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4. Visions du monde et spécificité des discours

Article
Publié : 17 janvier 2010

Le rapport idéologique en discours, entre mots autres et mots « à soi »


Fred HAILON, FoReLL - Université de Poitiers, fredaile@wanadoo.fr


Table des matières

Texte intégral

Cet article s’inscrit dans la perspective de la linguistique de l’énonciation. L’étude est métalinguistique et concerne le discours journalistique. Plus précisément, elle porte sur les variations des valeurs de certains faits de langue en discours. Ces variations se réalisent différemment en chacun des supports. Elles s’effectuent dans le contexte des thèses sécuritaires en France et conduisent à de possibles réserves ou confirmations des thèses en circulation.

Le corpus est constitué de différents articles de la presse quotidienne française quelques mois avant les élections présidentielles de 2002, dans Présent, Le Figaro, Le Monde et La Nouvelle République du Centre-Ouest (NR). Présent est un journal d’extrême droite, il est proche du Front national. Le Monde est un journal dit de « centre-gauche ». Le Figaro est le support de la droite républicaine. La NR est un journal régional. Le corpus a trouvé sa forme autour du thème de l’insécurité. Avant de devenir un sujet de campagne, c’est-à-dire un sujet de politique générale, l’insécurité était un thème défendu par le Front national (FN). Ce parti de l’extrême droite française est depuis trente ans sous la tutelle de Jean-Marie Le Pen. Dans le discours frontiste, l’immigré est la cause des problèmes sociaux en France. C’est ainsi à travers l’étude de la qualité de l’autre représentée dans les discours de la presse au moment des présidentielles de 2002 que nous nous proposons d’observer des phénomènes d’allusion et d’imprégnation idéologique.

Pour cette analyse, nous poserons les bases du modèle méta-énonciatif emprunté à Jacqueline Authier-Revuz. La méta-énonciation renvoie à la capacité qu’a le locuteur de commenter les mots qu’ils utilisent (1). Nous prendrons en compte les modalisations autonymiques (MA) explicites et implicites, interprétatives, dans la dimension du corpus. Contrairement aux MA explicites, les MA interprétatives sont balisées mais leur nature et le caractère de la modalisation restent absentes. Ces MA ont un statut sémiotique ambigu, c’est-à-dire qu’elles ne se limitent pas interprétativement à la seule valeur de l’interdiscours mais peuvent ouvrir sur l’ensemble des valeurs de non-coïncidence du dire (Authier-Revuz 1995), notamment celle de l’écart dans la nomination (l’écart entre les mots et les choses). Ce déplacement à travers la possibilité d’un cumul de valeurs dialogique (MA interdiscursive) et non dialogique (MA « mots-choses ») peut faire de mots autres des mots comme « à soi ». Nous irons vers le cumul des valeurs, ce cumul par l’ambivalence qu’il crée pouvant parfaire l’idée de circulation idéologique (2). La circulation idéologique que nous définissons comme la répétition en chacun des discours de points de vue mondains existe dans un rapport entre une représentation extérieure référente, dans notre hypothèse celle du Front national, et un discours donné comme « à soi ». Nous observerons en cela les traces et indices d’une parole idéologique en partage, celle du FN (3).

J. Authier-Revuz définit la modalisation autonymique comme « un mode dédoublé opacifiant du dire, où le dire s’effectue, en parlant des choses avec des mots, se représente en train de se faire, se présente, via l’autonymie, dans sa forme même » (Authier-Revuz 1995 : 33). La modalisation autonymique (MA) cumule deux sémiotiques, l’usage et la mention du segment. Elle cumule l’usage d’un mot pour désigner une chose et le retour en mention sur ce mot. Il s’agit, par ce retour, d’un commentaire qu’effectue le locuteur sur son dire dans son processus d’élaboration. Ces commentaires sont ceux de celui qui parle, au moment où il parle et ont pour objet son propre énoncé. Ces procédés d’auto-représentation du dire sont produits spontanément par l’énonciateur.

L’intervention du locuteur dans son énonciation relève de l’hétérogénéité montrée qui permet au sujet parlant de se représenter localement dans une « position de surplomb » (Authier-Revuz 1995 : 143) par rapport à sa parole, dans une illusion de maîtrise par rapport à l’hétérogénéité constitutive (HC) de la parole qui se dérobe foncièrement à lui. Le commentaire dans la propre énonciation du locuteur, par le fait qu’il est son propre commentateur, creuse une distance dans le dire le marquant ainsi d’une non-coïncidence. Cette distance énonciative interne existe du fait du commentaire que l’énonciateur porte sur son dire.

Dans ce modèle, les formes de discours rapporté (DR) font partie d’un plus grand ensemble qui sont les représentations de discours autres (RDA) dans lequel on trouve le discours direct (DD), le discours indirect (DI), le discours direct libre (DDL), le discours indirect libre (DIL), les modalisations autonymiques (MA) interdiscursives (1995, 2004) et les modalisations autonymiques (MA) allusives (2000). Les RDA circonscrivent l’altérité dans le dire lorsqu’il s’agit de DD et de certaines MA. L’altérité y est segmentée, guillemetée. Cette altérité est non délimitée lorsqu’il s’agit de DI, de DDL, de DIL ou de MA allusives. Les MA allusives sont des emprunts non balisées et non guillemétées. Elles sont interprétables en fonction de la culture de l’allocutaire. Pour notre analyse, nous nous bornerons à l’étude des MA avec glose et sans glose.

Dans le cas d’une MA, l’interposition dans le dire de la mention (autonymique) - par le retour que le locuteur fait sur les mots qu'il emploie - bloque la transparence du signe. Ce blocage permet de mettre en opposition la valeur en langue des guillemets par rapport à leur interprétation (variable) en discours :

 Le guillemet de modalité autonymique n’est pas une marque renvoyant, de façon ambiguë, à un ensemble fini de valeurs - comme la réserve, la citation -, mais un signe non ambigu, à valeur générale - celle d’une pure opacification -, associé en discours à un ensemble non fini d’interprétations (Authier-Revuz 1995 : 136-137).

Ce blocage impose une réaction interprétative lorsque la nature du commentaire n’est pas spécifiée dans l’énonciation, c’est-à-dire lorsque la modalisation est sans glose. Dans ce cas précis, en mettant des segments entre guillemets, le locuteur attire l’attention du récepteur sur le fait qu’il emploie précisément ces mots. Dans le cas d’une MA glosée, le commentaire est explicite et permet de comprendre la valeur d’interposition dans le dire. Nous y revenons.

Sur le plan sémiotique et énonciatif, la modalisation autonymique (MA) est le lieu où l’énonciateur tient compte de l’autre qui marque son langage, « autre » dans lequel on trouve l’autre interlocuteur, le langage des autres, l’autre mot pour la chose, l’autre mot sous le mot. Ces altérités (ou hétérogénéités) correspondent à quatre types de modalisations énonciatives : interlocutive, interdiscursive, des mots à eux-mêmes et du mot à la chose. Notre étude se concentre sur la non-coïncidence du discours à lui-même, les formes de l’interdiscours, et sur la non-coïncidence entre les mots et les choses qui concernent l’acte de nomination.

Le dédoublement de l’énonciation renvoie à certaines formes de modalisations explicites en je dis X’ avec glose lorsque le commentaire est effectif. Dans ce cas, la non-coïncidence des dires est explicitement signifiée. Parmi les MA explicites du corpus qui ont des formes d’emprunt, il est possible de différencier celles qui sont balisées et qui possèdent une glose, de celles qui possèdent une glose mais qui ne sont pas balisées. Ces MA sont construites selon la forme X’, comme l dit ou selon l ... X’  avec une source l attribuée. On désigne par X le terme qui fait l’objet d’un commentaire métalinguistique. On appelle X’ son autonyme. Parmi les MA explicites d’emprunt, il existe des formes de MA où le détour métalinguistique est exprimé en N dit X’. J. Authier-Revuz appelle formes de « l’énonciation par détour métalinguistique » (1995 : 123), ces formes par lesquelles l’énonciateur suspend son acte d’énonciation et passe par un autonyme X’ ou Y’. Dans ce cas, la nomination s’accomplit par le détour d’acte(s) d’énonciation autre(s).

Pour les MA explicites d’emprunt, le caractère méta-énonciatif est signifié par la présence sur la chaîne d’un élément référant à la personne, au temps et à l’acte d’énonciation. De même, lorsqu’il s’agit de MA explicites de l’écart montré entre le mot et la chose, le mot est accompagné d’un commentaire explicite qui renvoie à l’acte de nommer. Dans le corpus, ont été comptabilisées six formes de MA interdiscursives explicites (avec glose) pour Le Monde, treize pour Le Figaro, trois pour La NR, et dix-huit pour Présent. Nous avons comptabilisé trois MA de l’écart « mots-choses », avec glose, pour Présent, et une pour Le Monde.

Prenons dans le corpus comme exemple de détour métalinguistique en N dit X’ ce passage d’un article de Présent du samedi 8 septembre 2001 qui traite de l’action des hauts fonctionnaires d’Etat pour la sécurité :

(1) La rencontre magistrats-préfets  [sur-titre]

Une gesticulation  [titre]

Et l'on parle de “bandes de banlieues” là où il faudrait parler de “bandes ethniques” [sous-titre]

Vous les avez peut-être vus à la télévision ces messieurs bien mis, ces hauts fonctionnaires, ces personnages lisses et sentencieux. Que peuvent-ils vraiment connaître, protégés qu'ils sont par leurs fonctions, par leurs privilèges, par leurs résidences des quartiers (encore) épargnés, des réalités des banlieues à risques, des cités dites “sensibles”, des zones de non-droit ? [je souligne].

La glose dites est entre cités et l’autonyme « sensibles ». Elle renvoie à un « déjà-dit » d’avant comme représentation méta-énonciative de la stéréotypie. Par cette glose, le locuteur commente explicitement son dire en train de se faire sur sa nature doxique. Et, c’est ce retour de la forme signifiante dans le dire qui opacifie le propos. Dans le cas précis, la glose dites est de nature à défaire le cliché des cités sensibles, un terme de la doxa qui désigne certains quartiers urbains et périurbains de France.

La stéréotypie des cités sensibles ne semble plus pertinente pour ce qu’a à en dire le locuteur de Présent. Dans cet extrait, cités dites « sensibles » est associé à banlieues à risques (en amont) et à zones de non-droit (en aval). Il s’agit ici plus spécifiquement d’un mouvement centripète de « la nomination de l’autre à la sienne propre [rétablissant le vrai sur les choses] »  (Authier-Revuz 1995 : 374). Zones de non-droit avalise cités dites « sensibles », la « réorientation » doxique y est effective. Le dire de l’autre est pointé pour signaler sa déficience. Le risque (les réalités des banlieues à risques) n'est pas un aspect de la chose sensible, mais bien celui d'un non-respect des lois qui concerne tout particulièrement les magistrats et les préfets (les objets de l’article). En quelque sorte, pour le locuteur, bien plus que le « sensible » qui dit mal, il y a le « non-droit » qui dit mieux, il y a l’insécurité.

Maintenant, citons dans cet éditorial du Figaro du vendredi 2 novembre 2001 également à propos d’une forme d’emprunt par détour métalinguistique cet extrait :

(2) Le terrorisme quotidien   [titre]  

Les circonstances ? Une visite dans les cités dites sensibles suffit pour constater que les sous-sols y sont des cavernes. Là sont cachées des armes et élevés des pitbulls, là sont pratiqués tous les trafics illicites.  [je souligne].

Tout d’abord, on y observe sensibles sans guillemets, contrairement à l’exemple précédent pour le journal d’extrême droite. La glose dites y dissocie également cités de son autonyme sensibles non balisé. Cette glose commente explicitement l’usage que l’énonciateur fait du mot sensibles. Cette MA renvoie au « déjà-répété » de la doxa. Comme dans le cas de Présent, la glose est de nature à défaire le cliché des cités sensibles pour d’autres stéréotypes. Ce cliché ne semble plus pertinent dès lors qu’il s’agit de parler d’insécurité, de terrorisme au quotidien (titre de l’article). Pour le locuteur du Figaro, le cliché des cités sensibles n’est pas plus adapté au réel : les sous-sols y sont des cavernes. Là sont cachées des armes et élevés des pitbulls, là sont pratiqués tous les trafics illicites. Ces événements de l’insécurité au quotidien demande des mots plus proches de la réalité de la situation. Comme dans Présent, nous sommes avec Le Figaro dans une délinquance de territoires. La délinquance y est associée à des lieux précis : les cités dites sensibles. Mais à la différence de Présent, pour cet extrait du Figaro, les « personnes délinquantes » ne sont pas spécifiées là où pour le journal d’extrême droite il s’agissait de zones de non-droit avec ses bandes ethniques.

Pour prendre l’exemple d’une MA explicite de l’écart mots-choses, citons un passage de l’article de Présent du jeudi 3 janvier 2002. Nous y retrouvons les dénominations bandes ethniques et zones de non-droit pour évoquer le fait qu’en France, depuis plusieurs années, des voitures sont brûlées au moment du passage au nouvel an :

(3) Les bandes ethniques souhaitent une “bonne année” à la France...   [titre]  

Un policier blessé à Strasbourg. Des voitures incendiées partout en France. Des affrontements dans les zones de non-droit. Un état de guerre   [sous-titre]

Malgré les précautions oratoires des autorités publiques pour rendre compte de ces “incidents”, il faut bien appeler les choses par leur nom : ce sont des attentats. [je souligne].

Le mot des attentats en gras est accompagné d’un commentaire explicite sur la nature du retour dans le dire (il faut bien appeler les choses par leur nom). Ce commentaire dans le dire vient rompre la linéarité du discours du locuteur citant. Le retour sous la forme d’un commentaire explicite est de nature à spécifier ici l’adéquation du mot à la chose. Il marque l’adéquation dans le processus de la nomination. Il correspond dans ce cas à une figure de la nomination obligée, et plus précisément à une figure de la « contrainte du vrai » (Authier-Revuz 1995 : 557). La nomination juste - des attentats en gras - s’oppose à la nomination fausse, à celle des autres, c’est-à-dire dans cet extrait à « incidents ». « Incidents » est le mot des autorités publiques. « Incidents » n’a pas de glose méta-énonciative en X’, comme l dit, il s’agit dans ce cas d’une MA interprétative. Lexicalement, le mot incidents renvoie à un fait social de moindre importance, alors que attentats renvoie à la criminalité politique. La mise en gras de des attentats a elle aussi une valeur de coïncidence de l’énonciateur à son dire par surenchère.

Globalement, l’étude des quelques MA explicites du corpus permet de constater l’attitude des locuteurs-journalistes de Présent et du Figaro qui consiste à défaire les clichés pour en créer d’autres journalistiquement actualisés, notamment à travers la mise en scène des lieux sensibles de la délinquance où des resémantisations sont à l’œuvre. Celles-ci sont différentes selon le support, et s’établissent en fonction des orientations idéologiques pour conférer plus ou moins de validité au thème de l’insécurité comme système de représentation politique pertinent.

Rapportées à la réalité des faits linguistiques de notre étude, les MA interprétatives, c’est-à-dire des MA balisées, mais sans glose, sont celles que nous avons le plus observées dans le corpus. Elles sont abondantes dans Présent, Le Monde, Le Figaro, et en moindre nombre dans La NR1. Nous avons trouvé dans ces journaux de fréquentes MA aglosiques de « jeunes », « incivilités », (quartiers, cités, zones) « sensibles » sans détour métalinguistique explicite, mais aussi les MA de « rage »,  « haine », « sauvageon(s) », « zones de non-droit ».

L’absence de gloses méta-énonciatives ne permet pas de connaître précisément les intentions sémantiques des locuteurs-journalistes, pas plus qu’elle ne permet de connaître la nature de la non-coïncidence ou encore l’origine des sources énonciatives lorsqu’il s’agit d’un possible discours d’emprunt. Selon Robert Vion, le mode discursif de l’effacement énonciatif (EE) correspond pour le sujet parlant au désir d’objectivité du locuteur-journaliste : « Les sujets parlants éprouvent le besoin de croire que certaines énonciations leur permettent de dire les choses comme elles sont, c’est-à-dire de manière objective » (Vion 2001 : 220). Cette absence impose de combler doublement le creux interprétatif de la MA du fait de cette opacification de la forme même du signe linguistique (la réflexion du signe dans l’acte d’énonciation) et du manque d’attribution de la valeur de non-coïncidence (emprunt et/ou écart mots-choses pour notre part).

A travers les MA sans glose que le lecteur doit restituer selon ses connaissances, se joue l’implicite sous l’apparence de l’indétermination sémantique. Cette indétermination peut être le cadre discursif propice à la circulation idéologique, c’est-à-dire le cadre de la répétition de représentations semblables, pouvant être elles-mêmes empruntées. Une MA semi-allusive d’emprunt est une MA interprétative, mais une MA interprétative n’est pas nécessairement une MA semi-allusive. La MA interprétative ne se limite pas la seule modalisation d’emprunt, contrairement à la MA semi-allusive.

Dès lors que le commentaire méta-énonciatif est effacé, c’est en formulant l’hypothèse d’une glose sous la forme d’une subordonnée comparative établie en fonction de la situation d’énonciation (déictiques, anaphores, temps verbaux...) et de la situation de communication (le contexte communicationnel : la perspective des présidentielles, l’insécurité comme thème majeur de campagne, les considérations journalistiques : quotidien régional ou national, le lectorat propre à (cible de) chaque support...), que les MA s’interprètent.

Précisément, l’absence d’explicitation de la source et/ou de la nature du commentaire méta-énonciatif impose d’interpréter la MA en contexte, c’est-à-dire idéologiquement2, dans le système de valeurs que l’allocutaire accorde au locuteur après que la responsabilité de l’interprétation lui a été laissée. Et, c’est aussi interprétativement en fonction du contexte d’emploi et de la position idéologique des supports que ces valeurs de non-coïncidence peuvent être restituées par le lecteur. A titre d’exemple, considérons cet extrait d’un article de La NR qui traite de la violence sociétale :

(4) La folie des armes   [titre]  

Des bandes rivales veulent de plus en plus fréquemment y développer “leurs” territoires qu’elles placent en coupe réglée pour s'y livrer, à leur aise, au trafic de la drogue. La domination de la communauté concurrente s'acquiert par la “baston” mais aussi désormais à coups de fusil.   [je souligne]     (La NR, mardi 4 septembre 2001).

Ce passage présente deux MA sans glose, « leurs » et « baston ». Ces MA sont juste balisées par des guillemets et peuvent être interprétées comme des boucles de la non-coïncidence interdiscursive renvoyant à « l'usage de dire d'une collectivité d'énonciateurs » (Authier-Revuz 1995 : 275) : interprétativement, « leurs », comme disent les bandes ; « baston »,  comme on dit dans la langue des bandes. Le locuteur-journaliste de La NR donne alors la parole aux bandes. Il parle comme les bandes pour développer son propos sur ces territoires livrés à la violence, à la délinquance, à la criminalité. Dans ce cas, le dire autre est approprié3 à l’objet du dire du locuteur. Le langage des bandes semble s’imposer au locuteur comme déterminé par l’objet du discours qu’est la violence armée. Mais ces boucles peuvent aussi être abordées sous l'aspect de la non-coïncidence entre les mots et les choses. Elles peuvent relever interprétativement du «défaut de la nomination » (Authier-Revuz 1995 : 631). L’une peut s’apparenter plus précisément à un « dire suspendu à sa possibilité » (Authier-Revuz 1995 : 632) : interprétativement, si on peut dire « leurs » pour ce qui reste le territoire français un et indivisible, ce qui est la République de droit. L’autre peut référer à un « dire suspendu à l’implication personnelle de l’énonciateur » (Authier-Revuz 1995 : 635) : interprétativement, si j’ose dire « baston » pour parler de manière familière.

D’un côté, la MA interdiscursive signale l’emprunt, le locuteur parle avec les mots de l’autre, qu’il emprunte et commente dans l’énonciation. De l’autre, la MA « mots-choses » est un auto-commentaire. Le locuteur y commente ses propres mots dans l’énonciation. Du fait de l’indétermination de la valeur de la MA, dans le cas de MA interprétatives, le locuteur peut faire entendre l’usage de mots autres (MA interdiscursive) et signaler aussi un écart dans la nomination (MA « mots-choses »). Dans le cas d’une MA d’emprunt, le commentaire que porte le locuteur sur les mots autres peut pointer le caractère approprié du dire, tout autant qu’il peut renvoyer au point de vue vrai ou faux sur les choses, au point de vue mondain. Ce commentaire peut être aussi le signe d’un accord ou d’un désaccord sur la manière de dire (de l’autre). Tout semble ainsi délégué au lecteur en l’absence de commentaire explicite. Le flottement interprétatif peut être, dans ce cas, assez considérable et ne peut pas ne pas avoir de conséquences.

La lecture de cet exemple illustre le phénomène de MA susceptibles d’être inscrites dans deux types d’interprétation (la non-coïncidence interdiscursive et la non-coïncidence entre les mots et les choses dans notre analyse). Cette lecture met en évidence l’ambiguïté des MA interprétatives, sans glose, susceptibles de plusieurs valeurs de non-coïncidence. L’empilement des valeurs des MA sans glose permet de redéfinir l’effacement énonciatif (EE). L’EE peut être abordé au delà de la simple prise en compte de la source. Nous l’abordons à partir des faits de non-coïncidence dont la non-coïncidence mots-choses pour laquelle le rapport du mot au monde est posé comme problématique.

Plus généralement, la double configuration à partir de l’effacement des repères énonciatifs, dans l’hésitation de l’interprétation entre mots autres et mots « à soi », semble propice à une circulation des idées du FN. L’ambivalence des MA interprétatives peut nourrir l’hypothèse d’une circulation favorisant l’inscription en surplomb d’une idéologie du FN pendant les élections présidentielles de 2002.

L’ensemble des commentaires et interprétations ci-dessus est recevable et montre la complexité des faits d’analyse. L’indétermination interprétative de la MA inscrit comme nous l’avons montré une ambivalence entre deux types de non-coïncidences, ici entre la non-coïncidence du discours à lui-même et entre la non-coïncidence entre les mots et les choses. Dans ce cas, il n’est pas question de la répétition d’un rapport de transmission d’un dire d’un énonciateur à un autre ce que serait la circulation pour L. Rosier (2004), nous sommes aussi (nous le soulignons) dans un rapport du mot à la chose, les valeurs méta-énonciatives pouvant se mêler.

Le dire autre peut s’imposer pour sa seule pertinence à être approprié au réel du discours du locuteur citant. Le dire autre peut être mobilisé en tant qu’il est porteur des représentations idéologiques du locuteur citant, ainsi citons cet extrait de Présent:

(5) Edito   [titre]

Décalage révélateur entre le discours de ce représentant [le maire de Béziers] du “pays légal” et celui d'un policier expliquant au contraire, dans le même reportage, que cela ne l'étonnait pas du tout, que les banlieues regorgeaient de ce genre d'arsenal et de “forcenés”, et que le “sentiment d'impunité” que connaissent les “jeunes” des zones de non-droit avec leurs bandes et leurs trafics semi-clandestins ne pouvait que favoriser un tel comportement.  [je souligne]   (Présent, mardi 4 septembre 2001).

« Forcenés » et « jeunes » sont entre guillemets. « Sentiment d’impunité » est entre guillemets, en italique et en gras. Le contexte de discours indirect suggère interprétativement que « forcenés », « sentiment d’impunité » et « jeunes » sont des îlots textuels (IT) comme mots empruntés à un policier (celui d’un policier expliquant.... que). Mais à cela s’ajoute l’ambiguïté des guillemets de « jeunes » systématique dans Présent, d’où la suggestion que le policier parle éventuellement aussi comme Présent. Il y a aurait ainsi une forme de convergence des dires du policier et de Présent. La mise en gras de « sentiment d’impunité » correspond par ailleurs à une MA « mots-choses » de confirmation du dire qui peut interprétativement avoir la valeur d’un X, je dis bien X (Authier-Revuz 1995 : 552). Cette modalisation de « sentiment d’impunité » peut aussi interprétativement relever de « la seule nomination adéquate du référent » (Authier-Revuz 1995 : 569) : « sentiment d’impunité », il n’y a pas d’autre mot. En tous cas, par cette mise en gras, le locuteur marque son adhésion au mot qu’il emploie. Le mot (sentiment impunité) correspond bien à la chose (la délinquance des « jeunes » des zones de non-droit). Aussi, la mise en gras va dans le sens d’une appropriation du dire autre - dire d’emprunt du policier - vers les mots comme « à soi » - mots que le locuteur auto-commente dans son propre dire.

Ainsi, nous avons une ambiguïté de l’acte d’énonciation représentée dans le discours citant où l’on ne sait pas vraiment qui parle, du policier - il s’agit alors d’emprunt - ou du locuteur de Présent - il s’agit dans ce cas d’un auto-commentaire. Cette ambiguïté suggère la rencontre des façons de dire et des façons de voir le monde.

Pour la parole policière, « sentiment d’impunité » et « jeunes » pourraient renvoyer à la délinquance des mineurs. Un mineur a pénalement des droits que n’a pas un majeur. Tout du moins, la loi ne s’applique pas de la même façon pour un mineur que pour un majeur. Un mineur ne peut être mis face à la même juridiction pénale qu’un majeur du fait même de son statut, d’où cette impression du policier que la loi ne s’applique pas du tout. On pourrait trouver ici des critiques portées à l’appareil législatif, notamment à propos de l’ordonnance de février 1945 sur l’enfance délinquante. Cette ordonnance définit les droits des mineurs et instaure en la matière la primauté de l’éducatif sur le répressif.

Par contre, pour le locuteur de Présent, ces manières de dire qui peuvent être aussi celles des policiers, signalent un autre positionnement. Elles renvoient à son idéologie. Ainsi, le locuteur utilise « jeunes » pour ne pas dire jeunes noirs, jeunes arabes, Noirs ou Arabes du fait de la loi qui interdit des citer les personnes en fonction de leur couleur ou de leur appartenance raciale, ce qu’a démontré Bruno Maurer :

Dès que des problèmes sociaux liés à la délinquance surviennent dans ce qu'il est convenu d'appeler les banlieues, mettant en scène des populations étrangères ou d'origine étrangère, on trouve sous la plume des journalistes du quotidien Présent la désignation des acteurs par le biais de la nomination “les jeunes”, avec l'emploi quasi constant des guillemets … - (B. Maurer 1998 : 131).

Ce qui pourrait abonder dans cette direction, dans notre exemple, serait le fait que l'îlot a une valeur de blocage de l'opération de traduction. La MA de « jeunes » crée un espace allusif de « lien par du connu partagé » (Authier-Revuz 1995 : 297), soit un racisme à partager discursivement, idéologiquement. Il y a l'affirmation d'une « communauté conversationnelle, en faisant résonner l'espace de mémoire partagée » (Authier-Revuz 1995 : 299), l'aspect d'un interdiscours communautaire. Cette communauté se crée à partir de la circulation de la modalisation de « jeunes », comme par exemple dans cet autre extrait de Présent :

(6) “Insécurité-invasion” [surtitre]

Nouvelles scènes de guérilla urbaine au Mans et à Toulouse [titre]

Des échauffourées ont ensuite opposé des groupes de “jeunes” aux policiers pendant toute une partie de la nuit.  [je souligne]      (Présent, mardi 11 septembre 2001).

Mais tout d’abord, avant d’aller plus avant dans ce qui se montre comme communauté idéologique, revenons à une analyse qui pourrait nous permettre de comprendre comment s’établit la connivence idéologique à partir de « jeunes », et de montrer comment la MA de « jeunes » est propice à une circulation idéologique dans les dires. Nous cherchons à montrer la pertinence de notre hypothèse de travail.

Ainsi, dans le discours de Présent, en 6 et auparavant en 5, le segment « jeunes » apparaît comme intégré syntaxiquement et énonciativement. Il renvoie à la partie montrée d’un autre acte d’énonciation et prend son sens dans le discours citant intégrateur. Il est produit sans glose, comme « objectivé », ce qui ne permet pas dans le cas d’une RDA d’en déterminer la source. Il peut être interprétativement une MA d’emprunt comme dire des policiers en 5, comme dire de la doxa en 6 ou comme manière de dire autre dans les deux cas. Sémiotiquement, le locuteur de Présent parle avec les mots des policiers en 5 et avec les mots de la doxa en 6, sachant qu’en 5 les mots des policiers peuvent être ceux de la doxa.

L’émergence du dire autre dans le discours citant peut correspondre à la manière de dire approprié du locuteur de Présent en tant qu’il correspond au réel : ces « jeunes » à qui on reproche leur impunité, et les policiers et/ou la doxa qui ont le sentiment de leur impunité.

Pour nos exemples, il est possible d’hésiter entre un mot d’emprunt (celui de policier, de la doxa ou autre) et un commentaire de ses mots. La superposition des valeurs associées à l’interprétation contextuelle de la MA de « jeunes » amène à penser que si le mot « jeune » est le mot d’un autre, il peut être aussi commenté comme mot « à soi » dans le dire du locuteur. Il peut s’agir ainsi pour le locuteur de pointer l’incapacité du discours autre (policier, doxa) à « être » le réel. Le dire autre reste à dénoncer, car il est toujours en dessous de la réalité à nommer.

Ainsi, la circulation se réalise à partir d’un dire autre (celui d’un policier, de la doxa) transmis d’énonciateur à énonciateur et sur lequel, et pour lequel, le locuteur « réagit » dans son énonciation. Cette circulation à partir de l’effacement des repères énonciatifs, dans le processus d’anonymisation et d’objectivation de la MA sans glose, crée des ambivalences interprétatives. L’ambiguïté porte sur la qualité du dire autre par l’énonciateur. Elle porte plus spécifiquement sur le mot autre et sur le réel qu’il nomme, celui-ci étant porteur d’un point de vue fallacieux. Cette ambivalence permet au lecteur de commenter le dire autre à travers des modalités idéologiques qui vont du défaut du mot autre à ce qu’il est possible de nommer et de comprendre autrement. Par ce pointage du mot autre pris en défaut de nommer, le dire d’emprunt est en passe de devenir du coup idéologiquement parlant. Ils parlent à ceux qui peuvent le comprendre, c’est-à-dire à ceux pour qui la mise à distance du mot jeunes parle, c’est-à-dire encore aux militants et aux sympathisants d’extrême droite pour qui parler seulement de jeunes pour la jeunesse elle-même ne peut être idéologiquement satisfaisant.

L’appropriation du dire autre au réel dont le locuteur parle est aussi la propriété qu’a le dire autre de signifier autrement par l’interdiscours. Si « jeunes » apparaît comme mot du policier ou de la doxa, il s’agit bien au final du mode qu’ont les locuteurs de Présent de se dire - particulièrement et de manière communautaire - par l’autre. Cette façon de tenir à distance un mot emprunté devient singularisante de la façon de dire et d’argumenter du support d’extrême droite. Ce mouvement du dire autre vers le dire « soi » peut instaurer une circulation des idées en tant qu’il permet de commenter dans l’énonciation le « déjà-dit », le « déjà-pensé » pour le recharger idéologiquement.

Une stéréotypie identitaire et sécuritaire est en jeu dans le fait que ces jeunes de banlieues soient présentés comme en rupture de ban, asociaux, voyous ou/et délinquants. Elle peut être celles du discours de Présent dès lors que l'on parle de jeunes de banlieue et d’insécurité. A travers l’expression jeunes qu’on lie à la question de l’insécurité dans les quartiers, « jeunes » pourrait avoir le sens de « jeunes voyous immigrés », « immigrés délinquants ». Un lectorat du Figaro pourrait le comprendre ainsi. Cette connivence avec les locuteurs de Présent peut être établie par la façon qu’ont les locuteurs du Figaro de modaliser à l’identique leur dire, comme par exemple dans ce passage du journal de la droite républicaine qui évoque pour la critiquer l’action gouvernementale socialiste de l’époque :

(7) A quoi sert le ministère de la ville ?   [titre]  

Mais les voyous sont rarement convaincus par de telles contritions, qu'ils prennent pour de la faiblesse. Le maire (PC) de Sevran (Seine-Saint-Denis) en témoigne : le week-end dernier, il a été agressé par des "jeunes" dont l'un venait de se plaindre à la mairie de ne plus bénéficier de séjours aux sports d'hiver organisés par la ville. [je souligne]   (Le Figaro, jeudi 31 janvier 2002).

Dans cet extrait, le mot « jeunes » est modalisé, laissé dans l’implicite, en MA, qui réfère textuellement à voyous en usage. Cette MA interprétative n’est idéologiquement pas neutre, comme nous l’avons vu et démontré. Dans le discours de Présent, elle appelle à spécifier l’ethnicité des personnes. Sous couvert de la reprise anaphorique de voyous et du jeu interne des discours, le locuteur du Figaro dialogue avec Présent et à travers Présent avec le FN. Ce dialogue se fait sur le mode de ces « jeunes » qui sont plus que les autres enclins à la délinquance par un amalgame de l’insécurité (voyous) et de l’immigration (« jeunes »). Nous avons là le fait que le discours du Figaro peut « s’éclairer » à la lumière d’un discours hypothétique frontiste. L’idéologie du FN peut apparaître, dans ces cas, comme le moteur du discours du Figaro, perspective où la discursivité du Figaro a une dynamique frontiste.

La part montrée de l’autre et le choix de cet autre à montrer sont subjectivement parlants. Le commentaire dans l’énonciation à interpréter, dans le cas d’une MA interprétative, est propre à faire du dire autre un objet à même d’être idéologiquement « sensé ». C’est en tant qu’il est représenté d’une certaine manière comme autre sans identification de la nature de l’altérité, c’est-à-dire aussi bien comme mots autres que comme mots « à soi », et dans le mouvement de l’un à l’autre qui fait des mots autres ses propres mots -, que le dire (autre) peut circuler et se réaliser idéologiquement. Ce mouvement permet au locuteur citant de mentionner sa manière de voir le monde à partir d’un possible dire d’emprunt. Le commentaire dans l’énonciation instaure la réalisation d’une circulation idéologique dans les dires, il en est la condition. Il n’y aurait pas nécessairement de circulation du sens, mais plutôt la circulation d’une altérité signifiante en chaque discours. C’est en tant qu’ils sont idéologiquement parlants, déterminés par l’énonciation intégratrice, que les points de vue autres existent dans l’implicite du discours avec l’omniprésence des MA aglosiques interprétatives, et contribuent ainsi à l’argumentation développée.

L’étude des manières de dire et l’analyse de la chose nommée ont permis d’observer précisément comment le locuteur fait « jouer » le sens de l’autre dans son discours, et comment il le fait par rapport à sa propre idéologie. Pour Présent, il s’agit d’opposer les manières de dire à la sienne (c’est le rôle de la mise en gras de sentiment d’impunité en 5) et de construire son discours radical : il s’agit d’insécurité et d’immigration (nous soulignons), de zones de non-droit et de bandes ethniques (en 5 et 6), d’où l’omniprésence de « jeunes ». Ce discours de vérité a pour fin d’instaurer une connivence rassurante mais belliqueuse. Le Figaro peut chercher à « coller » au thème de campagne, l’insécurité. Il peut en cela partager certaines représentations du FN : la délinquance de territoires en 2, la jeunesse pour autre chose qu’elle-même (« jeunes ») en 7. Ce pourrait être aussi le cas pour La NR en 4, avec la modalisation de « leurs » (territoires). A travers les différentes façons de dire des supports, nous avons décelé des ambivalences idéologiques qui sous couvert de possibles emprunts, doxiques notamment, peuvent permettre d’aller vers d’autres représentations plus discutables. Les glissements idéologiques et la circulation qui en découle ont été rendus possibles à partir de l’étude des modalisations opacifiantes.



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Notes de bas de page


1 Nous avons comptabilisé 267 valeurs de MA interprétatives (sans glose) pour Le Monde, 237 pour Le Figaro, 143 pour La NR et 350 pour Présent. Il s’agit de l’ensemble des valeurs de MA : MA « mots-choses », MA des mots à eux-mêmes et MA interdiscursives, mais sans les MA avec glose. Cette comptabilité est en partie fictive, une MA interprétative pouvant être à la fois une MA interdiscursive, une MA « mots-choses » et/ou une MA de l’équivoque. Elle peut cumuler plusieurs valeurs des champs de non-coïncidence. Un exemple à suivre.
2 Pour rejoindre partiellement Sophie Marnette sur ce point, « c’est la position idéologique de chaque quotidien - et donc le contexte et le co-texte - qui permet seule d’interpréter pourquoi le journaliste (L1) se met en retrait par rapport au discours d’autrui. » (Marnette 2004 : 62). Dans le prolongement d’une réflexion sur la mise à distance, nous sommes tenté de dire « par rapport au discours d’autrui » (S. Marnette), mais aussi par rapport à ses propres mots que le locuteur-journaliste modalise dans son énonciation. Pour nous, la position idéologique ne se limite pas à la seule interprétation des marques (guillemets et italique) comme expression de l’interdiscours. Nous nous appuyons sur l’hypothèse d’un élargissement de l’effacement énonciatif. Nous rediscutons cet aspect ci-dessous.
3 J. Authier-Revuz distingue deux modalités d’émergence d’un dire montré comme étranger dans le discours : celle d’un discours autre comme approprié à l’objet du dire (déterminé par l’objet visé) et celle d’un discours autre comme associé au dire (déterminé par l’interdiscours) (Authier-Revuz 1995 : 316-344). Ce mot autre peut s’analyser encore selon son mode de saisie, soit comme simple habillage (positif/négatif), soit comme point de vue (pertinent/non pertinent) sur le réel (Authier-Revuz 1995 : 345-381).



Pour citer cet article


HAILON Fred. Le rapport idéologique en discours, entre mots autres et mots « à soi ». Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 4. Visions du monde et spécificité des discours, 17 janvier 2010. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=1340. ISSN 1308-8378.




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Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378