinction, a-t-il dit, entre les terroristes (…) et ceux qui les protègent » (page 2). Par cette phrase, Le Monde montre que le président américain place les « terroristes » sur la même enseigne que les états ou les organismes qui les couvrent ce qui, déjà, coupe le monde en deux catégories : les coupables / impliqués et les non impliqués.

Suite à ces déclarations d’autres politiciens prennent la parole ; pour plus de clarté nous les avons consignés dans le tableau (Voir infra, Liens, Tableau I) qui regroupe les citations (prises de parole) des politiciens, insérées dans les discours des journalistes, dans Le Monde, au lendemain des attentats

A travers ces extraits nous voyons bien que le journal Le  Monde, place, à travers les paroles de ces responsables, les pays dans catégories bien balisées dans une situation de conflit qui ne peut aboutir qu’au règlement de compte. Par ces paroles les prises de positions contre « le mal », « les terroristes », l’ « horreur », la « barbarie » est évidente. Le camp pro-américain ou anti-agresseur se dessine sous les yeux des lecteurs qui par ces déclarations posent et redessinent une nouvelle carte géographie dans laquelle deux pôles, posés en face à face, se construisent en prenant comme ligne médiane : les attentats du 11 septembre 2001.

Parallèlement à cela, d’autres acteurs de la scène politique ont été mis en lumière, non pas par leurs paroles mais par la nature de leurs actes. En effet, après les attentats les personnages gravitaient dans le désordre, les policiers, les pompiers, les secouristes et les civils se mêlent, la panique règne, le découragement, l’incompréhension et la désolation s’installent, les « héros » américains ont été décrits comme des héros déchus de leur statut. Néanmoins malgré cela Le Monde souligne dans deux articles de son quotidien que : « M. Rumsfeld s’est dirigé vers le bâtiment touché et a commencé à porter aux victimes » (page 6) malgré le danger. Cela souligne que les journalistes ont voulu mettre l’accent sur le fait que malgré tout les politiciens sont présents pour sauver ceux qui ont en besoin17.

De son coté, El Watan reprend aussi les paroles des hauts placés de certains états comme le montre le tableau annexé (voir infra, Liens, Tableau II) qui regroupe les citations (prises de parole) des politiciens, insérées dans les discours des journalistes, dans El Watan, au lendemain des attentats.

A la lecture de ce tableau, la même réflexion nous mène aux mêmes conclusions. Les dirigeants portent la voix de leurs peuples et leur prises de paroles impliquent non seulement leur personne (car beaucoup d’entre eux emploient le « je ») mais aussi celle de leur peuple. Ces derniers influencent par leur discours le découpage du réel qui se fait à la suite des attentats. Le « coupable » est doté par diverses qualifications : c’est « le mal », « monstrueux », qui crée une émotion forte de rejet. Mais aussi qui dresse les nations « civilisées » d’ « humain » contre lui, et l’on voit soudain un bloc se lever pour défendre la notion « de bien » portée par une forte « émotion » ayant pour seul but : rétablir la « justice ».

Après les attentas du 11 septembre 2001 le monde a été totalement ébranlé. Les pays du monde entier, touchés de près ou de loin par ces actes, ont dû prendre position non seulement par rapport aux attentats mais aussi et surtout par rapport aux commanditaires de ses actions. Suite à cela tout le monde a du choisir son camp et les alliances se sont redessinées provoquant un nouveau découpage du réel. Les anciens ennemis d’hier sont devenus les alliés d’aujourd’hui mettant en avant comme pour le cas de la Russie « du moins dans sa partie non islamisée » son refus d’un acte et son désir de participer à combattre ce que beaucoup considèrent comme des « Etats voyous » (page 10). Des déclarations telles que : « Nous sommes américains », « nous sommes newyorkais »  ont été faites comme pour renforcer le stéréotype de la solidarité avec les agressés et cela sans prendre la précaution de mettre des guillemets à ces paroles qui empruntent le nous inclusif.

Ainsi, dès le premier numéro post attentas, des clans se sont désignés et à travers la lecture des articles le lecteur comprend facilement que les pays du monde entier doivent choisir leur camp et savoir s’ils se positionnent pour ou contre les états unis, la liberté, le terrorisme, le cahot, la barbarie, la vengeance, la justice. etc. et même si chaque journal présente ces notions différemment, si les représentations qu’ils charrient grâce à elle sont plus ou moins inégales, et si elles entrainent des images de l’autre de sa manière d’être de ses qualités, de ses traits ; ces notions restent tout de même des lieux qui amènent à penser et qui se figent en noyaux auquel chaque communauté apporte son point de vue, sa manière de les percevoir ; des noyaux qui ont longtemps tenu le monde en réflexion et qui ne cesseront de le faire.



Liste des références bibliographiques

Liste des références bibliographiques

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Liens

  • Tableau I (57k)
    Citations (prises de parole) des politiciens, insérées dans les discours des journalistes, dans Le Monde, au lendemain des attentats
  • Tableau II (57k)
    Citations (prises de parole) des politiciens, insérées dans les discours des journalistes, dans El Watan, au lendemain des attentats

Notes de bas de page


1 - Ce processus est donc un moyen de figés les images collectives qui « traduisent la participation à une vision du monde commune à un ensemble d’individus isolés donnant la sensation de former un corps social homogène. Cette représentation cimente les croyances en fixant les modes de pensées et joue un rôle stabilisant, conservateur ». C. Ghosn : « Le Stéréotype, stratégies discursives dans le journal télévisé de FR2 », Marges Linguistiques, ATER – LERAS – Université de Toulouse III – France.
2 - Un des éléments les plus importants qui se mets en place à travers les mots est le rapport du « je » avec le « nous » ainsi qu’avec les « autres ». D. Maingueneau déclare : « En énonçant, je me confère une certaine place et « assigne une place complémentaire à l’autre » ; je lui demande de s’y tenir et de « reconnaître que je suis bien celui qui parle de ma place » ; « chacun accède à son identité à partir et à l’intérieur d’un système de places qui le dépasse » », D. Maingueneau : L’analyse du Discours, Hachette, 1991, p. 108.
3 - Les univers décrits sont souvent différents d’une communauté à une autre, ils prennent forme sous les traits des préoccupations immédiates de ces dernières. Les journalistes, de ce fait, ne retiennent de l’actualité que ce qui peut signifier ans le psychisme de ses lecteurs. Pour cela différents critères sont pris en considération comme : le critère de proximité (cette proximité peut être temporelle, géographique, affective, sociale “socioculturelle ou socioprofessionnelle’’), d’actualité (qui pousse les journalistes à chercher, toujours, les moyens les plus efficaces afin de réduire le temps entre l’acquisition de l’information et sa délivrance), le critère psychoaffectif (qui pousse les journalistes a mettre en avant les événements à forte résonnance affective et émotionnelle). Tous ces points ont été développés par G. Lochard et H. Boyer dans : G. Lochard, H. Boyer, 1998, La communication médiatique, Ed. Du Seuil, Paris. P. 30-31.
4 - Toch (1965, p. 21) a défini l’idéologie comme « un ensemble de croyances liées entre elles et auxquelles adhèrent un groupe de personnes. L’idéologie d’un mouvement social est l’énoncé de ce que les membres de ce mouvement essaient d’accomplir ensemble et de ce qu’ils souhaitent affirmer en commun… l’idéologie d’un mouvement social définit ce mouvement et le distingue des autres mouvements et institutions » (…) celle-ci sert souvent de croyance de groupe (…) Le contenu d’une idéologie peut être politique, social ou même religieux. Une idéologie renvoie ordinairement à des images de la société désirée et aux moyens et conditions requis pour y parvenir ». J-C Deschamps, J. Francisco Morales, D. Paez, S. Worchel, L’identité sociale : la construction de l’individu dans les relations entre groupes, PUG, 1999, p. 45.
5 - Revéret R., Moreau J-N., Les Médias et la communication de crise, Economica, Médias poche, Pars, 1997, p. 60.
6 - Dans le discours médiatique, la notion du groupe est portée par le journaliste qui se pose, non seulement, comme détenteur de l’information « véridique », mais aussi, comme représentant d’un groupe il est : « Le porte-parole doté du plein pouvoir de parler et d’agir au nom du groupe, et d’abord sur le groupe par la magie du mot d’ordre ». P. Bourdieu : Ce que Parler Veut Dire : L’économie des Echanges Linguistiques, Fayard, 1982, p. 101.
7 - En effet, les attaques sur Pearl Harbor, durant lesquels la flotte de guerre américaine du Pacifique a été attaquée par les avions japonais, se sont déroulées dans un contexte de guerre dans lequel les protagonistes étaient connus et déjà engagés dans un conflit ce qui n’est pas le cas pour les attaques sur le WTC ou le Pentagone.
8 - Il est à noter que ces deux derniers type de victimes n’ont pas été sujet a de longues descriptions, cela revient au fait qu’il n’y a pas eu de survivant après les différents crashs et donc pas de témoins ou d’observateurs qui auraient pu décrire les scènes de l’intérieur.
9 - Le stéréotype de la solidarité ne s’est pas jute concentré à travers les gestes et les paroles des américains mais, aussi, et surtout à travers la solidarité d’une grande partie de la communauté européenne qui suite aux événements a déclaré : « nous sommes tous américains », « nous sommes new-yorkais » et cela à travers la voix de ses médias (Le Monde Une), ou de ses politiciens.
10 - W. Lippman cité par : E. Sales-Wuillemin dans : La catégorisation et les stéréotypes en psychologie sociale, DUNOD,  2006, p.6.
11 - Ces bases, dont nous parlons ici, forment ce que l’on appel les représentations. Elles « sont faites autant de connaissances encyclopédiques spécifiques à des groupes socioculturelles (autrement dit, savoirs partagés), de mythes et de projections idéologiques, que de préjugés et de stéréotypes ». K. Djordjevic, « Violence urbaine : lorsque la presse en parle » in H. Boyer, Stéréotypage, stéréotypes : fonctionnements ordinaires et mises en scène – Tome 1, Média(tisation)s », Paris, l’Harmattan, 2007, p. 136.
12 - Afin de raviver la mémoire collective, les journalistes ont recours aux mots, en effet, « Les mots sont porteurs de mémoire, renvoient à d’autres textes et à diverses représentations, certaines locuteurs « sélectionnent parmi les possibles une appellation ou éventuellement deux, qui vont manifester leur position » ; et l’examen des contextes lexicaux démontre que « les mêmes vocables » dans des énonciations différentes et revendiquées par des énonciateurs différents, voire adversaires, ne sont pas porteurs des mêmes traits d’appréciation (…). (Petiot dans les carnets du CEDISCOR 3) », D. Maingueneau : Revue Langage N°117, Larousse, Mars 95, p36.
13 - La présidente du Parlement européen, mme Nicole Fontaine à, dans une première déclaration faite à partir de Rome où elle était en visite, exprimé sa «solidarité et sa profonde tristesse au peuple américain et a assuré le président George W. Bush que les Européens sont à ses côtés dans les heures dramatiques que vit ce grand pays démocratique,… ». La présidente du PE a ajouté «pour moi, il s'agit de personnes qui nient le genre humain et le droit à la vie sous prétexte défaire triompher leurs intérêts. Face à ce malheur, j'espère de tout mon cœur que la communauté internationale se révélera mieux que par le passé, apte à répondre aux défis de ceux qui veulent détruire toute notion de civilisation. » (page 4)
14 - D. Maingueneau dit à ce sujet qu’: « Enoncer certains termes, c’est aussi signifier (aux deux sens du mot) la place d’où l’on énonce et la place d’où l’on ne veut pas énoncer (…) » ; de ce fait aucun discours n’est neutre, tout porte un sens. D. Maingueneau : L’analyse du Discours, Hachette, 1991, p. 122.
15 - Pour illustrer cela, nous pouvons donner l’exemple des énoncés suivants : « (…) Le rédacteur en chef du journal El Qods El Arabi basé à Londres, Abd El Bari Atwan, qui a attribué cette série d’attentats à Oussama Ben Laden » (El Watan, page 2), « Dans la salle de presse du Parlement européen, les centaines de journalistes du monde entier suivaient minute après minute le déroulement des événements. Les supputations et hypothèses de nos confrères arrivaient toutes aux mêmes soupçons 'les islamistes de Ben Loden ? Les kamikaze du Hamas palestinien ?" Dans tous les cas, le lien a été vite établi avec la situation au Moyen-Orient et la politique criminelle d’Ariel Sharon vis-à-vis du peuple palestinien. » (El Watan, page 4). Nous retrouvons les mêmes idées chez Le Monde comme dans : « A Londres, Abdel-Bari Atwan, le rédacteur du journal arabe al-Qods-ol-Aiabi, estimait que le milliardaire islamiste était «prèsque à coup sur » derrière les attentats, et rappelait qu'Oussama Ben Laden avait averti il y a trois semaines que ses partisans déclencheraient une attaque sans précédent contre les intérêts américains en raison du soutien des Etats-Unis à Israël. » (Le Monde, Page 2), « si Ben Laden est bien, comme semblent-le penser les autorités américaines, l'ordonnateur de la journée du 11 septembre, comment ne pas rappeler qu'il a lui-même été formé par la CIA, qu'il a été l'un des éléments d'une politique, tournée contre les Soviétiques, que les Américains croyaient savante. Ne serait-ce pas alors l'Amérique qui aurait enfanté ce diable ? » (Le Monde, page 18).  
16 - Parler de choix revient à parler de positionnement ; à ce sujet D. Maingueneau déclare que : « Dire c’est aussi se situer par rapport à son propre dire ». D. Maingueneau : Op. cit., 1991, p. 108.
17 - Le recours à ce genre de commentaires peut être expliqué par le fait que les individus définissent « positivement leur identité de groupe par rapport à l'exogroupe à travers le marquage symbolique des espaces communautaires (…)», mais aussi à travers la description positive de certains comportements auxquels ils s’identifient fortement. M. Chauque, « Mises en opinion médiatisées de la « crise des banlieues en France : construction et déconstruction discursive de l’image stéréotypée des objets conflictuels (octobre/novembre 2005) » in H. Boyer, Op. cit., 2007, p. 135.p. 80.



Pour citer cet article


Bestandji Nabila. Découpage du réel et stéréotypisation dans le langage médiatique : Etude du cas de deux quotidiens francophones : El WatanLe Monde après les attentats du 11 septembre 2001.. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 4. Visions du monde et spécificité des discours, 11 janvier 2010. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=1389. ISSN 1308-8378.




GSU   Ovidius   Turku   Nantes   Agence universitaire de la Francophonie
Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378